Raconter pour oublier
Mont Blanc n’est pas une histoire d’escalade. Plutôt le récit d’un long tunnel. Celui de cette célèbre brèche dans la montagne qui a fini par s’embraser, on s’en souvient, le 24 mars 1999. Dans le tunnel, les possibilités de fuites sont inexistantes, les victimes étaient nombreuses. Ces événements, Fabio Viscogliosi les a vécus par procuration à partir du moment où a retenti le téléphone annonçant la mort de ses parents partis en vacances en Italie.
Après Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit (Ed. Stock 2010), l’écrivain et bédéiste lyonnais Fabio Viscogliosi revient sur cet événement avec un second récit autobiographique où le Mont Blanc, jamais nommé dans son premier livre, devient l’élément central. Face à l’homme se dresse une montagne, un tunnel, une obsession. On y découvre une attirance toute mêlée de répulsion pour ce lieu et sa symbolique. A la manière d’une enquête personnelle, Fabio Viscogliosi retrace l’après-24 mars vécu de l’intérieur: l’enquête de police, le procès, les commentaires des journaux. L’auteur s’attache notamment à raconter le drame lui-même et tel qu’on a pu le reconstituer a posteriori. Sans rechercher ni indices ni coupables, il s’attarde sur les scènes et leurs acteurs, s’arrête sur les détails, les parallèles et les coïncidences, jouant aussi sur les associations d’idées, et dans un style contemplatif et dépassionné, teinté d’un humour tendre. Un regard désabusé qui s’exprime comme pour donner du sens à ce qui n’en a pas. Entre attirance et rejet, volonté de savoir et d’oublier, on cherche en vain la lumière au bout du tunnel. Mais la montagne, elle, reste imperturbable.





