Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage
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L’association RUN, émanation du RUN, stratégie de développement du canton de Neuchâtel qui s’est affirmée jusqu’à la fin de la législature 2005-2009 comme une ambition forte de modernisation du canton, est au plus mal. Suppression de moyens financiers et des compétences de politique régionale, imposition de procédures kafkaïennes, autant de tentatives de démantèlement.
La stratégie RUN, dont l’ambition était de rassembler autour d’un projet commun toutes les forces internes afin de mieux positionner le canton face à l’extérieur, a laissé la place à une approche utilitariste et financière, où les gestionnaires ont remplacé les visionnaires. Pour cause de redressement des finances cantonales, de réforme de l’Etat et de désenchevêtrement des tâches, dont le gouvernement actuel a fait ses priorités, on ne parle désormais plus que d’économies, de rationalisation, de restructuration, de management et de gestion. Des mots qui ne font rêver personne, probablement pas même ceux qui les prononcent.
Dans sa frénésie réformatrice, le Conseil d’Etat ne veut pas d’obstacles sur son chemin. Il veut pouvoir décider. Imposer. Du haut vers le bas. Les réactions ne se sont pas fait attendre: critiques tous azimuts, confrontation ouverte, réformes contestées, repli communal, résurgence des égoïsmes et des antagonismes.
Ce que le Conseil d’Etat oublie, et en cela sa décision de sortir de l’association RUN à la fin de l’année est symptomatique, c’est que dans un canton miné par les rivalités Haut-Bas et canton-communes, et dont les moyens financiers sont faibles, il est nécessaire d’intégrer ces différentes composantes dans un processus commun de construction du canton basé sur la négociation et le consensus. Bref, transformer les contradictions internes
– les deux faces d’une même pièce – en opportunités, plutôt que tenter en vain de les gommer.
C’était là toute l’originalité et la force de la stratégie RUN. Partant d’un constat des problèmes endémiques du canton, elle a permis d’apporter des solutions novatrices en matière de disparités régionales et d’aménagement du territoire d’abord, d’économie, de réforme institutionnelle et de participation de l’ensemble des acteurs ensuite.
Sa grande valeur était d’avoir réussi à lier politique d’agglomération et politique régionale, complémentaires. Dans un canton à caractère fortement urbain, une telle démarche prenait tout son sens. Ensuite de quoi l’association RUN a mis autour de la table le canton et les communes regroupées en agglomérations ou en régions afin de dialoguer d’égal à égal et réaliser des projets en commun. Et ça marchait!
Aujourd’hui, la cécité du gouvernement face à un processus qui, loin de multiplier les structures et de créer un niveau institutionnel supplémentaire en concurrence avec l’administration, est créateur de cohérence et de consensus, désole. Pourquoi invoquer des raisons financières et de bonne gouvernance lorsqu’il saute aux yeux qu’il s’agit de questions de pouvoir? Mais imposé par le haut, celui-ci finit toujours par être contesté.





