Qualité suisse
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Après les marchandises, l'humain. Il y a une quinzaine de jours, le conseiller fédéral Christoph Blocher présentait un concept visant à protéger une croix suisse qu'on aurait tendance à galvauder en l'associant à des produits à l'authenticité douteuse. Ce week-end, c'était au tour d'un de ses lieutenants, Eduard Gnesa, directeur de l'Office fédéral des migrations (ODM), de lancer un nouveau pavé dans la mare sur ordre du chef: le label suisse qu'on accorderait trop facilement à certains criminels d'origine étrangère (lire notre édition d'hier).
Surfant sur le tsunami émotionnel déclenché par l'affaire du viol collectif de Seebach (ZH), le chef de l'ODM a annoncé que son office examinait la question d'une «naturalisation à l'essai». Un de ces débats dont notre pays a désormais le secret est lancé: à l'image de ces jeunes chauffards, souvent d'origine balkanique, auxquels on accorde trop facilement le permis, ne faudrait-il pas soumettre à un examen serré de bonne conduite les candidats au passeport à croix blanche?
Bien sûr, tout en lançant son idée, Eduard Gnesa y met des garde-fous. Il faudrait notamment veiller à ne pas fabriquer trop d'apatrides, qu'on ne saurait guère où renvoyer... Capter l'attention par une proposition choc tout en regrettant ses difficultés d'application: la tactique fait mouche. Dès dimanche, la classe politique est venue afficher son scepticisme sur la naturalisation à l'essai. Tout en se déclarant séduite par d'autres propositions d'Eduard Gnesa, moins spectaculaires mais loin d'être innocentes pour autant.
Vice-présidente du Parti socialiste suisse, Ursula Wyss s'affirmait ainsi hier, dans les colonnes du Temps, favorable au principe d'une naturalisation au mérite, et d'un examen rigoureux des demandes sur une base individuelle qui pourrait aboutir à des décisions différentes pour les membres d'une même famille.
Diviser des gens unis par une communauté de destin: nous voici au coeur de la philosophie du projet Blocher-Gnesa. Pour les enfants, le chef de l'ODM suggère, en vue de l'octroi de la citoyenneté suisse, des «clarifications» qui pourraient aller jusqu'à l'examen des dossiers scolaires. Alors que pour les parents, la qualité d'une intégration pourrait être jaugée par la volonté de l'intéressé d'être actif sur le marché du travail. Voilà qui risque fort de continuer à alimenter la sur-représentation des étrangers dans les statistiques du chômage...
Couplé à des statuts de plus en plus précaires et à des titres de séjour qui pourraient, eux aussi, n'être renouvelés qu'au mérite, le concept vient renforcer une politique migratoire fondée sur la volonté de trier «bons» et «mauvais» migrants. Et vient alimenter le racisme ambiant en laissant entendre que le citoyen suisse est quant à lui, par essence, naturellement bon. Même si le flicage et le contrôle social induits par le projet de l'UDC et des néoconservateurs qui se précipitent à ses trousses ne manqueront pas d'aider aussi à distinguer les mauvais Suisses des bons...





