Mercredi, 19 juin 2013

«Público», une voix de gauche menacée par la faillite

JEUDI 05 JANVIER 2012

ESPAGNE • L’éditeur du quotidien s’est déclaré en cessation de paiements pour cause de crise publicitaire. Deux cents emplois sont sur la sellette.
 

L’Espagne à nouveau frappée de plein fouet par la crise! Mediapubli, la société qui édite le quotidien de gauche Público, ainsi que La Voz de Asturias, s’est déclaré mardi en cessation de paiements. Une décision contrainte par «l’intensification de la crise publicitaire, la profonde transformation dont souffre le secteur de la presse écrite et les difficultés pour accéder à de nouveaux financements», selon un communiqué de Mediapubli.
La procédure présente deux objectifs: «sauvegarder de la meilleure manière possible les intérêts de toutes les parties» et «assurer la viabilité future» des deux journaux. Depuis sa première parution en septembre 2007, Público n’a pourtant cessé de progresser dans les sondages: avec plus de 87000 exemplaires vendus par jour fin 2011, il arrive en quatrième position des quotidiens espagnols les plus lus, avec près de 300000 lecteurs et 5millions de visiteurs sur sa page internet.

La pub chute de moitié
Pour Jesús Maraña, directeur de Público, les difficultés de son quotidien sont directement liées à la crise. La réduction des coûts à laquelle le journal a déjà dû faire face, via notamment deux restructurations du personnel et la hausse du prix de la version papier, n’aura pas suffi. «Ces mesures ont permis de contenir sensiblement les pertes, mais pas assez pour compenser la crise publicitaire.» Une réalité qui touche l’ensemble de la presse espagnole puisque entre 2007 et 2011, les revenus publicitaires ont chuté de 50%.
Deux cents employés, cent soixante pour Público et quarante pour La Voz de Asturias, se retrouvent sur la sellette. Face à cette situation, les travailleurs de Público, dont le sort professionnel se décidera dans les semaines – voire les jours – à venir, ont pris les devants et publié un communiqué montrant leur engagement envers les lecteurs.
«Nous partageons avec eux un point de vue idéologique qui cherche à dénoncer, avec rigueur et professionnalisme, les injustices sociales et les effets de la crise. Nous, employés de Público, continuerons à travailler pour mettre en avant les informations que nos lecteurs demandent et que nous croyons indispensables dans la situation économique, politique et sociale que nous traversons.»
Néanmoins, les espoirs de voir l’activité reprendre sont faibles. Les journalistes étaient présents hier à la rédaction et l’édition d’aujourd’hui devrait en principe paraître. Rien n’est garanti concernant le numéro de jeudi, selon une source proche des journalistes qui a préféré conserver l’anonymat, car les imprimeurs, contraints à travailler gratuitement, pourraient décider à tout moment de cesser leur service. «La faillite du journal est un fait, estime la source. Le meilleur des scénarios serait que l’on passe à une version uniquement digitale. Ici, la tendance est au pessimisme et l’on pense que nous ne passerons pas jeudi.»

«Le Titanic est en train de sombrer»
Une situation à laquelle les employés s’attendaient: «Au sein de la rédaction, nous savons depuis un mois que le Titanic est en train de sombrer. Nous sommes tous conscients que nous mourrons à son bord. Ils essaient de fermer le journal avec le moins de dettes possibles.»

Compte à rebours lancé
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le syndicat UGT (Union générale des travailleurs) a manifesté sa solidarité aux salariés des deux quotidiens et a appelé les créanciers de Mediapubli à être patients. «Il est très important que Público et La Voz de Asturias se maintiennent, sans quoi, il y aurait un déséquilibre très grand dans le panorama des médias, qui serait très ancré à droite», a déclaré à Europa Press Mariano Rivero, coordinateur du groupement des journalistes de l’UGT.
Les lecteurs ont eux aussi été nombreux à apporter leur soutien dans l’édition d’hier. Tout comme les collègues d’autres titres, à l’image de Casimiro Garcia Abadillo, vice-directeur de El Mundo, deuxième quotidien le plus lu d’Espagne qui apporte «tout son soutien aux travailleurs de Público, journal duquel mes idées diffèrent, mais qui est sérieux et courageux». Ana Pastor, présentatrice vedette de TVE, évoque une «mauvaise période pour le journalisme, mais aussi pour les citoyens».
Le compte à rebours est donc lancé. «Le problème, conclut notre interlocuteur, c’est que la gauche n’aura plus personne pour la représenter et ce n’est pas le moment de perdre des voix dans les médias avec le futur que nous réserve notre gouvernement...»

 

La presse espagnole minée par la crise
Après la mort de la version papier de France Soir et l’annonce du risque de fermeture de plus de cent journaux en Italie faute d’aides de l’Etat (Le Courrier d’hier), c’est au tour de l’espagnol Público de tutoyer la faillite. En Espagne, le secteur des médias est l’un des plus touchés par la crise économique mondiale. La Fédération des associations de journalistes d’Espagne (FAPE) qualifie 2011 d’«année noire pour le journalisme».
Outre le cas de cessation de paiements de l’éditeur Mediapubli (lire ci-contre), le pays a vu disparaître le mois dernier l’un de ses gratuits, ADN, qui a laissé sur le carreau soixante journalistes. En Castille et Léon, ce sont de même près de cinquante licenciements qui ont été effectués dans le secteur, notamment au Día de Valladolid. Les Catalans ne s’en sortent pas mieux vu que le quotidien Avui a annoncé la suppression de soixante-quatre postes de travail de manière immédiate. La FAPE estime que le secteur des moyens de communications a perdu au moins quatre mille quatre cent vingt et un postes en Espagne depuis novembre 2008. «Le moment dramatique que vit le journalisme affecte directement le droit à l’information et le droit à un travail digne que garantit la Constitution», dénonce la fédération sur son site web. MTO

 
Le Courrier
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