Profondeur de champ
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ALTER-SOUL
On a découvert Joan Wasser, alias Joan as Police Woman, en rescapée du décès de son ex-boyfriend, l’illustre Jeff Buckley, sur Real Life (2006), un premier album étourdissant en forme d’introduction parfois abrupte mais captivante, d’une étrangeté suave. Wasser s’y inventait une façon d’être au monde en artiste totale (auteure, compositrice, chanteuse, multi-instrumentiste et photographe).
Rudement bien entourée aussi, par des sidemen aguerris du downtown new-yorkais, par les songwriters Joseph Arthur et Antony Hegarty, ou encore le violoniste Eyvind Kang. To Survive, second essai paru il y a trois ans, nous avait moins emballés, pêchant par excès de maniérisme et d’éclatement, sonnant un brin stérile et distant. Restait cette propension à s’approprier la pop, la soul jazzy et le rock avec une même élégance.
Place à The Deep Field. D’entrée de jeu, «Nervous» impose sa pop chatoyante, tout en grooves enlevés et mélodies lumineuses, enveloppées dans un piano électrique et des guitares saillantes. Plus question de s’apesantir sur sa solitude: Joan Wasser vocalise avec la souplesse d’une femme en plein épanouissement – en dépit de ce que suggère le titre du morceau. La suite du disque aligne R&B décharné («The Magic»), soul-pop langoureuse («The Action Man»), ballade narcotique («Flash»), slow torride («Human Condition») et une troublante déclaration d’amour fou («Forever and a Year»).
Après avoir collaboré avec d’innombrables artistes – Lou Reed, Sheryl Crow, Rufus Wainwright, Antony and the Johnsons – et démontré l’étendue de ses appétences, Joan Wasser se révèle pleinement, en diva soul-pop alternative. D’une maturité et d’une sensualité éclatantes, sans recourir à nul tic d’érotisation artificielle. Et si Joan as Police Woman était simplement la meilleure réponse à Lady Gaga?
Joan as Police Woman, The Deep Field, Play It Again Sam / Musikvertrieb





