Pour trouver du travail, mieux vaut donner dans le «bénévolat utile»
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BÉNÉVOLAT (VI) • Etonnamment, l’engagement bénévole n’est pas automatiquement bien vu par les employeurs et les recruteurs.
«Bénévolat: comment en faire un bonus sur votre curriculum vitae?» ou «le candidat doit adresser un CV sortant du lot, le bénévolat fait partie de ces mentions qui ne passent pas inaperçues». Les conseils d’agences de placement, de «services des carrières» sur internet ou de médias spécialisés comme Lentreprise.com fleurissent pour inciter les candidats à dévoiler leurs activités extra-professionnelles. Il n’est toutefois pas prouvé que le bénévolat soit si «vendable». Un récent programme de «testing» en Ile-de-France documente plutôt l’inverse...
Le Centre d’étude de l’emploi de Marne-la-Vallée a en effet publié en mai 2011 une recherche signée par six économistes de quatre universités démontrant que la mention d’activités bénévoles dans le CV serait plutôt préjudiciable. L’équipe a construit treize «candidats fictifs» qualifiés, similaires en tous points. Leurs profils se différenciaient uniquement par l’inscription ou non de diverses activités extra-professionnelles antérieures, dans le but d’isoler l’effet du bénévolat sur l’accès à l’emploi. Au total, 7553 dossiers de candidature ainsi constitués ont été envoyés en réponse à 581 offres d’emploi dans quatre métiers bancaires et informatiques.
Pas d’études suisses
Le constat résumé par les chercheurs bouscule les idées reçues: «Au sein de chaque profession, les treize candidats fictifs ont globalement les mêmes chances d’accéder à un entretien d’embauche, mais lorsqu’une différence apparaît, elle est en défaveur de l’ancien bénévole.» Au mieux, le bénévolat n’augmente pas les chances de décrocher un boulot, au pire il les réduit. Dans l’informatique tout particulièrement, «certaines activités de bénévolat introduisent une dissonance dans la candidature, de sorte que les chances du candidat sont un peu plus faibles», notent les auteurs. Lesquels mettent en cause la peur d’une «dispersion» du futur travailleur et l’aspect «chronophage» du bénévolat, tous deux entrant en concurrence avec une activité salariée.
En Suisse, aucune recherche scientifique n’éclaire le sujet. Economiste à l’Observatoire universitaire de l’emploi à l’université de Genève, Pierre Kempeneers n’a en effet pas trouvé d’étude spécifique sur le lien entre bénévolat et employabilité. Il avoue d’ailleurs «qu’on ne sait pas vraiment comment fonctionne le recrutement». «Le recrutement n’est pas une science exacte, explique l’économiste, le choix du recruteur dépend de son expérience passée, y compris concernant le bénévolat, laquelle est difficile à appréhender.»
Jeunes naïfs
C’est son principal reproche à l’étude française. «Il manque la variable de la sensibilité propre des employeurs testés face au bénévolat.» Selon M. Kempeneers, les professions retenues en Ile-de-France sont «arides» ou «solitaires», comme développeur informatique, et «peut-être pas représentatives de l’ensemble du marché du travail». L’universitaire pense donc qu’«il est possible de se marginaliser en spécifiant une activité extra-professionnelle si la culture du bénévolat n’est pas en vogue dans la branche ou le pays». En revanche, «dans le social où la culture associative est forte, on peut imaginer qu’une expérience bénévole est bénéfique car l’employeur peut sentir davantage de proximité avec des personnes engagées collectivement», réfléchit-il à haute voix.
Seule source helvétique trouvée par M. Kempeneers, un article publié sur le Net relate un sondage effectué par une dizaine d’étudiants en psychologie du travail de l’université de Neuchâtel. Ils ont questionné soixante-six étudiants et trente-trois chefs du personnel sur «l’impact des loisirs lors de l’évaluation d’un CV». La très grande majorité des candidats se disaient «persuadés» que les employeurs verront d’un bon œil leurs activités extra-professionnelles et qu’elles augmenteront leurs chances d’être engagés.
En face, il n’apparaît pas de consensus entre les recruteurs sur l’interprétation des loisirs des candidats. Si une majorité ont déclaré tenir compte de cette mention, 40% d’entre eux en ont d’abord retenu les aspects négatifs, comme le risque d’accidents et d’absence si le candidat annonce faire du sport, un manque de disponibilité incompatible avec la flexibilité demandée dans certains postes ou encore la difficulté d’intégrer une équipe pour un candidat pratiquant uniquement des sports individuels.
Deux études sur la situation anglaise réalisées à Manchester et à Cambridge mettent de même en évidence une ambivalence totale des recruteurs face au bénévolat. «Un effet bénéfique sur l’accès à l’emploi est attesté seulement dans la moitié des cas», résume Pierre Kempeneers.
Se vendre au mieux
Au final, l’économiste avoue qu’il n’inscrirait pas d’engagement bénévole sur son propre CV, car il ne sait pas comment cette information serait reçue et décodée par l’employeur. Mais, pour des jeunes voulant compenser leur manque d’expériences professionnelles dans leur curriculum, il reconnaît de possibles avantages à mentionner des activités bénévoles. Ou pour sortir du lot dans un marché du travail saturé de candidats surqualifiés. «Il ne faut pas mentionner des activités ‘tarte à la crème’ comme la lecture, avertit l’universitaire, il faut du bénévolat original.»
Il suggère plutôt «d’orienter le CV selon l’entreprise et le poste auquel on postule, voire selon les affinités de l’employeur, qu’on peut parfois trouver sur Facebook». Il préconise de faire du «sur mesure» pour augmenter les chances d’accéder à l’emploi. Le site Lentreprise.com conseille de même de mentionner un engagement bénévole seulement s’il est cohérent avec le poste visé – un trésorier d’association postulant pour un emploi de comptable – mais alors «il convient de définir l’activité par des mots issus du registre professionnel, plutôt que de parler de bénévolat». Pour être utile, ce dernier doit s’effacer... I





