Planet of the Alps
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GENÈVE • Lancé plein pot sur la piste du Théâtre du Loup, «Le Pré» de Pierre-Isaïe Duc suit les traces du ski et d’autres mythes alpins. Désopilant.
Au début était le pré: sorte de paradis terrestre du temps d’un improbable mésolithique à la sauce rock. Un paradis situé quelque part entre la Suisse, la Planète des Singes et le folklore alpin. Puis vinrent Roland Collombin, les bonnets en tricot coloré, les bâtons et les combinaisons fluo, et le pré on a appris à le monter et à le descendre. Enfin, comme tout paradis contaminé par la modernité, le pré fut perdu. Ou mieux: vendu. Il n’en faut pas davantage, à partir de là, à la déjantée équipe Corsaire-Sanglot et leur «entraineur» Pierre-Isaïe Duc (auteur et metteur en scène) pour piqueter un parcours fou dans cet imaginaire alpin collectif et embarquer le spectateur dans une descente freestyle teintée ça et là de nostalgie.
Cocktail hilarant
Comme son titre en entier l’indique, Le Pré ou les poèmes skilistiks, à l’affiche du Loup à Genève jusqu’au 18 décembre, n’est en fait pas plus une évocation naïve et poétique du sport de glisse et de ses alentours, qu’un combiné de styles théâtraux. Un slalom entre mythes et stéréotypes alpins en constant et fécond déséquilibre entre panégyrique comique, réquisitoire burlesque, et une sorte de chronique du ski et de la montagne d’antan.
Le cocktail hilarant de tableaux, gags, ruptures du cadre, plats, virages et sauts, se met en branle avec le plus improbable et primitif des sermons. Une genèse alpine déclamée en poil de bison par le plus douteux des maîtres d’office accompagné pour l’occasion d’un duo de basse-batterie.
Le slalom style variété poursuit alors sa course dans une sorte d’Eden-réserve d’Helvètes où se tiennent, telles les figurines dans leur crèche, une sorte d’Adam skieur avec moustaches en guidon et une Eve bergère et tricoteuse; pour en arriver à l’évocation, on ne peut plus comique, du ski à la télé. Et le b.a.-ba du théâtre (pantomime, slapstick, comique de répétition et autres trouvailles scénographiques) de se combiner dans une course enchâssée et dilatée à l’excès où sont passés en revue un à un les tics et les tocs du spectateur de descente alpha du temps de Collombin.
Juste dose de nostalgie
Après un saut côté «drague de télésiège», la descente théâtrale du Pré ne pouvait que se terminer sur un schuss d’enfer. Ou, mieux, dans un enfer tout court: celui dramatique et grotesque de la spéculation immobilière et de la mégalomanie touristique qui gagne la montagne et broie sur son passage villages, pâturages, bergers et bergères. Le comique dérape. Au plaidoyer et à la plainte le dernier relais de la pièce, car après tout, le temps pour prendre un dernier virage en harmonie avec ses fragiles équilibres, pourrait bientôt manquer au pré.
Malgré un final un brin didactique, la pièce ravira à coup sûr bien plus que quelque toqué de sports d’hiver. Servie en cela par une équipe d’acteurs «multitâches», à la hauteur – voire altitude – du délire. Et avec la juste dose de nostalgie vintage loufoque qui nous fait dire en sortant: où sont donc passé les bonnets d’antan?
Théâtre du Loup, 10 ch. de la Gravière, Genève, jusqu’au 18 décembre, ma, me et sa à 20h, je et sa à 19h, di 17h, lu relâche, tél. 022 301 31 00
ou www.théâtreduloup.ch





