Pas d’état de grâce pour Poutine
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MARDI 06 MARS 2012
RUSSIE • Au lendemain de son élection, au résultat pourtant très net, des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour contester la victoire de Vladimir Poutine.
La victoire de Vladimir Poutine est évidente, avec 63,7% des voix au premier tour, mais elle n’allait pas autant de soi que l’affirment aujourd’hui de nombreux commentateurs. Poutine a dû en effet multiplier les voyages et les meetings au cours des dernières semaines afin de s’assurer une victoire en un tour. Ce contexte explique les signes d’émotion inhabituels qu’il a manifestés quand il est venu dimanche soir saluer ses partisans près de la place Rouge. Ensuite, il est allé célébrer la victoire à son quartier général où il est apparu selon un témoin direct «comme un sportif soulagé d’une terrible tension après avoir gagné un match très disputé».
Un bilan chiffré
Vladimir Poutine a été élu parce qu’une majorité de Russes ne connaissent que lui comme dirigeant crédible mais aussi pour des raisons chiffrées: entre mai 2000, quand il prête serment pour la première fois, et aujourd’hui, les salaires ont été multipliés par dix; l’espérance de vie est passée de 60 à 64 ans; le taux de criminalité a été réduit de 45%; le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté de 43 à 13%.
Néanmoins, son score est inférieur à celui de 2004 et surtout il n’atteint pas les 50% à Moscou et dans sa ville de Saint-Pétersbourg. Un nouveau venu, Mikhaïl Prokhorov y fait un carton et obtient près de 7% au niveau fédéral. Enfin, la légitimité de Poutine est ébranlée par les accusations de fraudes proférées par des observateurs russes et la délégation de l’OSCE. Même si les rapports parlent plus des inégalités dans le déroulement de la campagne que de fraudes le jour des élections.
Manifestations
Le premier test ne s’est pas fait attendre puisque plusieurs manifestations étaient prévues dans la capitale (voir ci-après): l’une place Pouchkine par l’opposition non parlementaire et une autre place du Manège par les pro-Poutine, toutes deux autorisées par la mairie. La troisième, celle de Autre Russie d’Edouard Limonov ne l’était pas et son vœu d’être arrêté s’est réalisé rapidement. L’important étant que ces groupes ne se rencontrent pas, surtout dans un pays où tout le monde voit des provocateurs partout.
Plus important, on va voir rapidement comment les oppositions non parlementaires vont répondre au défi que leur pose cette victoire.
Grosso modo, le choix se situe entre le style d’Alexis Navalny, pour qui un certain degré de violence ferait avancer la cause; celui de Prokhorov qui veut former un nouveau parti; celui de Kasianov et Kasparov qui consiste à maintenir la pression en répétant des petites manifestations aussi longtemps que les élections parlementaires et présidentielles ne sont pas annulées; celui de Ryjkov et ses amis qui manifestent place Pouchkine mais avaient prévu de réunir un groupe de travail le 12 mars afin de faire des propositions dans la ligne évoquée pendant la rencontre entre le président Medvedev et l’opposition non parlementaire du 20 février. Tous ont une chance de prendre Vladimir Poutine au mot, lui qui a affirmé vouloir changer le système politique russe et impliquer la société civile.
Khodorkovsky, le retour?
Le premier signe est intriguant puisque, hier, le président Medvedev a ordonné un nouvel examen du cas de Mikhaïl Khodorkovsky et d’une trentaine de détenus «économiques». Un dialogue, voire une libération, répondrait aux demandes de l’opposition et de l’Occident. Surtout, ils remettraient dans le circuit un homme dont les écrits et interviews de prison témoignent d’une approche très modérée de la situation en Russie, d’un «patriotisme russe», de la nécessité de prendre en compte la dimension sociale des réformes économiques et d’un rejet de la violence qui feraient de lui un atout majeur dans les mois et années difficiles qui vont caractériser cette troisième présidence de Vladimir Poutine. I
Centaine d’interpellations
Des centaines de manifestants et plusieurs dirigeants de l’opposition ont été interpellés à Moscou et à Saint-Pétersbourg hier soir au cours de manifestations. Ils contestaient la victoire la veille de Vladimir Poutine à la présidentielle. Le blogueur anticorruption Alexeï Navalny, le chef du Front de gauche, Sergueï Oudaltsov, la militante écologiste Evguenia Tchirikova et le dirigeant du mouvement Solidarité, Ilia Iachine, ont été embarqués par la police à l’issue d’une manifestation autorisée place Pouchkine à Moscou. Ceux-ci, et quelque 2000 opposants, avaient refusé de partir à l’issue de ce rassemblement qui avait réuni 20 000 personnes selon l’opposition et 14 000 selon les forces de l’ordre. La police antiémeutes est intervenue alors sans ménagement. Des journalistes de l’AFP ont vu des dizaines de personnes être emportées vers des cars de police.
ats/afp/Reuters
ats/afp/Reuters
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