Jeudi, 23 mai 2013

Quand l’argent tue le contrat social

JEUDI 21 JUIN 2012

ACTUALITÉS PERMANENTES

Un contrat, c’est un accord qui peut se négocier entre des partenaires informés, égaux en droits et en dignité. C’est aussi, dans un autre sens, un engagement mafieux à tuer pour de l’argent. Toutes les bonnes âmes, de Genève et d’ailleurs, pleurnichent ces jours-ci sur Rousseau, à cause d’un stupide rituel d’anniversaire décimal. Pourtant, JJR, qui avait de si jolies théories sur le contrat social et l’éducation, les appliquait médiocrement à son cas particulier! Sans se préoccuper plus de lui, on peut se demander, de nos jours, si notre contrat social n’a pas viré au mafieux, jusqu’aux plus petits détails de notre vie quotidienne: telles que l’intrusion du commerce invasif et sa conjonction avec les propagandes. Qu’est-ce qu’un contrat quand il fait des centaines de pages illisibles, qu’il accorde tout au vendeur, rien à l’acheteur et qu’il suffit d’une erreur de clic pour qu’il soit considéré comme approuvé? Les proies consommatrices sont bien désarmées face aux requins du négoce. Mais ce n’est que la partie émergente du pire!

Notre contrat social partage entre les citoyens les tâches qui permettent de survivre et de participer à la vie sociale. Nos impôts sont censés payer des services publics pour entretenir la ville et la campagne, nous éduquer, nous soigner et nous transporter, sous la direction et le contrôle de nos élus. Mais voilà que nos élus préfèrent utiliser nos impôts à renflouer des banquiers véreux qui perdent au casino de la spéculation, où ils jouent avec nos économies, et qui s’octroient des revenus indécents. Ou bien achètent à coûts de milliards des avions aussi inutiles que dépassés. Puis ils nous expliquent que la crise qu’ils provoquent ou laissent faire exige que le menu peuple se serre une ceinture, déjà excessive, jusqu’à l’étouffement. Tandis que, comme leurs amis banquiers et journalistes serviles, nos chefs politiques s’assurent de mille reconversions juteuses et de parachutes dorés. Vous me direz qu’avec les Gripen, mieux vaut ne pas lésiner sur les parachutes, au cas où, par malheur, ils décolleraient...

Dans un pays comme le nôtre, ces malversations des riches et des puissants ne sont que pets de sansonnets à côté de celles des boursicoteurs félons de Chicago ou Londres, qui ruinent des pays entiers et réduisent souvent des peuples à la famine ou à la guerre, en spéculant sur les récoltes, les minerais ou le pétrole. La justice internationale commencera vraiment le jour où ces criminels encravatés seront condamnés au moins à l’égal des tueurs de civils innocents, qu’ils soient rwandais, serbes, israéliens, étasuniens ou al-qaïdaistes. On en est loin, mais on peut rêver...

Quand on regarde l’histoire, on se demande toujours comment de tels drames sont possibles et acceptés sans réaction par la majorité des opinions. La raison est simple: la majorité de l’opinion ne sait pas et ne veut pas savoir tant qu’elle n’est pas touchée directement. L’horreur, ce n’est pas grave tant qu’elle est loin, étrangère et qu’on peut l’oublier tranquillement en regardant le foot, Federer, Alinghi ou les pipoleries obscènes avec lesquelles la masse des gens est anesthésiée dans un monde virtuel aberrant.

«Donnez-moi la propagande... «disait un grand spécialiste» ... et quel que soit le régime, capitaliste, communiste ou nazi, j’emmènerai le peuple où vous voudrez!». Dans nos prétendues «démocraties bourgeoises», il suffit de savoir que la propagande s’achète avec de l’argent pour que cet argent soit l’arme fatale contre des peuples qui, depuis trop longtemps, n’ont plus les moyens ni la force de renégocier quelque contrat que ce soit. L’idéologie de l’individualisme triomphant a vite fait de montrer en tout voisin un compétiteur et en tout étranger un ennemi. Sans que ses zélateurs et leurs disciples ne réalisent que, dans une société humaine mondialisée, on n’existe que par les autres, souvent différents, et que l’empathie à leur égard est bien plus naturelle, productive et gratifiante que la compétition et la peur de n’importe quoi.
 

 

* Chroniqueur énervant.

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