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«Charlie Hebdo»: le procès dans le procès

Paru le Lundi 12 Février 2007
   MARC GUÉNIAT    

International Au-delà du débat qui fait rage entre tenants de la liberté d'expression et apôtres du politiquement correct, le procédure intentée contre Charlie Hebdo dévoile d'autres enjeux. Appelé à la barre comme témoin, Denis Jeambar a démontré l'existence pernicieuse d'un procès dans le procès.
Cet ancien directeur de L'Express a dénoncé le conflit qui l'a opposé, la nuit où devait être bouclé le numéro qui publiait les caricatures[1], à son actionnaire principal Serge Dassault. S'il a néanmoins su court-circuiter sa hiérarchie en choisissant de montrer les dessins, l'existence même d'une discussion entre actionnaire et directeur d'un journal sur le contenu rédactionnel suffit à alarmer.
Motif invoqué par Serge Dassault pour censurer les caricatures: Jacques Chirac devait se rendre deux semaines plus tard en Arabie saoudite «pour signer des contrats». Or le sénateur UMP de l'Essonne devait recueillir personnellement les fruits de cette visite, puisqu'il dirige le Groupe Dassault qui fait son beurre dans l'armement. Mais aussi dans la presse. Le sénateur Dassault détient la Socpresse, qui regroupe plus de 70 titres, dont Le Figaro et L'Express.
Autre fait intriguant: en 2004, Serge Dassault était intervenu pour interdire la publication, dans l'hebdomadaire français, d'une interview d'Andrew Wang, témoin clé de l'affaire des frégates de Taïwan. Affaire qui concerne l'entreprise d'aéronautique EADS, que détient, à plus de 45%, le Groupe Dassault.
Deux exemples qui illustrent non seulement la collusion entre politiques et industriels de l'armement mais aussi le choix judicieusement stratégique qu'ont pris ces derniers en investissant massivement dans la presse. Car Serge Dassaut n'est pas le seul. Arnaud Lagardère, qui possède le groupe du même nom, se distingue également dans ce registre. Lui aussi est actionnaire de Dassault Aviation par le biais d'EADS. Et maîtrise, avec Hachette Filipacchi Médias, près de 260 titres dans 34 pays.
Alors, s'agit-il de simples hommes d'affaires cherchant le profit là où il se trouve? Résolument, non. Lorsque Serge Dassault proclame que la presse doit diffuser «des idées saines», on lui accorde le bénéfice du doute. En revanche, quand des responsables du Centre de formation des journalistes de Paris relayent qu'il les a sommés de ne «plus former des journalistes de gauche», on comprend mieux quelles sont ces idées saines.
Ainsi, Denis Jeambar a bel et bien remis sur le devant de la scène le problème de fond qui gangrène la presse française. A savoir sa mise sous tutelle par des groupes d'armement davantage soucieux de servir les intérêts stratégiques de la France –et les leurs– que de laisser le quatrième pouvoir s'exercer librement.
Note : [1]L'hebdomadaire L'Express a publié en même temps que Charlie Hebdo les caricatures qui ont provoqué la polémique.



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