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CharlElie, la Grosse Pomme au coeur

Paru le Mercredi 31 Janvier 2007
   GABRIEL TEJEDOR    

Culture CONCERT - L'artiste français exilé à New York traverse l'Atlantique avec sous le bras un disque, deux livres et des photos. Il sera à Lausanne mercredi prochain. Rencontre.
Touche-à-tout stakhanoviste, Charlélie Couture poursuit son travail multiforme. Ce «peintre à New York et musicien en France», comme il se définit, est toutefois pour nombre de ses concitoyens toujours ancré dans les années quatre-vingt. Et ce malgré la vingtaine d'albums enregistrés depuis les succès populaires de «Comme un avion sans aile» et la bande originale de «Tchao Pantin» – pour laquelle le Nancéen d'origine a été nominé aux Césars. En fin d'année dernière, il sortait un de ses disques les plus rock: «New Yor-Coeur».
Pondus dans l'urgence de «la ville qui ne s'arrête jamais, la villusion», les treize titres de cet album sont autant de chroniques de la Grosse Pomme. Loin de tout maniérisme, l'artiste porte un regard tantôt tendre tantôt rude sur ses congénères et le monde contemporain. «Même à Spielberg» et «L'Empire du pire», plus introspectifs, apportent à l'oeuvre une profondeur bienvenue. «Ce disque a été enregistré très rapidement, avec la volonté de transmettre l'énergie des concerts. L'accouchement de «Double vue», notre album précédent, a été tellement difficile, les musiciens étaient éparpillés entre San Francisco, Rennes, et Marseille. Ils s'envoyaient des fichiers avec leurs parties enregistrées, mais ne jouaient pas de visu. Au final, on avait assemblé le tout. Ça nous a demandé un énorme travail. Je voulais faire l'inverse avec «New Yor-Coeur»: quelque chose de simple et direct», raconte l'artiste.
Sur ce disque, enregistré par des musiciens français et américains, Charlélie Couture – qui se fait dorénavant appeler CharlElie –, porte un jugement contrasté sur les Etats-Unis: «Ici, chacun a l'impression qu'il peut réussir s'il agit. Alors les gens travaillent beaucoup. Les musiciens sont par exemple excellents, mais ils gardent toujours en tête ce que tu peux leur apporter, quel bénéfice ils tireront en jouant avec toi.» Et l'artiste de dénoncer cette société de compétition avec le rageur «Jamais assez (Never enough)». Autre coup de gueule: «J'suis miné» qui traite des mines antipersonnelles. CharlElie s'en explique: «J'avais vu une série de reportages sur ce sujet. Tout ce que je dis dans la chanson est vrai. Toutes les vingt minutes, une mine explose sur terre et il reste 100 millions d'engins de ce type dans la nature. Je voulais rappeler ce désastre. Mes chansons sont engagées. Mais celle-là est la plus évidente de l'album.»
Profitant de son concert la semaine prochaine à Lausanne, l'artiste qui se considère comme un «multiste» exposera son travail photographique récent dans le foyer des Docks. Car même s'il est souvent vu comme un simple musicien, CharlElie a toujours peint, photographié, écrit, sculpté... En fin d'année dernière, il publiait ainsi le livre «New Yor-Coeur», dans lequel il présente une partie de son travail de plasticien. CharlElie vient aussi de signer les textes de «Loin du mythe», un recueil de dessins réalisés par l'illustrateur Vincent Gravé.
«Depuis que j'ai terminé les Beaux-Arts, une septantaine d'expos ont été consacrées à mon travail. Mais si tu es catalogué 'chanteur', les gens ne peuvent pas imaginer que tu fasses autres choses. En France c'était encore pire. J'étais 'chanteur des années quatre-vingt'. Je n'avais plus le droit d'exister et de créer. C'est une des raisons qui expliquent mon exil américain.» Souffrant des étiquettes qui lui collent à la peau, CharlElie clôt son album «New Yor-Coeur» par «Tous les hommes». Le titre règle son compte à ceux qui cataloguent et rangent dans des tiroirs leurs congénères: «C'était avant tout pour réagir à l'image qu'a l'Europe des Américains qui sont comme-ci ou comme-ça simplement parce que Bush déclare ceci ou cela».
Note : En concert:
> le 2 février à l’Esplanade du Lac, 181 allée de la Plage, Divonne-les-Bains, France. Rens: 0033 450 99 17 70, www.esplanadedulac.com
> le 7 février aux Docks, 34 av. de Sévelin, Lausanne. Rens. 021 623 44 44, www.lesdocks.ch
Exposition aux Docks de Lausanne.
CD «New York-Cœur», distr. Disques Office.
«New Yor-Cœur» (le livre), éd. Les Presses littéraires. «Loin du mythe», Charlélie Couture et Vincent Gravé, éd. Carabas.



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