SIMON PETITE, NAIROBI    

Solidarité FORUM SOCIAL MONDIAL - La journée d'hier devait être consacrée aux propositions d'actions. C'était sans compter une nouvelle controverse.
Cela devait être une journée pour élaborer des actions concrètes. De l'action, il y en a eu mais surtout en dehors du stade Moi. Après s'en être pris aux prix d'entrée prohibitifs et obtenu la gratuité pour les locaux, les activistes kenyans se sont attaqués, hier, à deux restaurants idéalement placés près de la porte principale du Forum social mondial (FSM)de Nairobi. Il s'agit d'établissements affiliés à deux hôtels de luxe. L'un appartiendrait au ministre de l'Intérieur, une personnalité au CV répressif bien rempli, selon les protestataires. Le matin même, les membres du comité d'organisation kenyan refusaient de commenter l'information.
«Il y a quelques mois, les organisateurs ont fait le tour des bidonvilles en nous encourageant à participer mais ils nous ont menti», dénonce le jeune David Odhrambo, en référence aux 7 dollars que les Kenyans devaient initialement débourser. Hier, les portes du complexe sportif étaient grandes ouvertes, y compris pour des centaines de gamins démunis. Certains d'entre eux ont même reçu un repas gratuit dans les deux restaurants occupés et «socialisés».


Peu courues

Toute cette agitation a éclipsé les activités officielles. Les différents réseaux – contre la dette, la privatisation de l'eau, la guerre, pour le droit au logement, etc. – devaient s'entendre sur les mobilisations à mener. Quand elles ont eu lieu, ces réunions ont été peu courues. Est-ce l'organisation chaotique, la fatigue des délégués ou la faute à un concept encore mal compris?
A moins que la majorité des participants ne se contente d'un espace de discussions et de campagnes sans programme commun. Cela ne pouvait satisfaire «l'avant-garde» du mouvement altermondialiste. Dénonçant une fragmentation, elle a organisé sa traditionnelle «assemblée des mouvements sociaux» en fin d'après-midi.


Assemblée surprise

Dans une immense tente pour une fois remplie, les orateurs ont commencé par dénoncer «la commercialisation et la privatisation» du FSM et «l'exclusion» des personnes qui n'ont pas eu les moyens de venir au forum. «Il ne faut pas reproduire ce que l'on combat», a lancé un représentant des No Vox (Sans voix), un réseau de chômeurs et sans-logis.
Les mouvements sociaux ont appelé à la mobilisation contre le G8 de juin prochain à Rostock, «qui sera spécialement consacré à l'Afrique», selon un représentant allemand. Ils ont également convenu d'une journée d'action globale début 2008, afin de pallier l'absence de FSM l'an prochain. Ces rencontres absorbent en effet trop d'énergies.
En marge de l'assemblée, beaucoup critiquaient durement les organisateurs kenyans. «Les gens réellement concernés n'étaient pas là. L'occasion représentée par ce premier FSM africain a été en partie manquée», estime l'Indien P. K. Murthy, impliqué dans le Forum de Bombay de 2004. «Il s'agit d'une rencontre mondiale. La mobilisation est l'affaire de tous», se justifie la Kenyane Wahu Kaara.
Mais le Belge Eric Toussaint, du Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), ne décolère pas: «Exclure la population pour faire du fric, c'est inacceptable!» Et la nécessité d'équilibrer le budget? «Ils n'avaient pas à organiser l'événement dans une telle enceinte loin de la ville. On est en plein délire de gigantisme. En 2009, le Forum devra être éthique.» La rencontre ce week-end du Conseil international, l'organe qui chapeaute le FSM, promet d'être mouvementée. I



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LE RESEAU POUR LA JUSTICE FISCALE S'IMPLANTE EN AFRIQUE

   ATS/BPZ    

Les pertes de recettes fiscales en Afrique dues à la fuite des capitaux doivent être endiguées. Dans ce but, les ONG réunies dans le Réseau pour la justice fiscale (Tax Justice Network, TJN) ont créé mercredi, dans le cadre du Forum social mondial, une branche africaine. «Ce continent perd des sommes incroyables en raison de fuite des capitaux et de fraude fiscale», explique Bruno Gurtner. Selon le militant d'Alliance Sud et tout nouveau président du TJN, ces montants dépassent de loin les fonds publics pour l'aide au développement. Avec l'aide de consultants fiscaux, les sociétés placent leurs bénéfices en veillant à leurs intérêts au plan fiscal, et ceci sans toujours user de méthodes honnêtes, dénonce M. Gurtner. Ou alors elles négocient des diminutions d'impôts substantielles avec des gouvernements corrompus. La Suisse, coffre-fort de l'évasion fiscale, est également critiquée par le militant bernois, expert reconnu en matière fiscale et membre du groupe de travail tripartite (administration, banques et ONG), qui réfléchit à la gestion par la Suisse des fonds gelés. Ce groupe est né suite à la saisie de la fortune de l'ancien dictateur nigérian Sani Abacha.
Elu vendredi dernier pour un mandat de deux ans, Bruno Gurtner est le premier président de ce réseau lancé fin 2002 au Forum social européen de Florence. TJN est notamment actif au sein de l'Union européenne, des Nations Unies et de l'OCDE. ATS/BPZ



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