SERGIO FERRARI, NAIROBI
DEBAT - En Afrique comme en Amérique, les acteurs sociaux s'interrogent sur leurs relations avec le pouvoir politique et les partis. Echos du Forum social mondial.
Beaucoup des grands thèmes politiques et internationaux de l'actualité ont «atterri» pour quelques jours dans la capitale kenyane. La septième édition du Forum social mondial (FSM) constitue un cadre propice pour les approfondir à la chaleur des apports des acteurs sociaux les plus variés. La relation entre les mouvements sociaux, la société civile en général, les partis politiques et l'Etat a occupé différents espaces de discussion ces derniers jours, confirmant des différences sensibles entre l'Afrique et l'Amérique latine et à l'intérieur de ces continents mêmes.
Changer le pouvoir
«Cela n'est pas seulement un débat essentiel, mais un exercice qu'il faut absolument approfondir», affirme Antonio Martins, cofondateur du FSM en 2001 en représentation d'Attac-Brésil. Et quand il dit «essentiel», M. Martins sait qu'il provoque la colère de certains militants de la gauche internationale qui attribuent aux mouvements un «rôle subalterne», ceux-ci devant «chaque quatre ou cinq ans, au moment des élections, transférer leurs décisions aux partis». «Il faut réviser les conceptions qui considèrent les partis politiques comme représentants et les mouvements sociaux comme représentés», insiste le jeune militant brésilien.
Membre du groupe qui organise le conclave africain, Antonio Martins revendique l'apport significatif du FSM comme espace-clé pour débattre et construire une nouvelle culture politique citoyenne, car «sans une forte pression des mouvements sociaux, on ne modifiera pas les mécanismes du pouvoir». Son programme est clair: «Réinventer l'idée d'émancipation, ré-élaborer le concept de démocratie à partir de la participation et délégitimer la violence du système.»
Une optique «basiste» qu'il s'agit de mettre en oeuvre «dès maintenant, immédiatement», sans attendre l'apport miraculeux d'éventuelles révolutions lointaines. Les espaces à conquérir abondent: «La lutte contre le sida en Afrique pour assurer la prévention et les médicaments nécessaires aux malades, les nouvelles variantes de l'économie solidaire en construction ou les logiciels libres d'informatique représentent des défis importants.»
«Les relations entre les partis et les mouvements sont complexes et sont conditionnées par l'existence d'un pouvoir d'Etat», modère Javier Díaz Canseco, militant du Parti socialiste péruvien. Défendant les structures partisanes, il souligne que «les mouvements sociaux – et pas seulement les partis – pratiquent aussi des négociations avec l'Etat.»
Codifier les rapports entre mouvements et partis
Pour le militant péruvien, aujourd'hui, en Amérique latine, ont lieu des phénomènes novateurs tels que «l'émergence des peuples indigènes qui ont une autre conception de la démocratie». La démocratie participative que ces peuples défendent et exercent prouve que «la démocratie n'est pas une invention de l'Occident».
M. Díaz Canseco voit dans le FSM le résultat d'une construction collective «entre mouvements et partis» et propose, pour le futur, une série de «codes» qui permettraient d'assurer une relation correcte entre partis et acteurs sociaux: l'autonomie des uns envers les autres, la transparence dans l'échange, le contrôle mutuel et un suivi attentif envers ceux qui détiennent le pouvoir.
Leopoldo Mansai, militant social et membre d'une ONG chrétienne du Cameroun, acquiesce: «La priorité est de redéfinir la relation de la société civile de [son] pays avec les partis politiques.» Récemment créés, ceux-ci ont encore pour objectif d'assurer la réélection des gouvernants.
Contrôler, dialoguer
Analysant la jeune histoire politique camerounaise depuis l'indépendance, M. Mansai souligne le rôle joué par la société civile – en dialogue avec les partis – pour élaborer la Constitution de 1996 et pour observer les dernières élections de 2002, évitant des risques de fraude. Des priorités, commente Titi Nwel, de la Commission Justice et Paix de l'Eglise catholique camerounaise, qui en disent long sur les différences de dynamiques politiques et même de nature de la société civile entre l'Afrique et l'Amérique.I