SIMON PETITE, NAIROBI    

Solidarité ENJEU - Les altermondialistes s'interrogent sur l'offensive de charme de Pékin en Afrique. Représentées à Nairobi, les «ONG» chinoises, elles, ont leur idée.
Qui a peur du géant chinois? Dans les forums sociaux, on avait l'habitude des diatribes contre «l'impérialisme américain». A Nairobi, les regards altermondialistes se tournent aussi vers l'Empire du Milieu. Car, sur sa lancée, Pékin veut investir des milliards de dollars sur le continent noir, surtout dans l'industrie extractive, stratégique pour nourrir la croissance du pays. Hier, les représentants de la «société civile» chinoise n'ont pas rassuré leurs homologues africains. Ce n'est pas faute d'avoir essayé: un professeur de l'université de Nairobi à la tribune, des brochures en papier glacé célébrant l'amitié et la solidarité Sud-Sud... Les orateurs auraient pu louer durant des heures la pureté des intentions chinoises, s'ils n'avaient pas été interrompus par l'audience.
«Etes-vous envoyés par votre gouvernement?» Le délégué du «Réseau des ONG chinoises pour les échanges internationaux» finira par reconnaître que «le concept d'organisation non gouvernementale est relativement nouveau en Chine. Il y a moins de donations qu'en Occident, les ONG ont besoin d'un partenariat avec le gouvernement pour décoller et contribuer à une société harmonieuse.»


Jalousie occidentale

«L'Afrique doit accueillir la Chine, soutient, pour sa part, le professeur Isaac Meroka Mbecha, invité par les ONG chinoises. Les produits de notre continent pourront-ils pénétrer cet immense marché? C'est toute la question. Car, qu'on le veuille ou non, Pékin va continuer à encourager ses entreprises à s'impliquer davantage en Afrique, qui n'est plus une chasse gardée des anciennes puissances coloniales.»
La Chine agit-elle différemment? «Elle ne cherche qu'à ouvrir de nouveaux marchés pour ses produits à bas prix, mais aussi pour ses armes et ses travailleurs. Cela n'a rien d'un partenariat», pointe Antoine Berilengar, directeur d'une ONG de développement tchadienne.
«Dans les années 1960 et 1970, les Chinois sont venus en amis pour soutenir nos luttes de libération nationale», rappelle Humphrey Polepole, du Forum social tanzanien. Ils ont ensuite construit des routes, comme celle reliant Nairobi à Mombassa et même le stade Moi, qui accueille le FSM et «où nous parlons démocratie», ironise le délégué chinois.
«Mais aujourd'hui, l'expansionnisme commercial de la Chine menace notre économie informelle, c'est tout ce qu'il nous reste après le pillage de nos ressources par le Nord. En Tanzanie, les ateliers de réparation de véhicules disparaissent les uns après les autres», continue M. Polepole.
Dale Jiajun Wen est également chinoise, mais exilée aux Etats-Unis où elle travaille pour l'International Forum on Globalization. «L'économie d'exportation ne bénéficie qu'à une minorité de mes compatriotes», assure-t-elle. Du côté africain, il ne peut avoir de développement basé uniquement sur la vente de matières premières. Mais la concurrence entre acheteurs devrait permettre à l'Afrique «d'obtenir une plus grande part du gâteau», selon Mme Wen.
Le Tchad ne touche que 12% des ventes de son pétrole, admet M. Berilengar. «Mais le secteur ne répond pas à des considérations économiques. Le Tchad est sous protectorat français, le régime peut faire appel aux Etats-Unis. S'il se brouille avec les deux, il s'adressera aux Chinois. A N'Djamena, on se soucie en dernier lieu de l'intérêt des citoyens.»
Même l'aide chinoise – plutôt désintéressée, notamment dans le domaine médical – ne trouve pas grâce aux yeux du public africain. «Lorsque les relations impliquent les gouvernements et non la société civile, vous nourrissez la corruption», explique la Kenyane Anzetse Were, spécialisée dans la finance sociale. I



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«L'AUTONOMIE DU FORUM A UN PRIX»

   SPE    

Critiqué dimanche sur sa politique de tarifs, le Comité d'organisation a tenu hier à se justifier devant la presse. «Nous aurions aimé ouvrir grandes les portes du stade Moi, a expliqué Oduor Ong'wen. Mais nous n'arrivons déjà pas à couvrir nos frais.» Le coût du FSM se monte à 5 millions de dollars. Chaque participant occidental doit s'acquitter de 110 dollars, contre sept pour les Africains. C'est toujours inabordable pour le Kenyan moyen, a reconnu M. Ong'wen, mais «nous avons établi un fonds de solidarité qui a bénéficié à 7000 personnes». Il y a aussi la possibilité d'obtenir une entrée journalière. Dimanche, 46 000 personnes s'étaient accréditées. «C'est facile de critiquer, mais l'autonomie du Forum a un prix», a souligné la Brésilienne Moema Miranda, membre du Conseil international. Et d'appeler toutes les organisations altermondialistes «à faire preuve de solidarité financière pour conserver un espace de réflexion radical». Sous-entendu qui ne soit pas récupéré. Pour cette édition, le comité kenyan a reçu 300 000 dollars de la coopération italienne, la majorité destinée à promouvoir la couverture médiatique. Le gouvernement kenyan n'a, quant à lui, pas délié les cordons de sa bourse mais met à disposition sa police. SPE/KEYSTONE



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