SIMON PETITE, NAIROBI
ALTERMONDIALISME - Le Forum social mondial, version africaine, s'ouvre aujourd'hui à Nairobi. «Un cauchemar logistique», selon ses organisateurs.
«Dieu est sûrement kenyan.» Chico Whitaker, l'un des fondateurs du Forum social mondial (FSM), ne croit pas si bien dire. La tenue d'un tel événement – 150 000 participants en 2005 – dans la jungle urbaine de Nairobi avait tout de la mission impossible. «Un cauchemar logistique», avoue Nicolas Otieno, membre du comité d'organisation kenyan.
A la veille de l'ouverture du forum, combien de personnes se sont-elles inscrites? Nul n'a la moindre idée tant l'organisation est sur le fil du rasoir. «Les accréditations devraient être là depuis mercredi. On me dit qu'elles sont 'en route'», s'énerve un volontaire allemand, avant que les documents n'arrivent, on ne sait comment.
L'énigme kenyane
La participation des Kenyans demeure une énigme. A Nairobi, les panneaux annonçant la venue du FSM sont bien rares. A l'extérieur de la capitale, on en a jamais entendu parler. La presse, elle, fait ses gros titres sur la présidentielle de la fin de l'année.
Professeur de sciences politiques à l'université de Nairobi, Peter Wanyande estime pourtant que «le FSM pourrait réveiller la société civile kenyane». Les ONG et les Eglises auraient en effet de quoi être déçues du gouvernement de Mwai Kibaki, qu'elles avaient soutenu en 2002 afin de mettre un terme au règne de Daniel arap Moi. «D'autant plus qu'avec la campagne électorale les projets de développement et la lutte contre la corruption sont remis à plus tard.»
Le Kenya figure toujours parmi les pays les moins développés, l'espérance de vie moyenne ne dépasse pas 50 ans et plus de la moitié de la population vit au dessous du seuil de pauvreté.
Question à 7 dollars
«L'entrée au forum est trop chère», se plaint une activiste, qui travaille dans les bidonvilles. Sept dollars pour les Africains, onze fois plus pour les occidentaux. Les journalistes doivent, eux aussi, mettre la main à la poche. «Considérez cela comme une contribution au FSM», justifient les organisateurs.
Car ces derniers n'ont obtenu aucun soutien financier des autorités. Ils doivent même louer le stade de 60 000 places, où se tiendra le forum. Pour y parvenir, il faut traverser la ville et passer la frontière invisible qui sépare les beaux quartiers de l'Est populeux. Au milieu de la verdure surgit le stade Moi. Après des mois de travaux, des ouvriers finissent tranquillement de couvrir les gradins avec de la toile blanche.
Chacun des espaces ainsi ombragés pourra accueillir 250 personnes. Les tentes à l'extérieur du stade jusqu'à 3000 personnes. L'une des ailes de l'édifice abrite un luxueux quartier présidentiel. Des volontaires sont affalés dans les canapés. «Pas de photo! Sinon on va croire qu'on ne fait rien. Ce matin, on a installé tous les ordinateurs pour le centre de presse. Maintenant, on attend les tables», sourit Christiane.
Un job de rêve
Dans la pièce d'à côté, une cinquantaine d'interprètes répètent leurs gammes. Elles et ils seront 400 à officier pendant le forum. «Leur niveau d'éducation est incroyable, fait remarquer Judith Hitchman, une Irlandaise qui a la charge du groupe. Il y a des universitaires, des instituteurs mais aussi beaucoup de réfugiés des pays voisins.»
Pour tous ces gens, travailler pour le forum est une aubaine financière. Les volontaires, eux, espèrent rencontrer des visiteurs du monde entier. «Je me réjouis de parler avec des latino-américains. Là bas, les mouvements sociaux sont très forts. Pas comme en Afrique», analyse Jacquiline. D'autres rêvent d'établir un contact qui leur ouvrira les portes de l'Occident tant désiré. I