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Encouragement à l'évasion fiscale

Paru le Samedi 13 Janvier 2007
   PHILIPPE BACH    

Suisse Les attaques d'Arnaud Montebourg contre la Suisse, accusée de favoriser l'évasion de riches contribuables et de pratiquer de la sous-enchère fiscale, ont mis en évidence un vieux travers. Celui qui voit de larges pans de la population s'identifier à des intérêts qui ne sont pas les siens.
Un tel phénomène était apparu lors de l'affaire des fonds dits en déshérence. Dans ce cas, seules les banques étaient en cause et stigmatisées pour leur avidité et leur mépris des victimes du nazisme. Et pourtant, peu de voix s'étaient élevées pour dire qu'au-delà du caractère parfois injuste de certaines accusations se cachait une réalité historique peu reluisante. Et qu'il n'y avait guère de raison que l'appareil de l'Etat se mette de la sorte en branle pour défendre des intérêts privés.
La récente polémique initiée par le porte-parole de la candidate socialiste à l'Elysée semble montrer que le passé se répète. Et que la question aurait tout intérêt à trouver une réponse un peu moins égoïste. Ceci pour au moins deux raisons.
Premièrement, M.Montebourg est peut-être excessif, il prend sans doute certains raccourcis et il résume à l'extrême la problématique. Il n'empêche. Depuis des années, la Suisse est dans le collimateur de l'Union européenne; elle a d'ailleurs dû lâcher du lest en rétrocédant quelque 300 millions de francs aux pays de Union européenne sur l'épargne cachée en Suisse.
Ces pratiques vont tout simplement à l'encontre du bien commun. Elles sont un encouragement à l'évasion fiscale. La droite suisse y voit une vertu. La concurrence serait saine par essence. Elle empêcherait l'Etat de jouer un rôle de prédateur fiscal.
Faute de comprendre aujourd'hui le caractère immoral de ces pratiques, gageons que la facture sera plus lourde demain lorsque Bruxelles sifflera la fin de partie. En cas de rétorsion, le prix à payer concernera tout le monde: industrie d'exportation ou encore la participation à des programmes de recherche.
Deuxièmement, sur le long terme, en se plaçant sous l'angle des valeurs fondamentales, on peut déplorer la timidité de la gauche. Celle-ci peine à développer une politique autonome sur ce terrain. C'est tout de même le monde à l'envers que de voir une conseillère fédérale socialiste se poser en porte-parole du monde de la finance et de voir sa collègue démocrate-chrétienne la déborder sur sa gauche (pour être immédiatement et sèchement rappelée à l'ordre par les chiens de garde du capital).
Cela traduit un désarroi certain. Pourtant derrière ces questions fiscales, c'est bien la question du rôle redistributeur de l'Etat qui est en cause. C'est-à-dire le coeur de la politique et de la justice sociale. Cela mériterait davantage de courage et d'engagement politique que ce campisme sur des positions du style, «si ce n'est pas moi ce sera un autre».



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