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Didier Super, l'enragé engagé

Paru le Mercredi 10 Janvier 2007
   GABRIEL TEJEDOR    

Culture CHANSON - Rencontre avec un agitateur «trash» lors de son récent concert à Annemasse.
«J'y comprends rien. On n'a presque plus d'articles dans les canards, le site Internet est au point mort, le CD épuisé, et les salles sont de plus en plus pleines!» Didier Super parle franc. Et il se lève soudainement, alors qu'on vient le déranger dans sa loge: il est étendu sur le sol, les jambes sur une chaise en train de discuter avec ses compères. «C'est bon pour la circulation», commente le gars du Nord de la France, avec son accent qui résonne dans la loge de Château Rouge – centre culturel situé à Annemasse – où il joue ce soir à guichets fermés. Deux ans après la parution de son premier et unique album, dont le titre est tout un programme – Vaut mieux en rire que de s'en foutre (distr. V2) –, et après des années de théâtre de rue, ce succès inespéré l'enchante: «Je continue tant que ça m'amuse. Contrairement à ce que les gens pensent, un boulot ne doit pas forcément être chiant.» Didier aime parler des gens, sans complaisance. Dans son concert-spectacle, tout le monde en prend pour son grade: les riches, les pauvres, les Blancs, les Noirs, les artistes, les femmes, les enfants, les animaux et Johnny.


Les vrais racistes

Et c'est là que réside le mystère. Comment le public se reconnaît-il dans cette teigne aux textes franchement «limite», «chantés» sur un douloureux mélange de claviers Bontempi, de batteries électroniques rudimentaires et de guitares balourdes? Réponses: le Monsieur est drôle. Il appuie là où ça fait mal, avec des mots qu'on n'entend pas à la radio, encore moins à la télé. Des mots dangereux pour un personnage public: «Quand je dis 'arabe', tout le monde sait de qui je parle. Maghrébin est souvent dit du bout des lèvres par des gens qu'on sent mal à l'aise avec le sujet. De vrais racistes, en somme.» Entretien.

Que cherchez-vous en provoquant et critiquant comme vous le faites?

Quand tu regardes un magazine comme Envoyé spécial, le sujet a beau être choquant, le lendemain, tu te réveilles et tu t'en fous. En défiant la bienséance, je choisis un autre angle de tir pour essayer de sensibiliser les gens. C'est plus radical. Soit ils adorent, soit ils détestent, mais ce que je dis les oblige à se positionner. Si en décrivant les choses aussi simplement, bien loin de la langue de bois politique, j'obtiens de telles réactions, c'est que ce que je dis n'est pas complètement faux.


La France vit dans l'attente des prochaines élections présidentielles. Comment jugez-vous le climat actuel?

Quand j'entends les gens discuter, on dirait que les deux personnes les plus détestées en France – à part Le Pen – sont Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Il serait temps qu'on écoute un peu le peuple, pour que ce dernier vote pour un candidat et non contre son ennemi comme c'est le cas actuellement. D'un autre côté, moi qui fais beaucoup de théâtre de rue, je peux vous assurer que les meetings de Sarko sont des spectacles incroyables. Avec son immense show à l'Américaine, même le pape passe en deuxième.


Votre disque est édité par une major. N'est-ce pas paradoxal, étant donné votre discours?

J'assume complètement. Il faut bien dépanner les grosses boîtes de temps en temps (Rires). Sérieusement, ça n'a pas été facile. Au début, la maison de disques ne voulait pas que son logo apparaisse sur le disque. Pour me rendre plus underground, j'imagine. Je leur ai dit que s'ils me signaient, ils devaient assumer. Ensuite, la personne qui m'a proposé le contrat – et qui s'est fait virer depuis – a pris un sérieux risque: la moitié des employés étaient contre cette signature. Depuis, j'ai vendu 30 000 copies donc ils me parlent très poliment.
Mais la vie du disque m'importe peu. Je gagne 50 centimes d'euro par disque vendu, alors ça m'est égal que les gens le téléchargent. L'important, c'est le concert. Là, on essaie d'apporter quelque chose en plus, de ne pas être simplement consommé. C'est-à-dire que les gens paient leur place pour danser et recevoir des décibels. Il faut les comprendre, avec la vie qu'ils ont... J'essaie de donner un vrai spectacle. Quelque chose de marquant. Je ne suis pas là pour vendre des disques ou des t-shirts. Mais pour bien faire, il faut avoir le temps de répéter, et donc être subventionné. Même si je me moque souvent des intermittents, j'en fais partie. Sans ce statut, mon spectacle serait bien plus pourri. Et vous en Suisse, vous avez un statut semblable? Non? C'est peut-être pour ça que je n'ai jamais vu une troupe suisse de théâtre de rue qui déchire. I
Note : www.didiersuper.com



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