LUC-OLIVIER ERARD
NEUCHÂTEL - Une exposition remet à jour l'oeuvre très critique du penseur.
Qui a peur de Denis de Rougemont? Cette question de l'écrivain Roger Favre hantera à coup sûr les festivités liées au centième anniversaire de la naissance du grand penseur et écrivain neuchâtelois. Elle est impudiquement posée par l'association «Penser avec les mains» qui, entendant faire mieux connaître l'homme de lettres, a monté l'exposition «L'avenir est notre affaire» à l'Office fédéral de la statistique.
Inaugurée mercredi dernier par Micheline Calmy Rey en personne, l'exposition permet à une conseillère fédérale en pleine campagne de rappeler l'importance de Denis de Rougemont dans la construction européenne : si l'on en croit la ministre, Denis de Rougemont aurait à coup sûr voté le «milliard de cohésion» à destination des pays de l'Est, qui passera en votation fédérale le 26 novembre. C'est possible, car il fut un des pères de l'idée même d'Europe fédérale. Mais si c'est bien pour cette raison que les Romands le connaissent (un peu), le personnage est autrement plus complexe.
Dans les années 1930, déjà doté d'une solide conviction contre les totalitarismes, il critique l'attitude ambiguë de la Suisse et du conseiller fédéral Marcel Pilet-Golaz vis-à-vis de Berlin, ce qui lui vaut d'être embastillé. Mais il sera aussi un des piliers de la Ligue du Gothard, association d'intellectuels qui met en évidence le rôle du Gothard comme symbole de l'Europe et comme barrière militaire contre les desseins du régime hitlérien. Ce qui fait du repris de justice de Rougemont l'un des pères spirituels du «réduit national».
Cependant, le fil conducteur de son oeuvre est surtout à trouver, de Penser avec les mains (1936) à L'avenir est notre affaire (1977), dans la critique d'une société qui promet à l'homme d'être libéré par la machine: avec l'automatisation, ce n'est pas du temps libre que l'on produit, mais du chômage, constate-t-il. Vers la fin de sa vie, ce sont les préoccupations écologiques qui feront surface.
Pour découvrir le foisonnement insoupçonné de l'écrivain, il faut donc visiter «L'avenir est notre affaire», exposition de Roger Favre, Philippe Loup, Pierre Zaugg et Jean-Philippe Bauermeister. Les 8 et 9 septembre se déroule aussi à l'enseigne de «De Rougemont Aujourd'hui» une série de manifestations dans le Val-de-Travers, qui l'a vu naître[2]. Dès 17h30 à l'ancien collège de Couvet, vernissage de l'exposition «Les méfaits de l'instruction publique vu par les lycéens». A 20h, au Café de la Raisse à Fleurier, un débat sur l'homme et son oeuvre sera animé par les élèves et enseignants du lycée de Rougemont.
Samedi, dès 9h, une série de débats tenteront de déterminer si le fédéralisme de Denis de Rougemont est encore d'actualité en regard de la situation européenne, avec la participation, notamment, de Gilles Petitpierre, ancien parlementaire et neveu de l'écrivain. I
Note : [1]Place de l'Europe, Neuchâtel.
[2]Informations: : www.valdetravers.ch