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L'école à la croisée des chemins

Paru le Samedi 26 Août 2006
   CHRISTOPHE KOESSLER    

Genève VOTATIONS CANTONALES (I) - L'éducation devient le champ de bataille N°1 des Genevois. L'école primaire verra son sort scellé le 24 septembre. Résumé des enjeux.
Il y a les pro et les anti-rénovation. A gauche, on pense que la rénovation de l'école primaire –mise en oeuvre progressivement à partir de 1994 par la libérale Martine Brunschwig-Graf– doit être poursuivie, tout en corrigeant les erreurs commises depuis lors. A droite, on réclame sa mise à mort: «Fini les expériences sur nos enfants, revenons vite aux méthodes d'avant, celles qui ont fait leurs preuves», demandent en coeur l'Association refaire l'école (l'Arle) et les partis de l'Entente (radical, démocrate-chrétien et libéral), élargie à l'Union démocratique du centre.
Mais c'est le peuple qui tranchera le 24 septembre. Soit en acceptant l'initiative de l'Arle ou le contre-projet de la droite –qui vont dans le même sens, malgré des différences non négligeables (lire notre encadré)– soit en refusant en bloc les deux textes de loi, et ainsi réitérant sa confiance dans le Département de l'instruction publique (DIP) et le Conseil d'Etat. Tous deux promettant d'apporter des solutions novatrices à l'échec scolaire.
Les deux camps reconnaissent pourtant le problème: non seulement les élèves genevois obtiennent en moyenne de faibles résultats à l'étude internationale PISA (qui mesure leurs performances) –20% des écoliers ont des difficultés importantes avec la lecture à la fin du primaire, par exemple– mais l'échec scolaire n'a pas reculé, alors que sa réduction était un des objectifs prioritaires de la rénovation.


Rénovation: le mal ou son remède?

C'est en réalité sur les causes du mal qu'il y a divergence. Pour les initiants, la rénovation est à l'origine de la crise actuelle. Son «idéologie», le socio-constructivisme, est perçue comme le mal contagieux de l'école genevoise. Rompant avec l'enseignement traditionnel transmissif, cette méthode aurait pour effet, selon la droite, de «laisser l'enfant se débrouiller tout seul» en se bornant à l'inciter à construire lui-même son savoir, source de frustration et de démotivation. Accompagnée de la suppression des notes et de celle des redoublements, cette méthode pédagogique aurait entraîné un manque de rigueur, une dispersion sur des disciplines secondaires et une évaluation trop laxiste des élèves.
Solution? Tout simplement rétablir des notes certifiant les connaissances, mettre l'accent sur les disciplines de base comme le français les mathématiques, et avoir recours au redoublement dans le but affiché d'aider les élèves en difficulté. Mais bien sûr aussi de mettre un frein à ces nouvelles pédagogies, bien que les deux projets de loi restent plutôt flous sur ce point (lire les repères ci-contre). La droite propose aussi d'évaluer la «performance» des établissements et de soumettre chaque innovation pédagogique à l'approbation des autorités politiques.


Problème de pilotage

Aux yeux de la gauche et des syndicats, le problème de l'école genevoise réside ailleurs. La rénovation avait justement pour but de pallier les piètres performances des élèves genevois et de freiner l'échec scolaire, problèmes qui se posaient avec acuité bien longtemps avant la rénovation.
Si cette dernière a en revanche échoué, les raisons en sont diverses. Tout d'abord, de l'avis général à gauche, la rénovation a été mal pilotée. Un processus lent, inégal, l'absence de consultations auprès des enseignants, comme le manque de directives claires à leur intention, et la faiblesse de l'information donnée aux parents ont entraîné une application bancale des principes de la rénovation. De même, le fait que l'entrée des écoles en rénovation ait été volontaire –on ne voulait pas brusquer les enseignants qui y étaient trop rétifs– a empêché l'harmonisation de l'ensemble du système scolaire.
Ensuite, les moyens ont manqué. Le suivi personnalisé des élèves (la différenciation), et surtout de ceux en difficulté, –principe clef de la rénovation– n'a pu qu'être partiellement mis en oeuvre: «L'école a perdu 23% des ses moyens par élève de 1990 à 2005, alors que 6000 nouveaux élèves sont arrivés», précisait il y a quelque temps Christian Brunier, député socialiste. Enfin, la précarisation importante qu'a vécu Genève depuis le début des années 1990 ne serait pas étrangère aux difficultés scolaires.
Il n'y a donc pas ici de remise en cause des principes de la réforme: les pédagogies centrées sur l'élève et son goût d'apprendre auraient fait leur preuve pour parvenir à l'instruction du plus grand nombre. Quant aux notes certificatives, aux moyennes et aux redoublements, ils s'avèreraient spécialement pernicieux, car ils entraînent la sélection des élèves, reléguant dès le plus jeune âge certains élèves sur une voie de garage, alors qu'il auraient pu suivre des études si on leur avait laissé le temps.


Pas de recette miracle

En somme, «l'Arle et l'Entente proposent une fausse solution à un vrai problème», résument les opposants. Alors, quelle est donc la bonne recette? La gauche propose davantage d'appuis scolaires et d'évaluations personnalisées –donc plus de moyens– et un rapprochement avec les parents d'élèves, appelés à devenir de véritables partenaires de l'école. Charles Beer, conseiller d'Etat en charge de l'instruction, a pour sa part déjà pris un certain nombre de décisions: à la rentrée 2005, il a rassemblé toutes les écoles sous le même régime en réintroduisant –en réponse aux critiques de l'Arle– des notes indicatives en complément aux appréciations qualitatives et en réduisant les cycles d'études à deux ans (quatre ans auparavant). Il a également promis de faire de l'enseignement du français et des mathématiques une priorité.


Cibler les plus démunis?

Le magistrat a également lancé jeudi dernier un projet pilote d'aide aux écoles des quartiers populaires de réseau d'enseignement prioritaire (REP) (lire notre édition du 25 août). Le programme réalloue les ressources internes à l'établissement en vue de renforcer l'appui individuel aux élèves en difficulté. Il servira aussi à tester de nouvelles structures, comme le conseil d'établissement (qui inclut les parents d'élèves) et la direction d'école. En revanche, sur le moyen terme, le magistrat n'envisage pas une augmentation du nombre de postes, contrairement à ce que souhaite la gauche.
C'est à travers la réorganisation de l'école primaire, pas à pas, et en concertation avec toutes les parties, que le chef du département entend lutter contre la crise que traverse l'école genevoise. Face à ses démarches –souvent perçues comme des tâtonnements– et dans le contexte de la pénurie de moyens financiers de l'Etat, l'Arle et l'Entente pourraient bien l'emporter, leurs propositions pouvant paraître apporter des solutions plus radicales et immédiates. I



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Pro-rénovation: «Non à l'exclusion!»

   CKR    

Le Syndicat de l'école primaire De par sa représentation (1600 membres, soit 60% des enseignants du primaire), la Société pédagogique genevoise (SPG) pèse de tout son poids dans cette votation. Son président, Olivier Baud (photo), espère convaincre les citoyens que «ce n'est pas parce que les réformes sont tellement longues à mettre en place et à produire des effets qu'il faut les rejeter en cours de route.»
Le Groupement des parents d'élèves du primaire Le Gapp regroupe environ 4000 membres, et 50 des 60 associations de parents d'élèves des écoles genevoises. «Ne vous y trompez pas, interpelle le Gapp. Ce qui se profile derrière le contre-projet de la droite n'est pas le bien-être scolaire de nos enfants mais une sélection précoce des aptitudes des élèves sans tenir compte de leurs rythmes d'apprentissage, soit une immersion trop précoce dans le monde de la compétition.»
La Fédération des associations des maître du Cycle d'orientation La Famco réuni environ deux tiers des enseignants du Cycle (CO) (entre 600 et 800 membres). Accueillant directement les élèves à la sortie de l'école primaire, ses enseignants sont très concernés par la votation. Pour Philippe Chervet, son président, ce n'est pas parce que l'échec des élèves à la sortie du cycle, au dixième degré, est très élevé, qu'il faut avancer la sélection des élèves au cycle, moins encore à l'école primaire: «Il faut laisser leur chance le plus longtemps possible aux enfants», explique-t-il.
Les partis de l'Alternative Le Parti socialiste, les Verts, Solidarités et le parti du travail parlent d'une seule voix pour rejeter catégoriquement les deux projets de loi.
Tout comme: les syndicats Unia, des services public, interprofesionnel de travailleuses et travailleurs, la Communauté genevois d'action syndicale, Former sans exclure, Groupe romand d'éducation nouvelle, Association des étudiants Licence mention enseignement, Mouvement populaire des familles, les Communistes. ckr



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Antirénovation: «Rigueur et résultats»

   CKR    

L'Association refaire l'école (Arle) Créée en 2001, peut se targuer des 28000 signatures récoltées par son initiative pour le retour des notes. Elle ne dispose en revanche que d'environ 320 membres, dont des représentants des trois ordres d'enseignement. Pour André Duval, son président, «l'école est malade. Depuis 30 ans, on a laissé s'insinuer la logique socio-constructiviste dans les écoles jusqu'à contaminer le cycle d'orientation et le collège. Nous avons détruit les cadres auxquelles nos élèves pouvaient se rattacher, telles que les notes.»
Le Réseau école et laïcité Réel est né en 2005 d'une scission de l'Arle et compte environ deux cents sympathisants. Il a récemment déposé une initiative visant à réformer le cycle d'orientation dans le même sens que l'école primaire. Il s'est récemment prononcé en faveur de l'initiative de l'Arle et contre le contre-projet de la droite. Pour deux raisons principales: selon Yves Scheller, l'un des fondateurs, l'initiative est plus claire sur la question du redoublement, le contre-projet ne mentionnant qu'une prolongation de cycle possible. D'autre part, Réel s'oppose à l'évaluation des établissements que prévoit le contre-projet: s'il était rendu public (ne serait-ce que par une fuite), le classement des établissements pourrait provoquer un «tourisme scolaire». Les parents choisissant d'habiter dans les quartiers les mieux cotés.
L'Entente élargie La droite genevoise est elle aussi unanime à soutenir les deux projets de loi, y compris l'Union démocratique du centre. Le Mouvement des citoyens genevois les a rejoints. A noter que le Parti démocrate-chrétien donne sa préférence à l'initiative en cas d'acceptation des deux objets.
Autres soutiens: le groupement «Enseignants pour une école de qualité» formé il y a peu, et les jeunesses des partis de droite. ckr



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