ISABELLE GAY
VALAIS - A Daillet, une femme se lance dans le projet de convertir le lait de ses ânesses en cosmétiques. Une première en Suisse.
«Ha bon? Ca se trait un âne?!» C'est la première question que les gens lui posent en général. «Mais après quelques explications, ils trouvent l'idée intéressante.» Paulette Fontannaz est une passionnée des animaux. Depuis plusieurs années, elle possède une exploitation agricole biologique à Daillet, dans le Valais central. Elle détient, entre autres, un cheptel de 35 ânes. Mais pas question de les voir simplement se balader dans les prés, la Valaisanne veut les connaître plus profondément.
«Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'âne est un animal très intelligent et calme. Il rassure ceux qui l'entourent. Je me suis d'abord lancée dans l'asinothérapie, la thérapie avec les ânes, pour faire des camps avec des enfants. Aujourd'hui, j'aimerais transformer le lait de mes ânesses en produits cosmétiques pour femme et enfants.»
Riche en vitamines
L'idée peut paraître surprenante. Pourtant, en France, le système est connu depuis longtemps. Paulette Fontannaz a d'ailleurs fait la connaissance de Catherine Baron, une commerçante française spécialisée dans ces produits avant de se lancer dans l'aventure. Le projet vient à peine de débuter, mais les deux femmes sont persuadées de son succès. «Ce lait a de nombreux avantages pour notre peau», explique Catherine Baron. «Il est apaisant, prévient les irritations, soigne le psoriasis, l'eczéma, les peaux sèches. Il est également un excellent régénérant cellulaire. Enfin, il est riche en vitamines A, B, C et D. C'est important de faire découvrir ses vertus. »
Et Paulette Fontannaz d'ajouter: «En 1800, des nourrissons étaient sauvés grâce au lait d'ânesse, qui ressemble en de nombreux points au lait maternel. Mais il a été oublié au début du XXe siècle pour des questions de traite.» Effectivement, un âne ne se trait pas comme une vache. Il faut compter quatre à six traites par jour pour obtenir moins d'un litre de lait. De plus, l'animal est subtil car si la femelle ne voit pas son petit lors de la traite, elle retient son précieux liquide.
Paulette Fontannaz a commencé les traites au début du mois de juin. Ses récoltes, elle les transmet à la Haute école valaisanne (HEVs) pour l'atomiser. «C'est le passage du lait liquide au lait en poudre. C'est une étape essentielle avant le travail en laboratoire.»
La dernière étape, à savoir la transformation en cosmétiques, est réalisée par une entreprise chablaisienne, dont nous devons taire le nom. Trois personnes travaillent sur le projet actuellement: une biologiste, un droguiste et une assistante. La responsable du secteur recherche et développement de cette société explique: «C'est la première fois que nous utilisons cette matière. Mais cela ne nous étonne pas vraiment, car les cosmétiques ont tendance à revenir au naturel. En ce moment, nous devons analyser la faisabilité du produit, nous documenter sur ses bienfaits. Et nous espérons pouvoir réaliser quelque chose d'ici à la fin de l'année.»
Unique en Europe
Près d'une dizaine de cosmétiques sont prévus, tels qu'une crème apaisante pour bébé, du talc, une eau nettoyante ou un soin buste maman. «Cette gamme de produits est unique en Europe. Nous étudions également des produits pour femme visage, corps, mains et pieds. Et selon les études en cours, nous nous approcherons d'idées alimentaires», rapporte la cofondatrice du projet, Catherine Baron.
Si cela devait aboutir, Paulette Fontannaz, avec sa «Ferme à Cadichon», serait la première exploitation agricole bio de lait d'ânesse en Suisse. Ce qui signifie la réussite assurée? «La traite ne dure que cinq mois. Mais l'argent que je vais récolter sur cette période devrait nous faire vivre toute l'année. Je pourrais donc continuer parallèlement mes activités d'agrotourisme», conclut-elle.
Alors Mesdames êtes-vous prêtes à vous enduire de crème au lait d'ânesse? N'ayez crainte, Cléopâtre, déjà, prenait son bain avec ce même liquide... I