MICHEL SCHWERI    

Genève ÉCONOMIES - Le mode de calcul de l'aide sociale change, entraînant une réduction des prestations versées par l'Hospice général de 8,5%. Présentation.
Le sursis est tombé et toutes les mobilisations n'auront rien changé: dès demain, les personnes dépendant de l'aide sociale du canton de Genève recevront du pain toujours sec et un peu moins d'eau qu'auparavant. Les normes d'assistance leur permettant de boucler leurs fins de mois sont en effet soumises à un nouveau régime financier plus chiche. Il entraîne une économie globale de l'ordre de 18 millions de francs pour le canton, soit environ 8,5% des dépenses totales d'aide sociale.
Pour les personnes assistées à Genève, cela résulte de la superposition de deux modifications. Auparavant, le canton versait des montants d'assistance 13,4% plus généreux que les normes intercantonales émises par la Conférence suisse des institutions d'action sociale (CSIAS). Alors que cette dernière recommandait, jusqu'en 2005, de fournir un forfait d'entretien de base de 1030 francs par mois pour une personne seule, Genève octroyait 1168 francs.


Pauvres appauvris

Mais depuis, les instances de la CSIAS ont révisé leurs calculs. Les nouvelles normes intercantonales ne prévoient plus, depuis un an, qu'un montant de base de 960 francs. Et Genève a décidé de les appliquer. Les personnes assistées au bout du lac cumulent dès lors les conséquences des deux décisions: d'une part, le canton s'aligne sur les normes CSIAS dès le 1erjuillet, lesquelles sont, d'autre part, revues à la baisse.
Pour arriver à ce nouveau montant, la CSIAS a usé d'un subterfuge statistique pas anodin. Ses anciennes normes dérivaient de la situation financière des 20% de la population les plus pauvres en Suisse, laquelle devenait ainsi le «standard» reconnu donnant droit à l'aide sociale. La nouvelle réglementation est désormais calculée sur les 10% les plus pauvres, réduisant le seuil de la précarité «admise» par les institutions.
Outre ce mode de calcul, les nouvelles normes de la CSIAS connaissent quelques autres changements. Auparavant, un «complément au forfait I» de 200 francs pour les enfants de plus de 16 ans pouvait être versé avec le forfait familial, ainsi qu'un «forfait II pour l'entretien», équivalent à environ 10% du montant de base. Ces deux compléments sont supprimés au profit de «suppléments d'intégration» de 0, 100, 200 ou 300 francs par mois, censés encourager l'inscription du bénéficiaire dans une démarche active d'intégration sociale personnelle et/ou professionnelle.


Franchise

Car la philosophie des nouvelles normes tend à «renforcer les incitations financières pour la reprise d'un emploi rémunéré», expose un feuillet récapitulatif de la CSIAS.
Dans cet esprit, les normes introduisent une franchise de 400 à 700 francs sur le salaire des personnes assistées, à déduire lors du calcul donnant droit à l'aide publique. Une reprise d'emploi, voire une augmentation du taux de travail ne se traduira donc plus par une diminution équivalente de l'aide publique. A noter toutefois que cette franchise n'est pas cumulable avec le versement d'un supplément d'intégration.
Cette philosophie, ainsi que la quasi-obligation de s'inscrire dans un processus d'intégration, engagent enfin les cantons à prévoir des programmes d'insertion ou d'activités d'utilité publique. I



article

Mode d'emploi

   MICHEL SCHWERI    

La mécanique concrète de l'assistance peut être appréhendée à travers l'exemple des directives cantonales genevoises.
Les personnes relevant de l'Hospice général doivent signer un «contrat d'action sociale individuelle» (CASI) avec l'assistant s'occupant de leur dossier. Il s'applique également aux familles. Lors de la signature de ce CASI, les directives genevoises prévoient l'octroi d'un supplément d'intégration de 100 francs. Mais «si le CASI se révèle impossible ou inapproprié, l'usager a droit à un supplément d'intégration de 100 francs», est-il écrit juste en dessous. En revanche, rien n'est dit du paiement durant le temps nécessaire à la constitution du dossier et, partant, à l'élaboration du CASI. Que touchera la personne assistée durant les mois de démarches auprès des assurances sociales ou d'autres administrations permettant de déterminer avec précision sa situation financière?
Sur le plan qualitatif, le CASI inclus un «projet d'insertion» élaboré durant les trois premiers mois d'assistance. Puis, «des objectifs successifs sont fixés de mois en mois afin d'assurer la réussite du projet». Enfin, «la réalisation de l'objectif est évaluée chaque mois», et si l'«objectif mensuel est atteint», le supplément d'intégration passe alors à 300 francs, précisent les directives. A l'inverse, «des refus réitérés d'entrer dans la démarche CASI ou de la poursuivre» peuvent entraîner la suppression du supplément d'intégration, voire une «sanction financière» sous la forme d'une réduction des prestations.
Car un des objectifs de la réforme des normes CSIAS est aussi d'«élargir les possibilités pour une lutte efficace contre les abus», précise le résumé de la CSIAS. Des sanctions étaient certes déjà prévues auparavant, mais leur durée pourra être allongée. MSi



article

Un calcul complexe

   MICHEL SCHWERI    

L'ouverture du droit à l'assistance procède d'un calcul complexe, prenant en compte de nombreux paramètres personnels concernant les finances du bénéficiaire et de son groupe familial. Il n'y a donc pas deux situations identiques.
L'assistance est en effet un revenu dit «de comblement». L'idée est, d'un côté, d'additionner tous les revenus du groupe familial:
-les salaires;
-les rentes d'assurances sociales et indemnités journalières;
-les allocations familiales, d'étude ou de logement;
-l'intérêt de l'épargne.
Sur l'autre colonne, les dépenses reconnues comme «normales» sont enregistrées:
-le «forfait d'entretien» nécessaire au groupe familial, de 960 francs pour une personne seule, 1469 francs pour deux, 1786 francs pour trois, puis 269 francs par personne supplémentaire;
-le loyer et charges du logement jusqu'à 1100 francs pour une personne seule, 1300 francs pour deux, 1600 francs au-delà;
-la prime moyenne d'assurance maladie, de 107 francs pour les enfants, 356 francs pour les jeunes et 426 francs pour les adultes.
Une différence négative entre les charges et les ressources ouvre le droit à l'assistance et constitue dès lors le montant effectif versé au groupe familial.
Il peut en outre s'arrondir d'aides ponctuelles, tout particulièrement le paiement de la franchise des 300 premiers francs de soins et les 10% de participation aux frais de santé. Mais aussi des dépenses pour l'acquisition du revenu, des gardes d'enfants, des cours et écolages ou des soins dentaires urgents.
Avec le nouveau système, ce montant sera augmenté des subsides d'intégration de 100, 200 ou 300 francs. Les franchises sur l'activité rémunérée introduites par les nouvelles normes genevoises pourront aussi modifier le calcul (0 francs pour un emploi inférieur à 30%, 300 francs jusqu'à 60%, 400 francs pour un taux compris entre 60 et 80%, 500 francs au-delà).
Pour Genève, l'application de ce nouveau régime en 2006 a entraîné la suppression des indemnités de transport (70 francs par mois pour une personne seule), de vêtements (60 francs) et de télécommunication (70 francs). Selon un calcul comparatif effectué par les syndicats défendant les bénéficiaires de l'aide sociale, l'application des données de base du nouveau système ferait perdre entre 100 et 300 francs par mois à une personne seule selon le supplément d'intégration qu'elle obtient. MSi



Commentaires

Demain, l'assistance publique genevoise s'allège de 18 millions | S'identifier ou créer un nouveau compte | 0 Commentaires
Les commentaires appartiennent à leur auteur.
Ils ne représentent pas forcément les opinions du Courrier.

Pour des médias indépendants...

En faisant un don pour cet article, vous participez au maintien de notre indépendance.
Le Courrier n'a pas de capital, mais il a une richesse, ses lecteurs.
Si vous souhaitez faire un don en Euro, vous pouvez vous rendre sur notre page Dons.











Creative Commons License

Ces articles sont mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

   lecourrier   lecourrier lecourrier
» Abonnez-vous!
» Le coin des abonnés
» Nouvelles du Courrier
» Présentation
» L'équipe
» Historique
» Charte
» Statuts NAC
» Membres
» Ass. lecteurs
» Architrave
» L'agenda
» Contacts
» Partenaires
» Tarifs annonces
;