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En Inde, les laissés pour compte de la Narmada

Paru le Mardi 16 Mai 2006
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Solidarité La dernière digue a cédé le 8 mai, lorsque la Cour suprême indienne a décidé de ne rien décider. Les travaux de surélévation du barrage Sardar Sarovar dans la vallée de la Narmada (Etat du Mayha Pradesh – centre) peuvent continuer. Ils devraient être achevés d'ici la fin du mois de juin, juste à temps pour la mousson. Les flots rempliront alors totalement le lac artificiel, onze mètres plus haut que les saisons précédentes. «245 villages supplémentaires seront submergés», calcule Usha Ramanathan. Après un mois passé à New Dehli aux côtés des déplacés de la Narmada, la juriste était à Genève la semaine dernière.1 Pour l'Indienne, cet énième agrandissement du barrage est «illégal». Par le passé, la Cour suprême a jugé qu'aucun nouveau chantier ne pourrait être entrepris sans plan crédible de réinstallation. Or, des milliers de personnes déplacées par les montées des eaux précédentes n'auraient toujours rien vu venir. La coalition Narmada Bachao Andolan (NBA) évalue le nombre de ces laissés pour compte à 35 000 familles. L'Etat du Madhya Pradesh assure que tout sera réglé d'ici le mois de juillet. Mais, début avril, trois ministres ont brièvement visité plusieurs villages de relogés. Ils sont revenus à New Dehli avec un constat accablant: absence d'eau potable et d'électricité, insalubrité, déplacés forcés d'accepter du cash à la place du terrain promis... Conclusion des trois ministres: la réhabilitation n'a eu lieu que sur «le papier».
Depuis, Manmohan Singh a nommé une autre mission d'enquête. Le premier ministre indien puis la Cour suprême se pencheront à nouveau sur le dossier début juillet. Mais quelle que soit leur décision, les travaux seront alors terminés. «Ces derniers temps, la machine à propagande a fonctionné à plein régime. Pour la majorité de la presse, la NBA fait de l'obstruction, alors que nous ne demandons que le respect de la loi», proteste Mme Ramanathan. C'est que la croissance indienne réclame son lot de mégawatts. Dans l'Etat voisin du Gujarat, l'augmentation de la capacité du barrage permettra d'irriguer davantage de terres arides, raison pour laquelle le gouverneur Narendra Modi est si pressé de finir les travaux. Face à cela, les habitants du fleuve – pour la plupart des communautés tribales situées au bas de l'échelle sociale indienne – pèsent de peu de poids. La NBA a toujours contesté l'analyse coût-bénéfice avancée par les partisans de la domestication de la Narmada, qui, outre l'immense Sardar Sadovar, a nécessité la construction de milliers d'autres barrages de tailles diverses. La coalition remet aussi en cause le type de développement induit par un projet aussi pharaonique que le Banque mondiale avait fini par renoncer à financer en 1993. SPE
Note : 1 La juriste collabore avec l'International Law Research Cener, basé à Genève (www.ielrc.org).



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