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Paru le Jeudi 18 Mai 2006
   MARCO GREGORI    

Suisse Les éditeurs des journaux gratuits pavoisent. Six jeunes sur dix lisent «leur produit» régulièrement. Peut-on pour autant affirmer la main sur le coeur que ces lecteurs sont correctement informés? Tout au plus, cette statistique révèle-t-elle une tendance dangereuse observée depuis quelque temps déjà: la prise de pouvoir de l'information divertissante au détriment de faits et d'événements d'intérêt général. De là à considérer cette situation comme une fatalité, il y a un pas que certains journalistes refusent de franchir. Hier, à Lausanne, ils ont réitéré leur appel, lancé il y a quelques mois, afin que l'information-divertissement n'achève pas l'information tout court. Constat somme toute assez réjouissant: plus de 500 journalistes romands, à ce jour, ont signé la pétition «Information en danger».
Confrontés à de multiples pressions de la part des annonceurs et des éditeurs, les journalistes donnaient parfois l'impression de courber l'échine, voire, dans certains cas, d'accepter sans état d'âme la complaisance. Or la prise de conscience réaffirmée hier par une partie assez conséquente de la profession constitue un signe d'espoir. Non seulement pour les journalistes eux-mêmes, qui refusent de brader leur métier, mais également pour les lecteurs, qu'ils ne veulent pas considérer comme des consommateurs mais comme des citoyens.
Mais la presse, aussi sérieuse et crédible soit-elle, aura du mal à inverser toute seule cette tendance à l'information doublement facile, car gratuite et peu exigeante à la lecture. Le politique a aussi un rôle à jouer. Non pour dicter le contenu d'un journal ou pour se profiler en garant de la morale, mais pour favoriser une meilleure éducation aux médias. Le récent sondage de la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin, qui consacrait le «succès» des gratuits, relevait également que 85% des jeunes sondés estiment plutôt utile d'apprendre à lire et à décoder les médias durant les heures d'école. Et le besoin d'un apprentissage aux médias croît avec l'âge. Il est plus marqué auprès des 15-18 ans que des 12-15 ans.
D'où ce constat: si le civisme s'apprend, le principal canal censé l'alimenter doit aussi faire l'objet d'une attention particulière.
Malheureusement, la majorité des politiciens, sauf quand il s'agit de faire parler d'eux, ne vouent qu'un intérêt poli à la presse. Sinon comment considérer que l'aide indirecte à la presse, à travers des tarifs postaux préférentiels, soit dangereusement menacée? Une menace qui pèse plus fortement sur les journaux à tirage limité et n'ayant pas les moyens de s'offrir des porteurs maisons. Le Courrier est dans ce cas, mais il n'est pas le seul.
Une suppression de cette aide pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour de nombreux titres. Mais évidemment pas sur les gratuits, lesquels tirent l'intégralité de leurs revenus des annonceurs et sont pour cela prêts, jour après jour, à mélanger publicité et information. Mais comme les statistiques leur donnent raison, pourquoi devraient-ils s'en émouvoir?



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