CORINNE AUBLANC
Homophobe, la société occidentale? «On assiste à un retour de l'ordre moral à tous les niveaux. Aujourd'hui, la société est dans le fond beaucoup moins permissive qu'il y a trente ans», estime François Haaker-Chijner, secrétaire général de l'association homosexuelle genevoise Dialogai. De fait, les milieux lesbien, gay, bi et transsexuel (LGBT) souhaitent voir l'intronisation officielle d'une journée internationale contre l'homophobie, qui aurait lieu chaque 17 mai, en souvenir du 17 mai 1990, jour où l'Organisation mondiale de la santé a retiré l'homosexualité de la liste des maladies mentales. Le comité Idaho (pour International Day against Homophobia), qui coordonne la journée au niveau international, a déjà tenté l'expérience l'an dernier. Elle a été suivie dans près de quarante pays.
Prenant le relais en Suisse, Dialogai adressait au début du mois une missive aux sept conseillers fédéraux, au président du Conseil national, ainsi qu'au Conseil d'Etat genevois, pour porter la requête devant les diverses instances parlementaires. La missive était accompagnée des résultats d'une enquête réalisée par l'association, et qui fait état des discriminations et autres actes homophobes dont sont victimes les minorités sexuelles dans la région lémanique.
Certes, concède François Haaker-Chijner, en matière de reconnaissance des droits des minorités sexuelles, les mentalités ont évolué. Pour preuve, la validation par le peuple suisse, le 5 juin dernier, de la Loi sur le partenariat enregistré pour les personnes de même sexe (LPart). On est bien loin, en effet, de la situation qui prévalait lorsque l'association homosexuelle genevoise a ouvert ses portes en 1982. «Il a fallu recourir jusqu'au Tribunal fédéral pour obtenir gain de cause contre la Poste», se souvient M. Haaker-Chijner. La régie d'Etat avait en effet refusé d'ouvrir une ligne téléphonique pour le compte de la nouvelle association, invoquant le motif de «prosélytisme homosexuel». Depuis, en Suisse en tout cas, «le débat de société a eu lieu».
Il n'empêche, poursuit le secrétaire général de Dialogai, les discriminations ont la peau dure. A titre d'exemple, en Suisse comme dans la plupart des pays industrialisés, les homosexuels masculins, considérés comme groupes à risques[1], sont exclus du don du sang au nom du principe de précaution, sans tenir compte des situations individuelles. Par ailleurs, les résultats de l'enquête ont révélé que près d'une personne sur deux était victime d'homophobie. Dix pour cent des personnes gays et lesbiennes disent notamment avoir été agressées physiquement, parmi lesquelles 71% n'ont jamais porté plainte. Pour l'association, le premier pas vers l'égalité de droit et de traitement au niveau civil entre homosexuels et hétérosexuels, matérialisé par l'adoption de la LPart, doit s'étoffer tant sur le plan de l'accueil que de l'écoute, notamment chez les médecins ou dans la police. Avec l'ambition d'aboutir à terme à l'inscription de la condamnation de l'homophobie dans la loi fédérale.
CORINNE AUBLANC
Note : [1]Chez les hommes, les voies de contamination au VIH/sida sont les rapports homosexuels (42%), hétérosexuels (34,9%) et l'injection de drogues (9,4%), selon l'Office fédéral de la santé publique.