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L'homophobie sous surveillance

Paru le Mercredi 17 Mai 2006
   CORINNE AUBLANC    

Actuel DISCRIMINATIONS - Une enquête de Dialogai, présentée aujourd'hui à Genève lors de la «Journée mondiale contre l'homophobie», livre des résultats mitigés. Elle jalonne un projet lémanique d'«Observatoire de l'homophobie».
Si, le 5 juin 2005, une majorité de Suisses reconnaissaient pleinement la légitimité des couples de même sexe, l'homosexualité demeure un problème pour les 42% de la population qui ont voté contre le partenariat enregistré. Ce constat posé, l'association genevoise Dialogai, forte de l'émulation suscitée par la voix des urnes, trouvait l'été dernier des appuis auprès de la classe politique –à droite comme à gauche–, des syndicats, du milieu associatif, ainsi que chez les juristes, les psychologues et autres forces de police, pour prolonger la réflexion sur les discriminations des minorités sexuelles. L'idée d'un observatoire de l'homophobie au niveau romand était lancée, en collaboration avec les autres associations LGBT (lesbiennes, gays, trans et bisexuels) valdo-genevoises[1]. Un projet de longue haleine visant, en substance, à recueillir des données sur divers terrains –école, entreprise, famille, corps médical...– afin de se donner les moyens d'exercer un lobbying auprès des instances politiques dans le but d'inscrire, au même titre que le racisme, l'homophobie dans le Code pénal suisse.
Un sacré morceau donc. Dont la première tranche a été la réalisation d'un état des lieux des discriminations, à partir d'une enquête adressée aux gays et aux lesbiennes des cantons de Genève et Vaud. Un livre blanc, destiné à centraliser les témoignages de victimes d'année en année, devrait suivre fin 2006, prévoit M. Haaker-Chijner. Mais pour avoir une vue plus précise du concept dans sa globalité, il faudra attendre un peu. Sa finalisation, initialement prévue pour ce printemps, a dû être reportée faute de moyens financiers et humains. En tout état de cause, le futur observatoire devrait circonscrire son champ d'investigation à l'Arc lémanique.
Entre-temps, Dialogai n'a pas perdu son temps puisqu'une convention entre l'association et le Département genevois des institutions vient d'être signée, qui permet à l'association d'intervenir dans la formation initiale et continue de la Police cantonale, en vue de sensibiliser gendarmes et police judiciaire[2] aux problématiques rencontrées par les personnes LGBT victimes d'agressions.


De l'insulte au viol

Et il y en a pas mal autour du Léman. Sur les 312 personnes qui ont répondu à l'enquête entre août et décembre 2005, 48% disent avoir été victimes au moins d'un acte homophobe dans leur vie. «La situation est plus grave que je ne le pensais. Nous avons reçu 100 réponses en quinze jours, et sur les 20 premiers retours, 12 personnes avaient subi un viol», rapporte M.Haaker-Chijner. Moqueries, propos discriminatoires, voire insultes, sont également légion. Mais contre lesquelles aucune plainte, au dire des victimes, n'a jamais été déposée. Cette omertà face aux institutions judiciaires se confirme avec les formes de discrimination les plus graves. Alors que, au total, plus de 14% des personnes interrogées reconnaissent avoir subi une agression sexuelle, seule une sur dix a réagi. Tandis que dans la quasi-totalité des cas de mobbing ou de harcèlement sur le lieu de travail (7% des réponses), les victimes se taisent. A relever que les discriminations sociales existent également au sein même du milieu LGTB, en raison de l'âge, de l'aspect physique, ou encore du genre –mysoginie et ou lesbophobie des gays envers les femmes, par exemple. Cependant, côté coming-out, les résultats semblent plutôt encourageants (lire ci-dessous).
Sur le plan de la santé mentale, une personne sur quatre avoue être passée par une phase dépressive liée à son orientation sexuelle (coming-out impossible, rejet social, mobbying...), et une sur dix annonce au moins une tentative de suicide. Enfin, sur le plan des représentations de l'homosexualité, la grande majorité des répondants pensent que le grand public relie homosexualité et VIH/sida et fait l'amalgame entre homosexualité et pédophilie. Ce qui reste à confirmer. I
Note : [1]Lestime, Vogay, Lilith. Le groupe trans de 360° est sollicité, ainsi que les deux faîtières nationales gay et lesbienne Pink Cross et LOS.
[2]44% des répondants à l'enquête Dialogai estiment qu'une présence policière dans les parcs, la nuit, pourrait dissuader les agressions. Par ailleurs, 5% déclarent avoir subi des contrôles intempestif des forces de l'ordre en lien avec leur orientation sexuelle.



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