PROPOS RECUEILLIS PAR SANDRA VINCIGUERRA
«Pourquoi pensez-vous que La Nébuleuse du coeur se termine dans un palais des glaces?» Au Buffet de la gare de Lausanne, Jacqueline Veuve pose des colles sur son film. La réponse de la cinéaste est alambiquée. «C'est comme dans La Nuit américaine de Truffaut. A la fin, un personnage demande tout à coup: «Et si on finissait dans la neige?»
UNE VIEILLE HISTOIRE
Malicieuse, la solution n'est pas seulement cinéphile. «J'avais cette impression de froid, c'était comme si je mourais», explique-t-elle de ses malaises cardiaques. Apparus sans prévenir lors du tournage de Jour de marché son film précédent, ils la condamnent à la consultation. Les médecins lui posent un pacemaker. Immobilisée à la suite de complications, elle travaille sur une vieille idée de film, l'histoire du petit Nicholas Green, tué d'une balle perdue en 1994 et dont les organes ont été transplantés à sept personnes. Mais l'affaire, désormais célèbre, avait déjà trouvé ses versions sur grand et petit écran. Vient alors l'idée de raconter sa propre histoire mêlée à celle d'autres patients et à celle, plus vaste, du coeur lui-même.
La première fois qu'elle y pense, elle ne joue pas son rôle. «Je voulais qu'un acteur interprète mon histoire. Je ne sais pas pourquoi. Finalement, il me paraissait plus juste que je sois dans le film. Mais je n'ai pas abandonné cette idée. Je prépare quelque chose sur mes fantasmes et mes obsessions et je pense à un comédien pour jouer ce rôle.» Se voir à l'image n'est d'ailleurs pas anodin. «La dernière fois, c'était il y a bien longtemps. J'ai vieilli, je suis voûtée, toute ridée.»
SE MONTRER AU TRAVAIL
Ce n'est d'ailleurs pas vraiment la Jacqueline Veuve protagoniste, mais bien la Jacqueline Veuve documentariste qui apparaît à l'écran. «Nous voulions faire un film un peu particulier qui contiendrait également une sorte de making of. Mais ça ne marchait pas vraiment. On a gardé pourtant quelques plans qui fonctionnaient.» Dont l'un des plus beaux du film où le preneur de son et la réalisatrice –parfaitement centrés dans une halle vide– écoutent religieusement un ancien ouvrier, jambes écartées, pieds plantés au sol. Ailleurs, Jacqueline Veuve se montre au travail, demandant à refaire une prise. «Nous, réalisateurs, sommes parfois tellement obsédés par le temps que nous avons réservé à telle ou telle séquence que nous sommes prêts à perdre le naturel d'une interview. Je voulais me moquer un peu de ça.»
Aujourd'hui ses soucis de coeur sont résolus par une petite machine. «Je voulais montrer tous ces câbles qui entrent dans mes veines, c'est incroyable.» Mais le film y est aussi pour beaucoup. «Bien sûr, c'était un exutoire. Et du moment où j'ai admis que je n'étais pas immortelle, ça a commencé à aller mieux.»