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Romed Wyder, thriller attitude

Paru le Samedi 30 Avril 2005
   SANDRA VINCIGUERRA    

Culture PORTRAIT Romed Wyder sort un film jubilatoire sur l'action directe et le G8 à Genève. Le réalisateur Suisse en profite pour signer l'un des rares thrillers romands.
Un réalisateur, ça regarde le ciel. Et quand il fait beau, ses sentiments sont mêlés: le soleil, c'est mauvais pour les entrées. Surtout quand on signe un film suisse. Pourtant, Romed Wyder pourrait bien en appâter plus d'un. Son Absolut est suisse, il est vrai, genevois de surcroît, mais il est un portrait jubilatoire de l'action directe et une incursion étonnante dans le genre.
Thriller helvétique, la juxtaposition est pour le moins inhabituelle, presque comique. «Nous en parlons beaucoup entre réalisateurs depuis que mon film est sorti. Considérés plutôt comme des «auteurs», les Romands ne font pas ou très peu de genre, ils ont peur d'être catalogués. Moi-même, je ne me suis pas dit que j'allais tourner un thriller psychologique. Le sujet a imposé la forme. Mais ça m'a incité à réfléchir. La prochaine fois, je penserai au genre plus tôt.» Et si, simplement, Absolut était un film de genre parce que Romed Wyder n'est pas vraiment romand?


À 180 DEGRÉS

La religion cinématographique du Haut-Valaisan n'était pas encore faite lorsqu'il quitte Brigue pour l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Deux ans de ce régime «militaire» auront suffi, «trop de mathématiques et pas assez de physique», conclut sommairement celui que des soucis «philosophiques» avaient attiré dans cette voie. L'envie de tourner le pousse enfin à s'installer à Genève. Là, l'Ecole des Beaux-Arts est l'antithèse effrayante de ce qu'il a connu auparavant: «On avait rendez-vous à 9h, les gens débarquaient en retard et on prenait encore le temps de boire un café. J'ai failli tout lâcher et repartir.» François Albera, aujourd'hui professeur à l'Université de Lausanne, le retient, lui fait retrouver la raison. Et avec raison, puisque Romed Wyder a finalement tourné deux longs métrages: le documentaire Squatters (1995) et Pas de télé, pas de café, pas de sexe (1999), une comédie qui a engrangé près de 10000 entrées, pour les deux tiers en Suisse alémanique. Quant à Absolut, il sera montré dans des festivals à Washington, Seattle, Brooklyn, Damas, Sydney et Shanghai – à l'évocation de la ville asiatique, le jeune réalisateur sourit, ravi: «J'aimerais bien y aller».


ÉVÉNEMENTS RÉCENTS

Seize ans en Suisse romande, c'est peut-être trop pour un Alémanique. Pas pour Romed Wyder qui ne prévoit pas un départ ou un retour outre-Sarine prochainement. «J'irai tourner en Suisse alémanique seulement si j'ai un projet précis. Je réfléchis depuis longtemps à faire un film parlé en haut-valaisan, dans la montagne», explique celui qui ne parle que rarement une langue maternelle seulement comprise par quelques élus.
Pour son troisième film, Romed Wyder tape, donc, dans le thriller psychologique. Absolut est le nom d'un virus informatique. Installé par deux militants dans le réseau d'une banque, il doit faire fluctuer les transactions boursières et, par la suite, empêcher la tenue du World Leader Summit. Mais l'un des cerveaux de l'affaire perd bientôt la tête. WEF, G8 à Evian et obscures sociétés financières, Romed Wyder pioche dans les événements qui ont marqué l'agenda altermondialiste. Et s'amuse du flou entre réalité et fiction lorsqu'il reprend une courte séquence tournée en douce par le média alternatif Indymedia en juin 2003: des policiers grimés en manifestants pénètrent de force dans l'Usine, temple de l'alternatif genevois. «Alex et Fred, les protagonistes de l'histoire, sont des militants. Nous voulions les mettre en contexte. Puis ces images sont arrivées. Il était plus fort - et plus simple pour être honnête - de les réutiliser plutôt que de mettre en scène une manifestation qui aurait eu l'air assez artificiel.» Membre du collectif Spoutnik, dont la salle de projection se trouve justement à l'Usine, cofondateur de la société Laïka Films, également sur les lieux, Romed Wyder a vécu de près la perquisition musclée.
«Nous ne pouvions pas mettre toutes ces informations politiques dans le film. Les dialogues auraient été trop lourds», poursuit le réalisateur, qui rapidement a pensé à un site internet très fouillé. Protégé en partie par une question mystérieuse, il délivre un grand nombre de renseignements ludiques, notamment sur le piratage informatique: «Je trouve amusant que des personnes cherchent à tout sécuriser, tandis que d'autres traquent la faille.»
Il a beau nuancer, son dernier projet le dévoile: le réalisateur ressemble fort à un féru de technologie – «fasciné» dit-il par cet «outil». «Pour l'épisode de l'installation du virus, j'avais entendu parler de ces cartes qui miment les impulsions du clavier à la machine. Ensuite, nous avons pensé à envoyer les informations depuis un walkman. Le tout n'est pas absolument impensable.» Ce talent de la fantaisie technique, il l'a d'ailleurs mis au service du cinéma, son kinescopage permettant le transfert d'une bande vidéo sur pellicule.


MAINS BALADEUSES

Au service du cinéma, une fois encore, Romed s'est engagé au niveau fédéral pour défendre son domaine. «Je veux continuer mon travail au sein de l'Association suisse des scénaristes et réalisateurs de films (dont il est vice-président, ndlr) et de la Commission fédérale de cinéma.» «En Suisse, tout le monde fait tout et ça devrait changer. Je suis un très mauvais exemple. Je suis réalisateur, producteur et j'ai fait une partie de la distribution d'Absolut. Si j'avais plus de moyens, j'aurais moins tendance à mettre les mains partout.» Et plus de temps pour faire des films: «Le dernier date d'il y a cinq ans, c'est loin.»



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