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La petite université prend le chemin des grandes réformes

Paru le Vendredi 04 Février 2005
   ISABELLE STUCKI    

Neuchâtel NEUCHÂTEL - La restructuration de l'université convient parfaitement au Conseil d'Etat qui a approuvé le plan d'intentions 2005-2008 élaboré par le rectorat.
«On peut regretter la marine à voile, mais cela ne sert à rien.» C'est sous le sceau d'une implacable réforme que le chef du Département de l'instruction publique Thierry Béguin a présenté, hier, les lignes de force qui permettront au rectorat de diriger l'Université de Neuchâtel. Le débat soulevé par la suppression des branches dites «non rentables» que sont le grec et l'italien[1] n'aura pas eu raison du Conseil d'Etat. Ce dernier a donné sa bénédiction au plan d'intentions 2005-2008 du rectorat auquel il confiera prochainement un mandat d'objectifs. Les 11000 messages électroniques adressés au Conseil d'Etat comme les manifestations populaires visant à sauver les «petites branches» ne semblent guère intimider Thierry Béguin. «Pour quatre hellénistes et quelques italianisants... N'y a-t-il pas là qu'une émotion symbolique?... Allons-nous basculer pour cela dans l'oubli et la barbarie?», s'exclame le conseiller d'Etat, conscient de «notre dû aux cultures italienne et grecque dont nous sommes les héritiers».
Thierry Béguin affirme que le choix de ces suppressions s'est fait «sans jugement de valeur». Et qu'il est inéluctable: «En mars, lorsqu'il débattra du mandat d'objectifs que nous allons confier au rectorat, le Grand Conseil ne pourra pas revenir sur ces suppressions de chaires. Elles relèvent de la compétence du seul rectorat.»
Le patron de l'Instruction publique plaide pour la concentration des forces et moyens. L'enseignement de l'italien pourrait alors bénéficier d'un pôle de compétences sis à Berne ou Lausanne. Un arrangement devrait donc être trouvé dans le renforcement de la collaboration avec les réseaux BENEFRI et Triangle d'Azur. «Les disciplines niches doivent être maintenues en un seul endroit. J'ai l'espoir que l'italien ressortira renforcé de cette crise», ajoute le recteur de l'Université Alfred Strohmeier.
«Pour le grec ancien, nous maintiendrons un enseignement de base à Neuchâtel. Il est exclu de garder une filière. Un helléniste coûte annuellement 80000 francs...», affirme Thierry Béguin tout en faisant part de son désir que Neuchâtel investisse cet argent «plus intelligemment». D'autant plus que parmi les défis qui agitent le paysage des hautes écoles, le canton devra prendre en compte le nouveau mode de subventionnement fédéral, basé sur le coût standard des étudiants.
Le redéploiement des chaires dans la Faculté des lettres et sciences humaines dans le sens de ces dernières pose des questions essentielles aux «petites branches», estime Alfred Strohmeier. Mais jusqu'où la rationalisation des coûts se fera-t-elle au détriment des branches les plus pointues, celles qui comptent moins de vingt étudiants? Le recteur ne répond pas.
A en croire Thierry Béguin, la fragile dialectologie ne sera pas la prochaine cible. «Cet enseignement entretient des synergies avec d'autres branches et également avec le Glossaire du patois romand.» Et quant à savoir si le rectorat qui a élaboré son plan d'intentions en quelques mois seulement n'a pas une vision à court terme, Thierry Béguin s'en défend fermement.
Ce n'est d'ailleurs pas sans ironie que le conseiller d'Etat évoque la visée finale de la restructuration: cette université romande multisite comme l'évoque souvent la présidente du Conseil de l'Université, Michèle Berger-Wildhaber. «A peine touchons-nous à quelque chose que toute la communauté universitaire frissonne. Une université romande multisite? En même temps que la Suisse entrera dans l'Europe: peut-être serons-nous déjà morts!»
[1]Notre édition du 20 janvier.

«PIONNIÈRE PAR NÉCESSITÉ»

Dans son plan d'intentions, le rectorat a dégagé des lignes de force que le Conseil d'Etat soutient. «Cette réforme est nécessaire à la survie de l'Université de Neuchâtel», garantit Thierry Béguin pour qui l'alma mater «fait oeuvre de pionnière non pas par vertu mais par nécessité». Ainsi, une Maison d'analyse des processus sociaux (MAPS) devrait être créée en lien avec l'Office fédéral des statistiques. La microtechnique, essentielle pour le canton, devrait être renforcée, tout comme le pôle national de recherches en biologie végétale. Le Conseil d'Etat soutient le rectorat dans sa volonté d'inscrire fortement l'université dans le climat de concurrence et de collaboration entre les Hautes écoles qui visent toutes l'excellence. ISi



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