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«Ce forum n'est pas destiné aux seigneurs de l'eau!»

Paru le Jeudi 03 Février 2005
   ISABELLE STUCKI    

Régions SOLIDARITÉ - Dès la mi-mars, Genève accueillera le 2e Forum alternatif mondial de l'eau. Il s'agit aujourd'hui de concrétiser les idées développées à Florence en 2003.
«Alertée par le groupe neuchâtelois d'ATTAC, la population de la commune de Bevaix a empêché Nestlé de s'approprier d'une source. Depuis lors, Neuchâtel fait aujourd'hui figure de symbole mondial de résistance. D'ailleurs, cet exemple a souvent été cité à Porto Alegre, d'autant plus que l'eau est l'une des principales causes de la pauvreté.» Hier, à Neuchâtel, le président du groupe de gestion du Forum alternatif mondial de l'eau (FAME), qui se tiendra du 17 au 20 mars prochain à Genève, a tenu à souligner la capacité de résistance de la population devant la possible privatisation d'un service –l'eau– qui «doit absolument rester d'ordre public». C'est en 2003 que la plate-forme du FAME s'est érigée en contrepoint au 3e Forum mondial de l'eau, organisé par l'ONU à Kyoto en 2003. «Notre forum conteste celui de Kyoto qui est très lié au partenariat entre privé et public. Et c'est pour rentrer dans une logique entièrement publique que nous avons tenu une première édition du FAME à Florence», explique Alberto Velasco.


«UN MAX DE PRESSION»

En Italie, quatre principes fondamentaux ont été retenus: que tous les êtres humains aient accès à une eau saine en suffisance, que l'eau soit considérée comme un bien commun de l'humanité, que les collectivités publiques assurent le financement permettant de réaliser ce droit d'accès et que les citoyens participent à sa gestion.
Le coordinateur des groupes de travail du FAME 2005, Bernard Weissbrodt, rappelle que ces principes sont perpétuellement bafoués. «Suite au FAME de Florence, nous avons écrit à Koffi Annan pour que l'ONU prenne position sur ces quatre points. Comme on nous a répondu que le temps manquait, nous l'avons fait nous-même par le biais de la Déclaration de Rome du 10 décembre 2003.» Toutes celles et ceux qui le souhaitent peuvent adhérer à la Déclaration. «Il s'agit de faire un maximum de pression!», relève Alberto Velasco.


MAINTENANT, ACTION!

Et en l'occurrence, le canton de Neuchâtel s'est encore une fois placé aux avant-postes. Membre du groupe eau de la section ATTAC-NE, Marlène Burri annonce que le canton est le premier de Suisse à avoir sollicité des personnalités neuchâteloises. «Trente d'entre elles ont déjà signé. Et nous espérons que tous les autres cantons vont suivre!» Citoyen de Corcelles-Cormondrèche (NE), Blaise Perret a signé la déclaration sans hésiter: «Les fontaines de mon village où tout le monde peut se désaltérer montrent comme une évidence que l'eau ne doit pas devenir source de profit. Nous n'avons pas le droit de faire du bénéfice sur l'eau.»
Lors du Forum, les principes de la Déclaration de Rome seront mutés en quatre ateliers. Ces derniers s'appuieront sur des documents de travail spécialement établis pour plancher sur des solutions possibles. «Maintenant, il faut passer à l'action concrète. Nous devons notamment trouver les financements pour que chacun puisse accéder gratuitement aux 50 litres d'eau quotidiens vitaux», assure Alberto Velasco. Pour le président, «le partenariat public-privé est une catastrophe, puisque les actionnaires exigent leur dû! A savoir un 14% de plus que le prix de revient de l'eau. Et quand les citoyens ne peuvent pas payer, alors les Etats y sont contraints.»


COMMENT FAIRE FI DU FMI...

En Europe et en Suisse, le service public de l'eau est fort bien organisé. «Nous souhaitons que ces compétences des pays du Nord soient mises au service des pays du Sud. Pour ce faire, nous défendons l'idée d'un trésor public mondial qui financera la mise sur pied de services publics dans les pays du Sud», expose Alberto Velasco, pour qui cela signifierait l'éjection du FMI et de la Banque mondiale: «Ces organismes prêtent de l'argent aux pays pauvres mais ils les assujettissent en les obligeant à privatiser leurs services! Et la dette augmente! Il faut briser ce cercle!»
Aux yeux de Bernard Weissbrodt, le Forum de Genève s'annonce comme le pas de plus, celui qui pourrait tout changer, grâce à la mise en commun d'expériences du monde entier. «Autant cette femme du Burkina qui a lutté pour la construction d'un puits dans son village que l'éminent Riccardo Petrella ou de grosses organisations sont les bienvenus. Les quatre ateliers principaux et la cinquantaine de modules qui les entoureront ne sont pas destinés aux seigneurs de l'eau.»
Forum alternatif mondial de l'eau (FAME). Du 17 au 20 mars, Genève. Infos et programme détaillé: www.fame2005.org



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