ISABELLE STUCKI
NEUCHATEL - Les protestations qui agitent la communauté universitaire à propos du plan d'intentions du rectorat laissent le Conseil de l'Université de marbre.
«Je suis très content, et même soulagé.» Tout sourire, le recteur de l'Université de Neuchâtel, Alfred Strohmeier, a présenté hier le plan d'intentions qu'il venait de soumettre à l'approbation du Conseil de l'Université. Malgré la grogne estudiantine, malgré l'avis négatif du Sénat, malgré l'opposition de la Faculté des lettres et sciences humaines, le Conseil de l'Université a accepté le plan par onze voix contre six et une abstention. Le vote s'est déroulé à bulletins secrets.
D'emblée, Alfred Strohmeier a précisé qu'il s'agissait de la fin d'une procédure interne à l'Université. Le plan d'intentions sera déposé sur le bureau du Conseil d'Etat le 25 janvier prochain. L'Exécutif adoptera ensuite un mandat d'objectifs qui sera discuté par le Grand Conseil. Le recteur a ensuite dévoilé un plan d'intentions inchangé. «Le projecteur et les power points étaient déjà en place, tandis que le Conseil de l'Université discutait», commente un membre du corps intermédiaire.
C'EST FINI POUR LES PETITS!
Pour la présidente du Conseil de l'Université, Michèle Berger-Widhaber, «il est nécessaire de couper chez les petits pour faire pousser ceux qui sont déjà plus forts». Les Sciences auront donc «la chance» de choisir elles-mêmes la chaire dont elles se sépareront. Tandis que les chaires d'italien et de grec, jugées «non rentables», disparaîtront de la carte universitaire neuchâteloise (notre édition d'hier).
Au vu des protestations, le Conseil a pourtant rouvert le débat relatif aux lettres. Mais il a refusé en bloc la proposition «alternative» de la Faculté des lettres et sciences humaines que devait défendre le doyen. «Nous ne sommes pas d'accord de donner à l'italien et au grec les chaires que le journalisme et les sciences de l'éducation comptaient leur céder. Les arguments du recteur concernant le nombre élevé d'étudiants dans ces deux dernières disciplines nous ont convaincus», explique la présidente qui souligne que le doyen a bien rempli le mandat que sa Faculté lui avait confié.
Le Conseil de l'Université a tout de même émis quelques réserves. L'enseignement de base du grec restera à Neuchâtel et sera étoffé de quelques heures. L'italien disparaîtra complètement. Mais le rectorat devra trouver dans un délai d'une année des solutions qui garantissent aux étudiants de pouvoir suivre un enseignement. «Les collaborations avec les réseaux BeNeFri et le Triangle d'Azur pourraient s'intensifier. Pour l'italien nous voulons que soient constitués un pôle fort en Suisse alémanique et un autre en Suisse romande», précise Michèle Berger-Widhaber.
HORS LA LOI? «OH! LA LOI...»
Quant à la manière dont s'est faite la consultation autour du plan d'intentions, le recteur et la présidente ont dit ne pas bien comprendre les remarques du Sénat et de la Fédération des étudiants neuchâtelois. «En date du 6 juillet dernier, j'ai écrit aux membres des Conseils de Faculté pour leur expliquer ce qui se passait et leur demander de faire des propositions individuelles», affirme Michèle Berger-Widhaber.
Alfred Strohmeier complète: «Il y a eu tant de planifications qui ont abouti à rien que la nôtre n'a pas été prise au sérieux. La prise de conscience a été tardive.» Quant à la loi sur l'Université qui énonce clairement que les Conseils de faculté «participent à l'élaboration du plan d'intentions», ce qui n'a pas été le cas selon le Sénat, Alfred Strohmeier ne se montre guère inquiet: «Oh! La loi, il y a toujours des problèmes d'interprétation avec la loi.»