SIMON PETITE
GRÈCE - A Athènes, la préparation des Jeux olympiques a provoqué l'expulsion de centaines de Roms. Au mépris des valeurs affichées de l'olympisme.
Dès aujourd'hui, les yeux de millions de téléspectateurs sont braqués sur Athènes. Loin des caméras, quarante familles roms chassées et dispersées par les Jeux olympiques attendent leur relogement. La communauté avait le tort d'être installée aux abords du complexe de Marousi, où aura lieu ce soir la cérémonie d'ouverture des JO. «Je suis né ici», témoignait Prokopis Nikolaou, 36ans. Avant que les bulldozers ne viennent raser le campement pour y construire un parking, deux jeunes cinéastes ont rendu visite aux Roms. Leur film est passé à la télévision grecque en décembre 2003[1].
Le 1er août 2002, la mairie de Marousi signait un accord avec les familles qui allaient être expulsées. Les autorités s'engageaient à leur fournir un subside mensuel leur permettant de trouver un logement alternatif, en attendant une relocation temporaire dans des habitations préfabriquées puis permanente dans un lieu à définir. «Dans les régies, on commençait par nous demander si nous étions «gitans». Quand nous revenions pour signer le bail, c'était loué à quelqu'un d'autre», raconte un autre membre de la communauté.
ACCORD VIOLÉ
Les Roms n'étaient pas au bout de leurs difficultés. Deux mois après la signature de l'accord, les versements n'arrivent plus ou irrégulièrement. En conséquence, plusieurs familles ont perdu leurs appartements péniblement trouvés, rapportait ce printemps le Centre sur le droit au logement et les évictions forcées (Center on Housing Rights and Evictions –COHRE), basé à Genève.
«Aujourd'hui, la municipalité leur doit quatre ou cinq mois de retard. Un comble, lorsque l'on sait que Marousi a dépensé des millions d'euros pour faire sa publicité de «commune olympique», s'indigne Panayote Dimitras, qui travaille dans l'une des rares organisations qui défendent les droits de la minorité rom en Grèce, le Greek Helsinki Monitor (GHM). L'activiste fait tout pour que les quarante familles ne soient pas définitivement oubliées. «Les autorités espèrent qu'elles disparaissent.»
2000 DÉPLACÉS?
Marousi n'est que le cas le plus emblématique des déplacements de Roms en marge des JO. Environ 300personnes ont dû laisser la place au village olympique, estime M.Dimitras, sans pouvoir donner plus de précision. «On a perdu la trace de ces gens.» Et d'avancer une estimation: en tout, 2000Roms auraient été déplacés en marge des 28es Olympiades.
Car «la préparation des JO a aussi servi de prétexte pour expulser les Roms», relève Nathalie Mivelaz, pour COHRE. En été 2000, puis une année plus tard, des bulldozers ont démoli des dizaines de cabanes installées sur une décharge, à Aspropyrgos. Les occupants n'ont même pas eu le temps de sauver leurs biens. Contrairement à ce qu'avaient prétendu les autorités, aucune infrastructure sportive n'a finalement été érigée dans cette ville près d'Athènes.
L'opération de «nettoyage» a été stoppée sur intervention du GHM et de l'ombudsman grec[2]. Ce dernier a recommandé que les responsables municipaux soient traduits en justice. Mais le maire d'Aspropyrgos est toujours en place. «Un certificat médical lui a permis de ne pas se présenter devant le tribunal. L'audience a été remise à l'année prochaine», se désole M.Dimitras.
C'est que les Roms constituent au mieux des citoyens de seconde zone. Ils sont relégués dans des campements insalubres le plus loin possible des regards. En 2001, la rapporteuse du Conseil de l'Europe avait évoqué «des conditions d'apartheid institutionnalisé».
Trois ans plus tard, la situation de la minorité –300000personnes en Grèce dont 20000 à Athènes et ses environs– demeurait «fondamentalement inchangée», notait la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance en juin dernier. Nul doute qu'avec les JO, elle ne se sera pas améliorée.
LE CIO MUET
Censé «mettre partout le sport au service du développement harmonieux de l'homme, en vue d'encourager l'établissement d'une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine»[3], le Comité international olympique (CIO) a été alerté dès 2001 par différentes ONG. A notre connaissance, il n'a jamais réagi. Pas plus qu'il n'a répondu à nos questions hier.
Note : [1]Il est possible de visionner le documentaire sur www.panoramatos.com (en anglais)
[2]Personnalité indépendante chargée d'examiner les plaintes des citoyens contre l'administration.
[3] Charte olympique, principes fondamentaux, § 3.