ANNE PITTELOUD
Donner des livres, c'est bien. Aider à les produire sur place, c'est encore mieux!!» Originaire du Burkina Faso et résidant à Genève depuis 2000, Parfait Bayala est l'initiateur de l'Association pour l'édition didactique africaine locale (EDiAL), fondée au mois de mars dernier. «Nous voulons soutenir un travail qui est déjà en train de se faire», explique-t-il devant son stand au Salon du livre africain. Concrètement, EDiAL se propose de développer l'association Faso Livres, éditrice de livres scolaires adaptés aux programmes d'enseignement locaux et aux besoins des élèves et enseignants. Ses membres sont des professeurs locaux ou des bénévoles. Sans aucune aide ni subvention, Faso Livres produit annuellement entre 30 et 40 000 livres toutes matières confondues, de l'enseignement primaire au secondaire. Elle a publié plus de 40 titres en 2003, sous forme de brochures vendues à des prix accessibles à la plupart des ménages.
«Nous commençons par l'édition scolaire: pour éditer de la littérature, encore faut-il que les gens sachent lire! De plus, les manuels scolaires se vendent, ce qui pourrait permettre de prendre le risque d'éditer ensuite de la littérature», explique Parfait Bayala. Lui-même a été instituteur au Burkina et a travaillé à Faso Livres, avant de suivre des études à l'IUED de Genève. Où il a rédigé son mémoire de fin d'études sur... un projet d'édition scolaire au Burkina Faso.
CADEAUX ENCOMBRANTS
La situation du Burkina en matière de formation et de politique du livre ressemble de fait à celle de tout le continent: globalement, le niveau d'éducation a baissé depuis les indépendances. Absence de réformes scolaires axées sur les réalités locales, classes surpeuplées, déficit de formation des enseignants, manque endémique de matériel et de moyens pédagogiques adéquats, telles sont les conséquences d'une structure sociale et administrative héritée des colonies. Le système éducatif se montre incapable de prendre en compte les spécificités, les ressources et la culture locales, et l'Etat se désintéresse d'un secteur qui ne procure pas de profits immédiats: une passivité révélatrice de son «insouciance» face au problème de l'édition, de l'enseignement et de la culture, dénonce Parfait Bayala.
DU FASCICULE AU LIVRE
Pour lui, le développement ne peut pourtant venir que de l'intérieur et passe par l'éducation – le livre. Mais la quasi-totalité de l'édition scolaire francophone est l'affaire d'éditeurs français, et leur lobby entend bien préserver ce marché. «Il n'existe aucune maison d'édition digne de ce nom au Burkina. Il y a des imprimeurs qui s'autoproclament éditeurs et quelques filiales de maisons étrangères», explique le jeune homme. Autre frein au développement de l'éducation et d'une pédagogie propre aux pays africains, le bien intentionné «don de livres». «Inutiles et encombrants», chers et inadaptés, pour Parfait Bayala ces livres «ne résolvent pas le problème de l'édition dans nos pays».
EDiAL veut donc favoriser l'instruction et l'émergence de compétences locales, pour répondre aux véritables besoins de la population. Et rêve de créer un pôle d'édition solide au Burkina, puis de s'intéresser aux auteurs des pays voisins. Dans l'immédiat, pour passer du statut d'éditeur de fascicules à la Ronéo à celui de véritable éditeur de manuels scolaires, Faso Livres a besoin de soutiens – financier, matériel et institutionnel. EDiAL cherche du matériel d'impression, de reliure et de reprographie. Formé à la PAO (publication assistée sur ordinateur), Parfait Bayala se rendra sur place pour partager ses compétences. Quant aux fonds récoltés, ils devraient notamment permettre à Faso Livres de garder la même fourchette de prix pour des livres reliés, au lieu des actuelles brochures agrafées à la main.
Note : Rens: www.bailos.net/edial, 022 329 63 46. Mail: edial-info@bailos.net. Dons: CCP 17-323064-3