FABIO LO VERSO, DAVOS
DAVOS - Agacé par les plaintes d'un activiste durant un débat de l'Open Forum, le patron de Nestlé a annoncé la fin de l'exploitation controversée d'une source au Brésil.
Quand l'ambassadeur d'un mouvement citoyen interpelle le patron d'une multinationale, ce n'est pas forcément sans obtenir de résultat tangible que le premier rentre chez lui. Hier à Davos, il a suffi au militant brésilien Franklin Frederick d'une simple apostrophe pour provoquer la réaction, énervée, du patron de Nestlé, Peter Brabeck-Letmathe. Sur un coup de tête, celui-ci a annoncé ni plus ni moins, devant le public de l'Open Forum[1], que la multinationale de Vevey allait renoncer à l'exploitation de la source d'eau de São Lourenço, au Brésil.
Cette annonce, si elle devait se traduire dans les faits, mettrait fin à une dispute que, depuis 1999, les habitants de la ville brésilienne ont engagée contre Nestlé. Et cette issue, c'est exactement ce que M.Frederick a cherché d'arracher, durant ces dernières années, au travers de son action comme responsable du Mouvement brésilien de citoyenneté pour l'eau. Cette organisation reproche, en effet, à la multinationale une gestion catastrophique des eaux de la région.
EAUX SUREXPLOITÉES
L'activiste s'est adressé à M.Brabeck en faisant appel à la «responsabilité sociale et environnementale» que le patron du groupe veveysan s'est évertué à dépeindre, en parlant de son entreprise, devant le président de la Confédération, Joseph Deiss. Si Nestlé se vante du fait qu'elle respecte les populations locales, pourquoi l'entreprise ne ferait-elle pas de même avec les habitants de São Lourenço, a argumenté, en substance, M.Frederick. «S'il y a la volonté pour le faire, c'est qu'il y a aussi une manière pour y parvenir», a-t-il renchéri, reprenant à son compte l'intitulé que les organisateurs de l'Open Forum ont donné au débat.
Mais avant de toucher une corde sensible pour le patron du géant de l'alimentation, le militant ne s'est pas privé de faire observer aux intervenants que, à cause de la source de Saõ Lourenço, Nestlé se retrouve sur la sellette au Brésil. Car la multinationale fait l'objet d'une action judiciaire au motif qu'elle a indûment déminéralisé les eaux de la source. Or ce procédé enfreint la loi fédérale brésilienne, selon laquelle les eaux minérales ne doivent pas être altérées.
De plus, l'exploitation «effrénée» de la source a fait chuter le niveau de la nappe phréatique, véritable réservoir naturel de la ville. Si l'une des huit sources de Saõ Lourenço s'est complètement tarie, l'eau des autres a changé de goût.
CAFÉ LIBRE, MARCHÉ AMER
Une chose est sûre: cette histoire ne doit pas beaucoup plaire au patron de la multinationale suisse. Elle doit même l'agacer au plus haut point. Si tant est que M.Brabeck a décidé d'arrêter l'exploitation de la source. «Comme ça, l'affaire est réglée», a-t-il coupé court. Tiendra-t-il parole? Certains activistes se posaient la question à la clôture du débat.
Rien ne laissait présager cet épilogue. Organisée pour faire le point sur les implications de l'échec de l'OMC, à Cancún, la discussion s'est d'abord concentrée sur la suppression des subventions à l'agriculture. Puis, les intervenants se sont attardés, un bref moment, sur l'impasse que traverse le marché du café, dont la libéralisation a provoqué une chute brutale des prix à la production. Cette issue s'est soldée par l'appauvrissement soudain de millions d'agriculteurs. Et en croyant apporter une solution au problème, le patron de Nestlé n'a rien trouvé de mieux que de prôner une «augmentation de la consommation». Le public a naturellement affiché sa désapprobation. Certains ont carrément sifflé la sortie de M.Brabeck. Et pour cause: le groupe veveysan détient de nombreuses marques de café, et une hausse des ventes avantagerait en premier lieu sa trésorerie.