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Le Forum des sans caste s'est achevé à Mumbai

Paru le Jeudi 22 Janvier 2004
   SERGIO FERRARI, MUMBAI    

Solidarité FSM - L'Assemblée des mouvements sociaux et une massive manifestation de clôture ont mis un terme au quatrième Forum social mondial. Premiers bilans.
Dans un «Nesco Grounds» encore bouillonnant, à quelques heures de la cérémonie de clôture au centre de Mumbai, les participants et les organisateurs se livraient tous au jeu du bilan à chaud de quatrième Forum social mondial (FSM).
Naturellement, l'un des principaux succès relevé par tous est la «diversité de ses composantes», comme le déclare Nandita Shan. Codirectrice de l'organisation Akshar, elle est aussi l'une des membres les plus connues du groupe de travail indien qui, durant deux ans, a planché sur la réunion de Mumbai. «Nous avons su inclure la diversité exclue», souligne la jeune responsable, se référant explicitement, pour approfondir le concept, au fait que le forum a réuni en majorité des gens du peuple, de la rue, des marginaux. Si les dalits (intouchables, hors caste) ont représenté un tiers des délégués, les autres étaient majoritairement des adivas (tribus autochtones), des membres de collectifs de femmes, de groupes d'homosexuels et de lesbiennes, d'enfants exploités, de victimes du sida, etc., venant aussi bien de l'Inde que d'autres pays asiatiques.

THÈMES DIFFICILES

Pour Nandita Shan, la quantité n'est pas le seul aspect et elle aborde immédiatement le contenu des débats: «Nous avons traité les thèmes les plus difficiles et les plus complexes. Nous avons pris position contre le fondamentalisme et le patriarcat, ainsi que contre l'exclusion sociale: la problématique des castes n'est pas restée absente du débat. Nous avons abordé tous ces thèmes sans nuances.» Elle prévoit l'impact incommensurable de cette rencontre de Mumbai sur toute la dynamique interne future de la vie politique indienne: «Un petit grain de sable pour le changement.»
De plus, «il y eut un dialogue permanent entre les gens et pas seulement au sommet. Nous avons approfondi le processus de démocratisation de la politique» dans cette grande rencontre horizontale de larges secteurs marginalisés et populaires.
Anticipant les défis du futur, la jeune dirigeante n'hésite pas un instant: «Nous devons expliciter nos différences implicites», dit-elle au sujet du Conseil international (CI) du FSM. «Il faut répondre au défi du changement social, intégrer l'action et la réflexion, le global et le local, le nouveau et le vieux. C'est-à-dire que nous devons créer de nouvelles idées dans le cadre du FSM qui est un espace et un processus», par conséquent non figé.


«FORUM ANGLOPHONE»

Plus de cent organisations et réseaux –non seulement d'Inde, mais de toute l'Asie– ont participé à la préparation de cette session, renchérit Sergio Haddad, directeur de l'Association brésilienne des organisations non gouvernementales (ABONG) –l'une des huit organisations fondatrices du FSM– et membre du CI. Cette présence plus large a garanti «un forum beaucoup plus démocratique dans son processus de construction». Pour mémoire, la réunion du CI, fixée au jeudi 15 janvier juste avant le début du Forum, fut publique et ouverte à la presse.
Concernant l'organisation et le fonctionnement, M.Haddad estime que «le comité indien a opté pour un forum plus modeste qu'à Porto Alegre en matière d'infrastructure et de logistique. Ce fut une décision politique.» Il en est résulté des richesses nouvelles par rapport à Porto Alegre et des limites significatives, par exemple le manque de traductions pour de nombreuses activités. «Il est devenu ainsi un forum anglophone. Bien que cela soit compréhensible, ce fonctionnement contredit le principe de diversité, vu que l'idéal démocratique réside dans le fait que les gens puissent participer et s'exprimer dans leur propre langue.»


LE PROCHAIN PAS

«Il y a une certaine préoccupation au sujet du prochain pas à franchir. Le FSM est en train de changer. Mais il y a une pression évidente pour avancer», relève encore le dirigeant brésilien. «Nous devons résoudre une série d'aspects en attente. D'une part, comment ordonner et systématiser davantage tout le processus préalable de préparation du forum, afin de clarifier la question de la recherche d'alternatives au modèle dominant et les systématiser? D'autre part, la définition des thèmes prioritaires, aussi bien sur les stratégies que sur les manières de les implanter. Comment définir ces thématiques à partir de la méthode intégratrice et participative du FSM et non par décision d'un groupuscule d'illuminés?» Interrogations encore sans réponses.
Autre question ouverte: «Où allons-nous nous déplacer géographiquement après Porto Alegre? Outre l'idée de tenir une prochaine session en Afrique, il y a de nouvelles propositions, par exemple la Corée du Sud. Comme Conseil international, nous avons une grande responsabilité d'aider à clarifier ce point.»
Quant à la périodicité des FSM, certains estiment qu'il faudrait se limiter à un rythme bisannuel pour éviter l'épuisement dû au travail d'organisation. «Cette discussion doit intégrer aussi d'autres facteurs, d'ordre méthodologique, de fonctionnement entre deux sessions, de préparation et d'articulation avec les forums régionaux et nationaux, etc.», plaide M.Haddad, qui n'hésite pas à conclure sur une «question politique sensible»: «Ne devrions-nous pas réunir à nouveau le FSM à la même date que le Forum économique mondial de Davos? Je pense qu'en changeant de date nous perdons une symbolique importante qui marquait cette confrontation.»
Traduction: H. P. Renk
Collaboration: E-CHANGER



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