SIMON PETITE, Mumbai
INDE - Privatisations et médias de masse renforcent les pratiques patriarcales, selon la syndicaliste Amarjeet Kaur.
Le Courrier: Comment expliquez-vous la force des organisations féminines indiennes?
Amarjeet Kaur: De nombreuses femmes ont participé à la lutte contre le colonialisme anglais, aux côtés des hommes. Elles ont continué leur lutte dans l'Inde indépendante, revendiquant l'égalité mais aussi l'accès à l'emploi, l'éducation ou la santé. La Constitution reconnaît l'égalité des sexes, une loi garantit un tiers des sièges aux femmes dans les parlements locaux. Notre situation s'est incontestablement améliorée. Mais je ne parle que de la classe moyenne... Parmi les couches pauvres, l'infanticide de filles reste un pratique courante. Même dans des Etats assez prospères comme le Penjab, on constate qu'il y a huit filles de 0 à 6 ans pour dix garçons. Au Bihar, l'un des Etats les plus pauvres, le phénomène est encore pire. Là où on la pratique, l'amiosynthèse est pervertie. Au lieu de détecter les maladies génétiques, elle sert à déterminer le sexe du foetus et éventuellement à pratiquer un avortement.
Vous dénoncez la mondialisation néolibérale, mais quel est son impact sur les femmes?
– Parce qu'elle nous dépossède de nos ressources, la mondialisation aggrave la pauvreté. Goa est devenu en quelques années un haut lieu de la pédophilie. On y rencontre des fillettes âgées de 12 ans. Elles ont été cédées par leurs parents qui ne pouvaient plus s'en occuper. Si l'éducation est privatisée et devient plus chère, qui croyez-vous que les parents enverront à l'école: leur garçon ou leur fille?
L'ouverture de l'Inde ne provoque-t-elle pas un recul du patriarcat?
– Non, les valeurs patriarcales sont désormais diffusées par les vecteurs modernes de la communication. A la télévision, on voit soit des femmes au foyer soit des danseuses aguicheuses. Où sont les avocates, les enseignantes ou les médecins? Certaines pratiques se sont renforcées telles que la dot. Les familles de la future mariée exigent toujours plus en échange de leur filles. Depuis que les multinationales s'intéressent à l'immense marché indien, le consumérisme est devenu une religion. Après la signature par l'Inde des accords du GATT en 1994, pas moins de cinq Indiennes ont été élues Miss Univers. Il y a quelques années, plusieurs firmes cosmétiques ont organisé à Dehli un concours Miss yeux, Miss peau ou que sais-je. Mais ils ont dû renoncer, nous les avions menacé de tout vandaliser.
PROPOS RECUEILLIS PAR SPe