SERGIO FERRARI*, MUMBAI    

Solidarité FORUM SOCIAL - Malgré leur discrétion à Mumbai, les réseaux altermondialistes africains se développent. Un FSM sur le continent – en 2006? – leur donnerait un sacré coup de pouce.
Le contient africain continue d'être le «grand absent» du Forum social mondial (FSM), malgré les pas significatifs franchis par son mouvement social ces derniers mois pour renforcer sa structure continentale. Les attentes d'une meilleure participation africaine, souhaitée par le Conseil international du FSM, en fixant le lieu de la quatrième réunion en Inde, n'ont été remplies qu'à moitié: seuls 400 délégués africains se sont déplacés à Mumbai, ce qui représente toutefois une réelle progression par rapport à 2003. «Cette étrange absence de l'Afrique», tel était le titre, samedi, de la première page de La Flamme d'Afrique1, le journal publié à Mumbai par le Forum social africain (FSA) dans le cadre d'un partenariat entre l'Institut Panos -Afrique de l'Ouest (IPAO) et l'organisation ENDA. Rédigé intégralement par des journalistes africains, ce tabloïd de quatre pages est un moyen décisif d'expression et de critique. Dans son commentaire de «une», le journal estimait que, malgré que la délégation présente en Inde ait doublé par rapport au troisième FSM, «le continent noir est resté invisible pendant la cérémonie d'ouverture, sauf sur la scène culturelle», avec la présence d'un groupe sud-africain.


ABSENTS DES PODIUMS

A cette occasion, il n'y eut – selon La Flamme d'Afrique– ni orateur africain, ni consigne ou banderole qui fasse référence aux revendications ou aux priorités les plus urgentes du continent: annulation de la dette, lutte contre le sida qui ne cesse de progresser, plaidoyer pour un commerce équitable plus intense, etc. Pis, parmi la centaine d'orateurs invités aux grandes conférences et aux débats publics des cinq jours de forum, n'étaient présents qu'une demi-douzaine d'Africains. Parmi eux: Ahmed Ben Bella (Algérie), Aminata Traore (Mali), Dot Keet (Afrique du Sud), Nawal el Saddawi (Egypte), Viktor Dike (Nigeria) et Samir Amin (Egypte).
Quant à la participation thématique, sauf quelques initiatives d'ONG et de mouvements africains membres de réseaux internationaux, il n'y eut que trois séminaires (sur plus d'un millier) consacrés au continent. Organisés ou co-organisés par le FSA, sous la dénomination «La voix du mouvement social africain», ces séminaires ont constitué un point de référence important, bien que très minoritaire.
Au Forum parlementaire, qui se réunit chaque année parallèlement au FSM, l'absence de députés du continent fut presque totale: deux députés maghrébins sur deux cents. Motif de «préoccupation» et «d'alerte», au dire de plusieurs porte-parole de la rencontre parlementaire, lesquels se sont engagés à prendre de nouvelles initiatives pour garantir que d'ici auFSM de 2005, «le réseau des parlementaires africains puisse être mis sur pied». Jusqu'ici, des réseaux similaires existent en Amérique latine et en Europe et le rendez-vous de Mumbai a permis d'en créer un à l'échelle asiatique.


CANDIDATURE AFRICAINE

Malgré cette criante discrétion du mouvement social africain, de nombreuses voix au sein du Conseil international (CI) du FSM soutiennent l'idée que l'Afrique organise la sixième réunion mondiale en 2006, après un retour à Porto Alegre en 2005. Rabia Abdelkrim, membre du secrétariat du FSA, a présenté cette demande officiellement. Elle l'a formulée non seulement lors de la réunion du CI, le 15 janvier, mais aussi durant la conférence de presse du lendemain. Plusieurs arguments viennent appuyer cette candidature, dont évidemment celui de la rotation géographique, indispensable pour rendre l'altermondialisme réellement universel. «En regard de la charte du FSM, le mouvement est en situation d'«illégalité». Nous ne pouvons plus continuer à affirmer que nous sommes divers alors que des pans entier de l'humanité sont quasiment absents du mouvement», accuse Taoufik Ben Abdallah. Ce militant du FSA estime qu'«il en va de notre crédibilité de prendre en charge collectivement et dans un esprit de solidarité (et non de charité) ce principe».
Par ailleurs, renchérit Mme Abdelkrim, «le fait que les relations entre l'Afrique et l'Occident continuent d'être marquées par l'esclavagisme et la colonisation» confère aussi une urgence particulière à ce transfert. Au point que pour M. Ben Abdallah, «la question n'est plus de savoir s'il faut organiser ou non» un FSM en Afrique d'ici à 2007, «mais plutôt comment le mouvement continental devra en tirer avantage pour renforcer ses convergences et ces capacités de lutte et s'articuler au mouvement mondial».
Reste que la demande ne devrait pas pouvoir être traitée à Mumbai. Ensuite, ce sera «aux Africains de se donner les moyens d'organiser le FSM», selon les termes de «Chico» Whitaker, membre du CI. Le Brésilien rappelle que l'Inde, déjà candidat pour 2003, a dû patienter une année supplémentaire par manque de ressources. «Aujourd'hui, cette invitation est un succès», note néanmoins M. Whitaker, poussant implicitement l'Afrique à faire avancer sa proposition.
A priori, le continent semble chaque fois plus apte à mettre sur pied un tel rassemblement. Ainsi, en janvier 2003, s'est tenu à Addis Abeba (Ethiopie) le deuxième Forum social africain, réunissant plus de 200 représentants de 40 pays. Depuis lors, plusieurs forums ont vu le jour au Niger, au Mali, au Cameroun, en Côte-d'Ivoire et au Zimbabwe. Dans d'autres pays, des comités se sont formés pour préparer des réunions nationales. Plus de 250 organisations étaient présentes en novembre 2003 pour constituer le Forum social d'Afrique australe. Des rencontres thématiques ont aussi été organisées ou sont agendées, témoignant d'un processus d'accumulation d'expériences et de renforcement des réseaux. * Avec BPz
Note : 1 http://www.panos-ao.org
Traduction: H. P. Renk.
Collaboration: E-CHANGER



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