SIMON PETITE
RÉFLEXION - Démanteler l'OMC et instaurer une démocratie globale? Quelques pistes évoquées au FSM.
Le slogan a servi de ralliement à tous les adversaires de la mondialisation néolibérale et a fait naître d'énormes espérances. Au Forum social mondial (FSM) de Mumbai, il est sur toutes les lèvres et banderoles. «Un autre monde est possible.» Mais lequel?
Les profiteurs de la mondialisation ne manquent jamais de poser la question, persuadés que les altermondialistes restent «anti». «A leurs yeux, nous sommes les nihilistes modernes», souligne Walden Bello, de Focus on Global South. «Bien sûr que nous n'avons pas d'alternative au sens où ils l'entendent, c'est-à-dire basée sur le seul critère d'efficacité et de profitabilité. Nous sommes à la recherche d'une économie durable qui libèrerait l'être humain de son seul statut de consommateur.»
POLLUTION DÉLOYALE
«Qu'on le veuille ou non, un changement de cap s'impose de lui-même. Ces cinquante dernières années, un tiers des terres arables ont été détruites, les forêts ont été dévastées dans la même proportion. Les ressources poissonnières mondiales ont diminué d'un quart», s'alarme Wolfang Sachs, chercheur à l'Institut sur le climat, l'énergie et l'environnement à Wuppertal (Allemagne).
De même, la voracité énergétique du Nord ne saurait être étendue au monde entier. «Sinon il faudra bientôt quatre planètes», affirme la députée verte finlandaise Satu Hassi. Nul doute que les pays développés, volontiers donneurs de leçons, se doivent de montrer l'exemple.
«Il faut dire adieu au mythe de la croissance infinie», estime M. Sachs. Et d'imaginer: «Les règles commerciales pourraient être mises au service de le protection de l'environnement. Pourquoi ne pas sanctionner les pays qui n'ont pas ratifié le Traité de Kyoto (censé réguler les émissions de gaz à effet de serre, ndlr)? Ces Etats font de la concurrence déloyale à ceux qui imposent des régulations à leurs entreprises.»
Pourrait-ce être la tâche de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)? Hier à la tribune, personne n'y croyait, préférant enterrer l'organisation tout comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. «Ces trois institutions travaillent à ce que davantage de richesses tombent entre les mains des plus puissants», résume l'Etasunien Michael Albert, animateur du réseau d'information alternative Znet.
«Ce n'est pas suffisant de penser global – analyser les logiques de la mondialisation néolibérale – puis d'agir local», explique l'écrivain britannique George Monbit, se basant sur l'expérience de Lula. «Les caciques du FMI laissent peu de marge de manoeuvre au président brésilien, tenu par la dette de son pays». Les altermondialistes sont donc à la recherche d'une nouvelle gouvernance mondiale.
«Renforçons les institutions telles que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ou l'Organisation international du travail (OIT)», propose M. Bello. George Monbit évoque un «Parlement mondial», où les Etats seraient représentés selon la taille de leur population. «A l'Assemblée générale de l'ONU, il est si facile d'acheter les voix de petits pays qui pèsent autant que l'Inde.» Les dictatures, elles, seraient exclues de cette nouvelle enceinte.
Aucun orateur, par contre, n'a voulu de l'ordre socialiste prôné par leur homologue M. Radja, membre du conseil national du Parti communiste indien, qui estime que «le socialisme constitue la seule alternative à la mondialisation néolibérale». SIMON PETITE