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Un autre monde, mais lequel?

Paru le Mardi 20 Janvier 2004
   SIMON PETITE    

Solidarité RÉFLEXION - Démanteler l'OMC et instaurer une démocratie globale? Quelques pistes évoquées au FSM.
Le slogan a servi de ralliement à tous les adversaires de la mondialisation néolibérale et a fait naître d'énormes espérances. Au Forum social mondial (FSM) de Mumbai, il est sur toutes les lèvres et banderoles. «Un autre monde est possible.» Mais lequel? Les profiteurs de la mondialisation ne manquent jamais de poser la question, persuadés que les altermondialistes restent «anti». «A leurs yeux, nous sommes les nihilistes modernes», souligne Walden Bello, de Focus on Global South. «Bien sûr que nous n'avons pas d'alternative au sens où ils l'entendent, c'est-à-dire basée sur le seul critère d'efficacité et de profitabilité. Nous sommes à la recherche d'une économie durable qui libèrerait l'être humain de son seul statut de consommateur.»


POLLUTION DÉLOYALE

«Qu'on le veuille ou non, un changement de cap s'impose de lui-même. Ces cinquante dernières années, un tiers des terres arables ont été détruites, les forêts ont été dévastées dans la même proportion. Les ressources poissonnières mondiales ont diminué d'un quart», s'alarme Wolfang Sachs, chercheur à l'Institut sur le climat, l'énergie et l'environnement à Wuppertal (Allemagne).
De même, la voracité énergétique du Nord ne saurait être étendue au monde entier. «Sinon il faudra bientôt quatre planètes», affirme la députée verte finlandaise Satu Hassi. Nul doute que les pays développés, volontiers donneurs de leçons, se doivent de montrer l'exemple.
«Il faut dire adieu au mythe de la croissance infinie», estime M. Sachs. Et d'imaginer: «Les règles commerciales pourraient être mises au service de le protection de l'environnement. Pourquoi ne pas sanctionner les pays qui n'ont pas ratifié le Traité de Kyoto (censé réguler les émissions de gaz à effet de serre, ndlr)? Ces Etats font de la concurrence déloyale à ceux qui imposent des régulations à leurs entreprises.»
Pourrait-ce être la tâche de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)? Hier à la tribune, personne n'y croyait, préférant enterrer l'organisation tout comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. «Ces trois institutions travaillent à ce que davantage de richesses tombent entre les mains des plus puissants», résume l'Etasunien Michael Albert, animateur du réseau d'information alternative Znet.
«Ce n'est pas suffisant de penser global – analyser les logiques de la mondialisation néolibérale – puis d'agir local», explique l'écrivain britannique George Monbit, se basant sur l'expérience de Lula. «Les caciques du FMI laissent peu de marge de manoeuvre au président brésilien, tenu par la dette de son pays». Les altermondialistes sont donc à la recherche d'une nouvelle gouvernance mondiale.
«Renforçons les institutions telles que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ou l'Organisation international du travail (OIT)», propose M. Bello. George Monbit évoque un «Parlement mondial», où les Etats seraient représentés selon la taille de leur population. «A l'Assemblée générale de l'ONU, il est si facile d'acheter les voix de petits pays qui pèsent autant que l'Inde.» Les dictatures, elles, seraient exclues de cette nouvelle enceinte.
Aucun orateur, par contre, n'a voulu de l'ordre socialiste prôné par leur homologue M. Radja, membre du conseil national du Parti communiste indien, qui estime que «le socialisme constitue la seule alternative à la mondialisation néolibérale». SIMON PETITE



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Gouvernance globale et Etats, quels pouvoirs?

   DOMINIQUE PLIHON, THIERREY BRUGVIN    

Quel pouvoirs conservent les Etats à l'heure de la globalisation de l'économie? Avec une bonne heure de retard et après le passage d'énormes nuages de fumigènes anti-moustiques, les orateurs ont pu ouvrir, hier matin, les débats d'une plénière quelque peu perturbée par la mauvaise qualité de l'acoustique. La première intervention est celle de l'économiste indien Aijaz Ahmed, qui rappelle que les Etats-Nations se sont affirmés pendant le XIXeÊsiècle à l'occasion de la première phase de la mondialisation. Il conteste la thèse selon laquelle ils auraient perdu tout pouvoir. Les cas des Etats-Unis ou de l'Allemagne réunifiée le montrent. Il fait la distinction entre leur capacité d'action face au capital d'une part, et au travail d'autre part. L'aspect nouveau serait que les Etats auraient perdu le contrôle des flux financiers depuis qu'ils ont décidé de les libéraliser. En revanche, ils ont encore beaucoup de pouvoir à l'égard du travail. De plus, la plupart des rouages du capitalisme contemporain (lois, partis, syndicats) se situent au niveau national et restent prépondérants. Enfin, l'Etat est devenu aujourd'hui le représentant des multinationales auprès du peuple et non l'inverse.
La Française Elisabeth Gauthier, d'Espace Marx, présente un point de vue légèrement différent: elle insiste beaucoup sur le fait que l'idéologie et les politiques néolibérales se sont traduites par un recul de la souveraineté populaire. Il s'agit d'une part de la redéfinir à l'échelle mondiale et de l'exercer au plan des organisations internationales. Dans cette perspective, la revitalisation des Etats-Nations serait insuffisante et même dangereuse, car elle pourrait favoriser les partis et les gouvernements populistes, de même que le nationalisme et les néocolonialistes.
Le Chilien Juan Somovia, directeur du Bureau international du travail (BIT), affirme lui que c'est au niveau local que doit s'exercer la réalité du pouvoir. C'est donc aux Etats-Nations que revient l'essentiel du pouvoir de régulation. Il déplore que ceux-ci n'aient pas exercé leur prérogative pour la défense des droits et des salaires des travailleurs. Il fait remarquer à ce sujet que le pouvoir d'achat du salaire minimum a baissé de 25% en Amérique latine et même de 50% au Chili de 1980 à 2003. Les forces progressistes ont un rôle très important à jouer à ce niveau. Il indique que c'est lorsque celles-ci ont pu s'unir que la dictature de Pinochet a pris fin. Quant à la Malienne Aminata Traoré, elle souligne que les élections en Afrique sont contrôlées de l'extérieur par les organisations internationales et les puissances néocoloniales. Elles empêchent les peuples africains de choisir eux-mêmes leurs dirigeants politiques. Elle insiste sur le fait que l'enjeu principal est de redonner le pouvoir au peuple.
DOMINIQUE PLIHON,
THIERRY BRUGVIN*
Note : *Attac. Tiré de www.france.attac.org



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