SIMON PETITE, MUMBAI
FORUM SOCIAL MONDIAL - Près de 90 000 délégués altermondialistes sont annoncés au quatrième Forum social mondial, qui débute ce soir à Mumbai.
Que le Forum social mondial (FSM) puisse se tenir en Inde représente déjà un énorme succès en soi», glisse Walden Bello, poursuivi par une nuée de journalistes. L'ONG Focus on Global South est l'une des rares organisations asiatiques à avoir participé aux trois premières éditions à Porto Alegre (Brésil).
Il a de quoi être soulagé le professeur philippin: près de 90 000 délégués devraient participer au quatrième FSM, qui s'ouvre aujourd'hui à Mumbai (ex-Bombay). Le record de Porto Alegre, qui avait attiré 100 000 militants l'année dernière, n'est pas loin. Hier devant la presse, les organisateurs indiens n'ont pas manqué de le souligner, notamment à l'intention de leurs détracteurs.
Les critiques? Elles viennent principalement d'un autre forum intitulé «Mumbai Resistance 2004» et qui se veut plus radical que le FSM. En longeant l'autoroute qui mène vers le nord, on peut lire des slogans «Smash capitalism» peints sur les piliers et estampillés «MR 2004». Cette rencontre ouvrira ses portes samedi. Elle a été convoquée par certaines organisations paysannes et des mouvements maoïstes d'Asie.
GRANDE MANIF
Après s'être sorti du trafic démentiel de Mumbai, c'est à l'ouest de l'autoroute qu'on rejoint l'immense «NESCO grounds». Un ancien terrain industriel, qui ne sera pas de trop pour accueillir les 1200 conférences, séminaires et autres panels prévus jusqu'au 20 janvier. Le lendemain étant réservé pour une grande manifestation «proche» du centre-ville.
Sur le NESCO grounds, les volontaires du FSM continuent d'affluer. «Avant, je croyais qu'il n'y avait que Microsoft», s'excuse presque une jeune Indienne chargée des relations avec la presse. De fait, tous les ordinateurs du FSM sont dotés du système alternatif Linux. Les premiers délégués prennent leurs marques: Français, Italiens, mais surtout Sud-Asiatiques, comme cette délégation vietnamienne venue avec deux victimes de l'agent orange déversé par les Etats-Unis il y a plus de trente ans.
Plus de 1000 Pakistanais se sont également accrédités, annoncent les organisateurs. Reste à savoir si le gouvernement de Dehli leur octroiera un visa... Par contre, la Chine, l'autre géant asiatique, brillera par son absence.
Il n'en reste pas moins que ce quatrième FSM sera dominé par les mouvements indiens (75% des participants). Mais lesquels exactement? C'était, hier, la seule préoccupation du conseil international, le nom donné à l'instance directrice des forums sociaux mondiaux et qui a confié l'organisation de la quatrième édition à l'Inde.
LA CONTROVERSE FORD
Car les critiques du MR 04 ont eu un large écho en Inde... et au-delà. Le débat s'est cristallisé autour du financement du FSM, et particulièrement sur le fait que la dernière édition à Porto Alegre a été partiellement financée par la fondation Ford. Les organisateurs du MR 04 en ont déduit que le FSM avait été «récupéré par les forces impérialistes» pour servir de soupape à la contestation altermondialiste.
«Nous n'avons accepté aucun fonds de la fondation Ford. Seul un quart des 2,4 millions de dollars de notre budget vient des Etats-Unis, mais il n'y a pas de grosses contributions», rétorque Nandita Shah, qui fait partie du Forum social local.
«Le FSM n'est pas une entité politique en soi mais un espace de discussion et d'élaboration de stratégies. Les organisateurs du MR 04 auraient pu mettre sur pied un séminaire sur le financement du FSM mais ils ne l'ont pas voulu», explique Kamal Chenoy, avec une pointe d'agacement. «Il y a aussi au sein du MR 04 des rébellions armées, qui, par principe, ne peuvent faire partie du FSM», continue ce membre d'un mouvement pacifiste actif contre la course aux armements nucléaires que se livrent le Pakistan et l'Inde. L'organisation revendique près de 400 000 adhérents.
APPEL À L'ACTION
Autre indication de la représentativité du FSM, 30 000 délégués dalits (lire ci-dessous) sont attendus. «Exclus parmi les exclus, ils sont les premiers à souffrir de la mondialisation néolibérale imposée à l'Inde», explique Ashok Bharti, du Conseil national pour les droits humains des dalits.
Et puis ce serait une erreur de dresser les deux forums l'un contre l'autre. Les organisateurs du FSM ont ainsi rappelé que certaines personnalités prendront part aux deux événements. C'est le cas de l'écrivaine Arundhati Roy ou de Medha Paktar. «Le FSM constitue un instrument unique», plaide l'activiste, célèbre pour son combat contre un projet hydroélectrique qui a déjà englouti des milliers de villages en Inde centrale. «Les politiques néolibérales, corruptionistes et militaristes ne doivent pas seulement être analysées!» L'appel à l'action résonne encore dans le hall principal, qui se remplira ce soir pour l'ouverture du quatrième FSM.