MARINA
IMPALLOMENI
Le
3 mars dernier au nom du Gouvernement britannique le sous-secrétaire
d`Etat à l`Intérieur Bob Ainsworth a envoyé
à l`agence onusienne INCB (Comité international de
contrôle des narcotiques) basée à Vienne une protestation
formelle. Cette initiative sans précédent fait suite à
la publication du Rapport annuel 2002 sur les drogues dans lequel la
décision britannique de «reclasser» le cannabis était
fortement critiquée. Selon les auteurs du rapport le reclassement
du cannabis dans une liste de narcotiques reconnus comme étant
moins dangereux reviendrait à constituer une forme de dépénalisation.
Dans sa missive M. Ainsworth dénonce le langage alarmiste tenu
par l`agence pointe du doigt les lacunes du texte où l`on
omet par exemple de reporter les arguments scientifiques qui sont à
la base de la décision du Gouvernement britannique et condamne
la façon «biaisée» avec laquelle celle-ci a
été présentée à la presse par l`INCB.
La colère du vice-ministre britannique constitue la dernière
manifestation tangible de la tension qui s`est créée
entre d`une part les «gardiens» de l`ONU -
c`est-à-dire les pays dominés par l`idéologie
étasunienne de la lutte contre la drogue - et d`autre
part les pays européens qui dans le domaine de la «drugs
policy» ont incontestablement une longueur d`avance sur Washington.
PROJET
CONTROVERSÉ
Dans sa missive M. Ainsworth annonce enfin que les représentants
de son gouvernement «saisiront la première occasion officielle
pour intervenir et corriger l`image trompeuse de l`action britannique
en matière de stupéfiants que le rapport et sa présentation
aux médias ont créée». L`occasion se présente
aujourd`hui avec la rencontre internationale qui se tiendra du 16
au 17 avril à Vienne où les délégués
des pays membres de l`ONU auront pour tâche d`effectuer
une «évaluation à moyen terme» des objectifs
fixés à New York en 1998 dans le cadre de la Session spéciale
de l`Assemblée générale des Nations Unies (UNGASS)
sur les drogues.
A l`époque le directeur du Programme de l`ONU pour le
contrôle international des drogues (PNUCID) l`Italien Pino
Arlacchi avait tenté de lancer le programme Scope (Strategy for
Coca and Opium Poppy Elimination) prévoyant l`éradication
en dix ans des cultures de coca et de pavot à opium. Ce projet
avait été présenté avec le risible mot d`ordre:
«Un monde libéré de la drogue nous pouvons le faire.»
En réalité fait observer Martin Jelsma du Transnational
Institute une organisation basée aux Pays-Bas le programme Scope
n`a jamais été soumis à l`approbation de
l`ONU car il était trop controversé mais sa «philosophie»
en revanche a été retenue dans la déclaration finale
de 1998 où l`on retrouve l`objectif stratégique
d`«éliminer ou de réduire significativement»
les cultures de coca et pavot en 2008.
PRODUCTION
RELANCÉE
Comme on pouvait s`y attendre rien de tout cela n`a été
réalisé. Le successeur de Pino Arlacchi Antonio Costa
a présenté en octobre dernier à Rome le rapport
annuel sur les plantations de pavot en Afghanistan établi par le
BCDPC (Bureau pour le contrôle des drogues et la prévention
du crime) basé à Vienne organisation chapeautant le travaux
du PNUCID. Voilà que l`on apprend que en 2002 «la
production a été relancée à grande échelle
dans le monde entier». On calcule que l`an dernier entre
69 000 et 79 000 hectares ont été plantés en pavot
à opium. La récolte elle a été estimée
à quelque 3440 tonnes.
Ces chiffres figurent parmi les plus élevés de la dernière
décennie. Seulement en 1999 et 2000 on enregistre des résultats
supérieurs respectivement à 91 000 et 82 000 hectares cultivés
pour ces deux années-là. Outre le pavot la production de
la feuille de coca procède elle aussi sans relâche. Les
statistiques récentes indiquent toutefois une baisse en Colombie
(moins 30% en 2002 selon l`ONU alors que les Etats-Unis affirment
que ce recul est de l`ordre de 15%). Ce phénomène s`explique
grâce à l`application de programmes sauvages d`éradication
forcée imposés par les Etats-Unis tel le Plan Colombia.
Mais à cette baisse correspond cependant une hausse de la production
au Pérou et en Bolivie.
Face à ces nombreux échecs la stratégie de l`ONU
pilotée essentiellement par la volonté de Washington suscite
l`opposition grandissante de nombreuses organisations qui demandent
une révision de la politique jusqu`ici suivie pour lutter
contre la drogue. Samedi à Vienne elles sont descendues dans
la rue après avoir animé une conférence alternative
dans les locaux du campus de l`Université organisée
par le réseau européen ENCOD qui se rattache au réseau
international ICN (International Coalition of NGO`s for Just and
Effective Drugs Policy).
PRÉVENTION
ET SOINS
Sur le front institutionnel il faut relever l`action entreprise
par la Grèce titulaire de la présidence européenne
pour le semestre en cours. Le ministre des Affaires étrangères
Georges A. Papandreou a promu en mars dernier une rencontre de très
haut niveau entièrement consacrée à la prévention.
Les délégués y ont souligné le principe selon
lequel les personnes dépendantes de la drogue ont besoin avant
tout de soins et qu`il est faux d`adopter des politiques où
ces personnes sont criminalisées avant d`être soignées.
D`autres initiatives ont suivi. Au Parlement européen par
exemple la députée Kathalijne Buitenweg a présenté
une résolution demandant une évaluation des effets produits
jusqu`ici par les différentes conventions de l`ONU adoptées
sous l`influence des Etats-Unis. Elle a également demandé
tout comme le Gouvernement britannique que le cannabis soit «reclassé»
dans le texte de la Convention de 1961 où le cannabis et l`héroÏne
sont inscrits dans la même tabelle. La requête de l`europarlementaire
a été approuvée en commission le 19 mars. Le vote
en séance plénière est attendu dans les prochains
jours.
REVOIR
LES CONVENTIONS ONU
Enfin toujours à Bruxelles cent huit europarlementaires appartenant
à sept groupes politiques différents ont signé un
appel demandant eux aussi la révision des Conventions onusiennes
datant de 1961 1971 et 1988 qui ont servi à imposer au monde
l`idéologie étasunienne en matière de lutte
contre la drogue. Il faut savoir que ces textes sont d`une grande
importance car ils fixent les limites dans lesquelles les pays doivent
légiférer. Leur révision constitue l`objectif
primaire du mouvement antiprohibitionniste qui entend aussi contrer avec
force l`esprit de la ligne adoptée en 1998.
Or ces initiatives interviennent alors que l`ONU traverse une crise
grave provoquée par la décision des Etats-Unis et de la
Grande-Bretagne d`attaquer l`Irak. Si d`un côté
on ne peut évaluer l`impact de cette crise dans les relations
des pays qui ont pris part aux discussions de Vienne de l`autre
nombreux sont ceux qui se demandent si finalement les conventions controversées
n`ont tout simplement pas été dépassées
par les événements qui se déroulent actuellement
sur la scène internationale. Et donc qu`il faudra tout refaire.
Traduit et adapté par
FABIO LO VERSO
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