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L`ONU mesure l`échec de sa lutte antidrogue

Paru le Lundi 14 Avril 2003
   MARINA IMPALLOMENI    

Sélection

Le 3 mars dernier au nom du Gouvernement britannique le sous-secrétaire d`Etat à l`Intérieur Bob Ainsworth a envoyé à l`agence onusienne INCB (Comité international de contrôle des narcotiques) basée à Vienne une protestation formelle. Cette initiative sans précédent fait suite à la publication du Rapport annuel 2002 sur les drogues dans lequel la décision britannique de «reclasser» le cannabis était fortement critiquée. Selon les auteurs du rapport le reclassement du cannabis dans une liste de narcotiques reconnus comme étant moins dangereux reviendrait à constituer une forme de dépénalisation.
Dans sa missive M. Ainsworth dénonce le langage alarmiste tenu par l`agence pointe du doigt les lacunes du texte où l`on omet par exemple de reporter les arguments scientifiques qui sont à la base de la décision du Gouvernement britannique et condamne la façon «biaisée» avec laquelle celle-ci a été présentée à la presse par l`INCB. La colère du vice-ministre britannique constitue la dernière manifestation tangible de la tension qui s`est créée entre d`une part les «gardiens» de l`ONU - c`est-à-dire les pays dominés par l`idéologie étasunienne de la lutte contre la drogue - et d`autre part les pays européens qui dans le domaine de la «drugs policy» ont incontestablement une longueur d`avance sur Washington.

PROJET CONTROVERSÉ
Dans sa missive M. Ainsworth annonce enfin que les représentants de son gouvernement «saisiront la première occasion officielle pour intervenir et corriger l`image trompeuse de l`action britannique en matière de stupéfiants que le rapport et sa présentation aux médias ont créée». L`occasion se présente aujourd`hui avec la rencontre internationale qui se tiendra du 16 au 17 avril à Vienne où les délégués des pays membres de l`ONU auront pour tâche d`effectuer une «évaluation à moyen terme» des objectifs fixés à New York en 1998 dans le cadre de la Session spéciale de l`Assemblée générale des Nations Unies (UNGASS) sur les drogues.
A l`époque le directeur du Programme de l`ONU pour le contrôle international des drogues (PNUCID) l`Italien Pino Arlacchi avait tenté de lancer le programme Scope (Strategy for Coca and Opium Poppy Elimination) prévoyant l`éradication en dix ans des cultures de coca et de pavot à opium. Ce projet avait été présenté avec le risible mot d`ordre: «Un monde libéré de la drogue nous pouvons le faire.» En réalité fait observer Martin Jelsma du Transnational Institute une organisation basée aux Pays-Bas le programme Scope n`a jamais été soumis à l`approbation de l`ONU car il était trop controversé mais sa «philosophie» en revanche a été retenue dans la déclaration finale de 1998 où l`on retrouve l`objectif stratégique d`«éliminer ou de réduire significativement» les cultures de coca et pavot en 2008.

PRODUCTION RELANCÉE
Comme on pouvait s`y attendre rien de tout cela n`a été réalisé. Le successeur de Pino Arlacchi Antonio Costa a présenté en octobre dernier à Rome le rapport annuel sur les plantations de pavot en Afghanistan établi par le BCDPC (Bureau pour le contrôle des drogues et la prévention du crime) basé à Vienne organisation chapeautant le travaux du PNUCID. Voilà que l`on apprend que en 2002 «la production a été relancée à grande échelle dans le monde entier». On calcule que l`an dernier entre 69 000 et 79 000 hectares ont été plantés en pavot à opium. La récolte elle a été estimée à quelque 3440 tonnes.
Ces chiffres figurent parmi les plus élevés de la dernière décennie. Seulement en 1999 et 2000 on enregistre des résultats supérieurs respectivement à 91 000 et 82 000 hectares cultivés pour ces deux années-là. Outre le pavot la production de la feuille de coca procède elle aussi sans relâche. Les statistiques récentes indiquent toutefois une baisse en Colombie (moins 30% en 2002 selon l`ONU alors que les Etats-Unis affirment que ce recul est de l`ordre de 15%). Ce phénomène s`explique grâce à l`application de programmes sauvages d`éradication forcée imposés par les Etats-Unis tel le Plan Colombia. Mais à cette baisse correspond cependant une hausse de la production au Pérou et en Bolivie.
Face à ces nombreux échecs la stratégie de l`ONU pilotée essentiellement par la volonté de Washington suscite l`opposition grandissante de nombreuses organisations qui demandent une révision de la politique jusqu`ici suivie pour lutter contre la drogue. Samedi à Vienne elles sont descendues dans la rue après avoir animé une conférence alternative dans les locaux du campus de l`Université organisée par le réseau européen ENCOD qui se rattache au réseau international ICN (International Coalition of NGO`s for Just and Effective Drugs Policy).

PRÉVENTION ET SOINS
Sur le front institutionnel il faut relever l`action entreprise par la Grèce titulaire de la présidence européenne pour le semestre en cours. Le ministre des Affaires étrangères Georges A. Papandreou a promu en mars dernier une rencontre de très haut niveau entièrement consacrée à la prévention. Les délégués y ont souligné le principe selon lequel les personnes dépendantes de la drogue ont besoin avant tout de soins et qu`il est faux d`adopter des politiques où ces personnes sont criminalisées avant d`être soignées.
D`autres initiatives ont suivi. Au Parlement européen par exemple la députée Kathalijne Buitenweg a présenté une résolution demandant une évaluation des effets produits jusqu`ici par les différentes conventions de l`ONU adoptées sous l`influence des Etats-Unis. Elle a également demandé tout comme le Gouvernement britannique que le cannabis soit «reclassé» dans le texte de la Convention de 1961 où le cannabis et l`héroÏne sont inscrits dans la même tabelle. La requête de l`europarlementaire a été approuvée en commission le 19 mars. Le vote en séance plénière est attendu dans les prochains jours.

REVOIR LES CONVENTIONS ONU
Enfin toujours à Bruxelles cent huit europarlementaires appartenant à sept groupes politiques différents ont signé un appel demandant eux aussi la révision des Conventions onusiennes datant de 1961 1971 et 1988 qui ont servi à imposer au monde l`idéologie étasunienne en matière de lutte contre la drogue. Il faut savoir que ces textes sont d`une grande importance car ils fixent les limites dans lesquelles les pays doivent légiférer. Leur révision constitue l`objectif primaire du mouvement antiprohibitionniste qui entend aussi contrer avec force l`esprit de la ligne adoptée en 1998.
Or ces initiatives interviennent alors que l`ONU traverse une crise grave provoquée par la décision des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne d`attaquer l`Irak. Si d`un côté on ne peut évaluer l`impact de cette crise dans les relations des pays qui ont pris part aux discussions de Vienne de l`autre nombreux sont ceux qui se demandent si finalement les conventions controversées n`ont tout simplement pas été dépassées par les événements qui se déroulent actuellement sur la scène internationale. Et donc qu`il faudra tout refaire.
Traduit et adapté par
FABIO LO VERSO

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