Accueil » Selection » article

La «croissance éternelle» bute sur le pétrole

Paru le Samedi 04 Janvier 2003
   FRANCESCO PICCIONI    

Sélection
Dommage car l`étude affirmait en vérité que en 2000 la planète aurait consommé environ 25% des réserves mondiales. Une prédiction qui péchait plutôt par optimisme à en croire les géophysiciens. Selon eux la consommation atteindrait aujourd`hui près de 45% du pétrole extrait. De plus actuellement on s`approcherait à grands pas du fameux «pic» de production. Ce qui veut dire que après avoir touché son plafond l`extraction de brut se maintiendra au même niveau durant quelques années avant de diminuer constamment. Conséquence: les prix vont exploser étant donné que l`offre sera inférieure à la demande. Or il faut savoir que si l`énergie disponible diminue la production risque elle aussi de s`effondrer. Résultat la «croissance» économique pourrait freiner s`arrêter voire reculer.

APPROCHE GLOBALE
On comprend alors pourquoi certains spécialistes font converger actuellement leurs recherches sur des domaines divers comme l`énergie le climat et l`alimentation et tentent de mettre au point un «état des lieux» des études qui ont été conduites jusqu`ici sur les «crises globales». Car l`approche doit être elle aussi globale. Sur la crise énergétique toutefois les données ne manquent pas. Et elles affichent toutes la mesure de la gravité de la situation. Jugez plutôt.
D`abord: de combien de pétrole disposons-nous? Selon les compagnies pétrolières et les pays producteurs à la fin de 2001 on comptait 1050 milliards de barils. Or actuellement la consommation mondiale se situe autour des 25 à 27 milliards de barils par an. Sur la base de ces chiffres ceux qui prédisent au mieux trente ou quarante ans de vie au pétrole sembleraient du coup très crédibles. Mais des géophysiciens de renom - Colin Campbell de Petroconsultant ou encore MM. Duncan Youngquist et Laherre - «corrigent» ce calcul en apportant des observations difficilement contestables. En effet les statistiques des pays producteurs ont connu une montée en flèche en 1986 lorsque éclata la «guerre des quotas» au sein de l`OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Il paraît plus que probable alors que certaines estimations aient été «gonflées».

LIMITES PHYSIQUES
Deuxièmement aucun gisement ne peut être exploité à 100% car la conformation des cavités souterraines empêche aux foreuses d`atteindre toutes les «poches» de pétrole. Les nouvelles techniques dites d`overdrilling (forage combiné) ont permis d`extraire jusqu`à 60-80% de brut alors que auparavant on parvenait à en extraire tout au plus 50%. En tout cas il existe une limite physique à l`extraction de pétrole: au fur et à mesure que l`on vide un puits en effet la pression qui fait monter le brut diminue. Or lorsque «l`énergie» nécessaire pour extraire un baril se rapproche de la valeur énergétique du baril il devient dès lors «énergétiquement» (et pas seulement économiquement) inutile de continuer l`activité d`extraction.
Troisièmement les compagnies fondent leurs estimations sur la base de la consommation «actuelle» de pétrole alors que la croissance économique entraîne une augmentation des besoins énergétiques.
En outre les prévisions des spécialistes divergent sur la question du «pic» d`extraction. En quelle année atteindra-t-on ce plafond? Les plus optimistes font durer l`attente jusqu`en 2015 les plus pessimistes l`anticipent en 2004. De son côté même l`International Energy Agency (qui dépend du G8) une agence qui se veut très prudente dans ses prévisions avance la date de 2013. Il faut savoir que certains pays ont dépassé ce point de non-retour: les Etats-Unis en 1970 la Norvège en l`an 2000 l`Iran un peu avant. Dans leurs prédictions les spécialistes comprennent également la découverte de gisements nouveaux où le «pic» a été atteint en 1965. Depuis les découvertes diminuent régulièrement.

QUELLES SOLUTIONS?
Pour l`heure la plus importante source d`énergie autre que le brut reste le charbon. Les autres hydrocarbures (gaz naturel huiles lourdes etc.) affichent grosso modo la même durée de vie que le pétrole. Il y a encore d`énormes quantités de charbon dans le monde une matière qui atteindra son «pic» d`extraction dans quarante ans. Mais cette source présente plusieurs inconvénients. Elle est hautement polluante (33% de CO2 de plus que le brut) elle est difficilement extractible (et cette opération coûte 50% plus cher que l`extraction du pétrole) et in fine elle ne peut être utilisée pour faire rouler les voitures.
En ce qui concerne l`uranium (qui sert à produire de l`énergie nucléaire par le biais du procédé très dangereux de la fission) il faut savoir que au niveau de consommation actuel les réserves auront fondu en cinquante ans. Quant au «nucléaire propre» obtenu par le procédé dit de fusion il pourra être disponible dans un demi-siècle seulement sans compter le temps qu`il faudra pour mettre en place un système de production industrielle.
Les sources renouvelables (énergies hydroélectrique solaire éolienne etc.) constituent de loin la meilleure alternative mais elles ont aussi des limites. Elles ne polluent pas certes mais elles ont une tenue énergétique faible: elles ne pourraient couvrir que 35 à 40% des besoins actuels. En outre nombreuses sont les sources renouvelables qui ne pourraient pas être exploitées à grande échelle.

QUID DE L`HYDROGÈNE?
Pour ce qui est de l`hydrogène en tant que carburant destiné aux moyens de transport les spécialistes mettent en garde contre les «malentendus» que peuvent engendrer certaines études ou le battage médiatique que les compagnies pétrolière font autour de l`exploitation de cette source. Telle la multinationale Shell par exemple qui constitue le plus grand commanditaire privé de recherches sur l`hydrogène. Or il faut savoir que cette matière n`existe pas sur notre planète en «état libre». Elle doit être produite et pour ce faire il faudrait avoir recours à de l`énergie «classique»: hydrocarbure ou charbon. Faire rouler des voitures à l`hydrogène c`est techniquement possible mais du point de vue énergétique cette action afficherait au final un solde négatif. En effet lors de la production d`hydrogène et dans son utilisation comme combustible on consomme plus d`énergie que celle qu`on utilise actuellement pour faire marcher les moyens de transport traditionnels. Certes la qualité de l`air s`améliorerait nettement dans les villes mais les combustibles fossiles continueraient d`être brûlés... dans les sites de production d`hydrogène.
N`y aurait-il donc plus d`espoir? Si il y a encore de l`espoir répondent bien évidemment les spécialistes mais cette réponse renvoie à la création d`un «autre monde» où les personnes se débarrasseraient de l`obsession de la croissance économique. Un monde qui serait «nécessaire» plutôt que «possible» si l`humanité veut avoir un avenir.
1Le Club de Rome est une organisation composée de spécialistes mondiaux sur différents aspects économiques politiques et sociaux. Son siège se situe à Hambourg en Allemagne.

Adaptation: Fabio Lo Verso.

 



Commentaires

La «croissance éternelle» bute sur le pétrole | S'identifier ou créer un nouveau compte | 0 Commentaires
Les commentaires appartiennent à leur auteur.
Ils ne représentent pas forcément les opinions du Courrier.

Pour des médias indépendants...

En faisant un don pour cet article, vous participez au maintien de notre indépendance.
Le Courrier n'a pas de capital, mais il a une richesse, ses lecteurs.
Si vous souhaitez faire un don en Euro, vous pouvez vous rendre sur notre page Dons.











Creative Commons License

Ces articles sont mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

   lecourrier   lecourrier lecourrier
» Abonnez-vous!
» Le coin des abonnés
» Nouvelles du Courrier
» Présentation
» L'équipe
» Historique
» Charte
» Statuts NAC
» Membres
» Ass. lecteurs
» Architrave
» L'agenda
» Contacts
» Partenaires
» Tarifs annonces
;