FRANCESCO PICCIONI
Dommage car l`étude affirmait en vérité que
en 2000 la planète aurait consommé environ 25% des réserves
mondiales. Une prédiction qui péchait plutôt par optimisme
à en croire les géophysiciens. Selon eux la consommation
atteindrait aujourd`hui près de 45% du pétrole extrait.
De plus actuellement on s`approcherait à grands pas du fameux
«pic» de production. Ce qui veut dire que après avoir
touché son plafond l`extraction de brut se maintiendra au même
niveau durant quelques années avant de diminuer constamment. Conséquence:
les prix vont exploser étant donné que l`offre sera
inférieure à la demande. Or il faut savoir que si l`énergie
disponible diminue la production risque elle aussi de s`effondrer.
Résultat la «croissance» économique pourrait
freiner s`arrêter voire reculer.
APPROCHE
GLOBALE
On comprend alors pourquoi certains spécialistes font converger
actuellement leurs recherches sur des domaines divers comme l`énergie
le climat et l`alimentation et tentent de mettre au point un «état
des lieux» des études qui ont été conduites
jusqu`ici sur les «crises globales». Car l`approche
doit être elle aussi globale. Sur la crise énergétique
toutefois les données ne manquent pas. Et elles affichent toutes
la mesure de la gravité de la situation. Jugez plutôt.
D`abord: de combien de pétrole disposons-nous? Selon les compagnies
pétrolières et les pays producteurs à la fin de
2001 on comptait 1050 milliards de barils. Or actuellement la consommation
mondiale se situe autour des 25 à 27 milliards de barils par an.
Sur la base de ces chiffres ceux qui prédisent au mieux trente
ou quarante ans de vie au pétrole sembleraient du coup très
crédibles. Mais des géophysiciens de renom - Colin Campbell
de Petroconsultant ou encore MM. Duncan Youngquist et Laherre - «corrigent»
ce calcul en apportant des observations difficilement contestables. En
effet les statistiques des pays producteurs ont connu une montée
en flèche en 1986 lorsque éclata la «guerre des quotas»
au sein de l`OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole).
Il paraît plus que probable alors que certaines estimations aient
été «gonflées».
LIMITES
PHYSIQUES
Deuxièmement aucun gisement ne peut être exploité
à 100% car la conformation des cavités souterraines empêche
aux foreuses d`atteindre toutes les «poches» de pétrole.
Les nouvelles techniques dites d`overdrilling (forage combiné)
ont permis d`extraire jusqu`à 60-80% de brut alors que
auparavant on parvenait à en extraire tout au plus 50%. En tout
cas il existe une limite physique à l`extraction de pétrole:
au fur et à mesure que l`on vide un puits en effet la pression
qui fait monter le brut diminue. Or lorsque «l`énergie»
nécessaire pour extraire un baril se rapproche de la valeur énergétique
du baril il devient dès lors «énergétiquement»
(et pas seulement économiquement) inutile de continuer l`activité
d`extraction.
Troisièmement les compagnies fondent leurs estimations sur la
base de la consommation «actuelle» de pétrole alors
que la croissance économique entraîne une augmentation des
besoins énergétiques.
En outre les prévisions des spécialistes divergent sur
la question du «pic» d`extraction. En quelle année
atteindra-t-on ce plafond? Les plus optimistes font durer l`attente
jusqu`en 2015 les plus pessimistes l`anticipent en 2004. De
son côté même l`International Energy Agency (qui
dépend du G8) une agence qui se veut très prudente dans
ses prévisions avance la date de 2013. Il faut savoir que certains
pays ont dépassé ce point de non-retour: les Etats-Unis
en 1970 la Norvège en l`an 2000 l`Iran un peu avant.
Dans leurs prédictions les spécialistes comprennent également
la découverte de gisements nouveaux où le «pic»
a été atteint en 1965. Depuis les découvertes diminuent
régulièrement.
QUELLES
SOLUTIONS?
Pour l`heure la plus importante source d`énergie autre
que le brut reste le charbon. Les autres hydrocarbures (gaz naturel huiles
lourdes etc.) affichent grosso modo la même durée de vie
que le pétrole. Il y a encore d`énormes quantités
de charbon dans le monde une matière qui atteindra son «pic»
d`extraction dans quarante ans. Mais cette source présente
plusieurs inconvénients. Elle est hautement polluante (33% de CO2
de plus que le brut) elle est difficilement extractible (et cette opération
coûte 50% plus cher que l`extraction du pétrole) et
in fine elle ne peut être utilisée pour faire rouler les
voitures.
En ce qui concerne l`uranium (qui sert à produire de l`énergie
nucléaire par le biais du procédé très dangereux
de la fission) il faut savoir que au niveau de consommation actuel
les réserves auront fondu en cinquante ans. Quant au «nucléaire
propre» obtenu par le procédé dit de fusion il pourra
être disponible dans un demi-siècle seulement sans compter
le temps qu`il faudra pour mettre en place un système de production
industrielle.
Les sources renouvelables (énergies hydroélectrique solaire
éolienne etc.) constituent de loin la meilleure alternative mais
elles ont aussi des limites. Elles ne polluent pas certes mais elles
ont une tenue énergétique faible: elles ne pourraient couvrir
que 35 à 40% des besoins actuels. En outre nombreuses sont les
sources renouvelables qui ne pourraient pas être exploitées
à grande échelle.
QUID
DE L`HYDROGÈNE?
Pour ce qui est de l`hydrogène en tant que carburant destiné
aux moyens de transport les spécialistes mettent en garde contre
les «malentendus» que peuvent engendrer certaines études
ou le battage médiatique que les compagnies pétrolière
font autour de l`exploitation de cette source. Telle la multinationale
Shell par exemple qui constitue le plus grand commanditaire privé
de recherches sur l`hydrogène. Or il faut savoir que cette
matière n`existe pas sur notre planète en «état
libre». Elle doit être produite et pour ce faire il faudrait
avoir recours à de l`énergie «classique»:
hydrocarbure ou charbon. Faire rouler des voitures à l`hydrogène
c`est techniquement possible mais du point de vue énergétique
cette action afficherait au final un solde négatif. En effet lors
de la production d`hydrogène et dans son utilisation comme
combustible on consomme plus d`énergie que celle qu`on
utilise actuellement pour faire marcher les moyens de transport traditionnels.
Certes la qualité de l`air s`améliorerait nettement
dans les villes mais les combustibles fossiles continueraient d`être
brûlés... dans les sites de production d`hydrogène.
N`y aurait-il donc plus d`espoir? Si il y a encore de l`espoir
répondent bien évidemment les spécialistes mais
cette réponse renvoie à la création d`un «autre
monde» où les personnes se débarrasseraient de l`obsession
de la croissance économique. Un monde qui serait «nécessaire»
plutôt que «possible» si l`humanité veut
avoir un avenir.
1Le Club de Rome est une organisation composée de spécialistes
mondiaux sur différents aspects économiques politiques
et sociaux. Son siège se situe à Hambourg en Allemagne.
Adaptation: Fabio Lo Verso.