Bruxelles
ALBERTO D`ARGENZIO
En fonctionnant comme une entreprise de «nettoyage» R. J. Reynolds
aurait également violé l`embargo de Washington sur l`Irak.
Car le groupe aurait fait affaire avec le fils du raÏs de Bagdad Oudai
Hussein. Par son action Bruxelles continue sur le chemin entrepris visant
à «poursuivre jusqu`au bout» les multinationales
du tabac tant sur le plan de la santé publique que sur celui du
trafic international. Pour ce faire l`UE a choisi un tribunal de New
York. La plainte déposée jeudi dernier constitue la deuxième
étape de la guerre que Bruxelles a décidé de livrer
contre la politique commerciale «désinvolte» des fabricants
de cigarettes.
Le 6 août 2001 Philip Morris R. J. Reynolds et Japan Tobacco ont
été accusés d`avoir soustrait au fisc de l`Union
européenne et de dix pays membres la coquette somme de 4 2 milliards
d`euros par an (environ 6 3 milliards de francs suisses). Le 19 février
dernier le juge Nicholas Garaufis a classé cette procédure
pour une raison technique liée à une norme issue de la revenue
rules: les tribunaux étasuniens n`ont en effet pas de compétence
pour trancher en faveur du fisc d`un pays étranger. Les juges
avaient en revanche laissé entendre qu`ils pouvaient recevoir
une plainte pour blanchiment.
INTERMÉDIAIRES
SUISSES
La Commission européenne a présenté un dossier d`une
centaine de pages visant à décrire le trafic du fabricant
R. J. Reynolds qui couvre une bonne partie de la géographie terrestre
et financière européenne. Et ce n`est pas tout. D`un
côté suivant la thèse contenue dans le rapport de
l`UE l`entreprise étasunienne vendrait ses cigarettes
aux organisations criminelles en Italie en Espagne dans les Balkans
en Russie au PKK et surtout à Oudai Hussein. Pour laver le produit
de ses achats elle ferait recours à côté de sa structure
financière au travail d`intermédiaires financiers
situés en Suisse à Chypre et au Panama. Les paquets de
«blondes» quittent les ports des Etats-Unis emballés
et enfermés dans des containers ils passent ensuite par Panama
Valencia en Espagne Anvers en Belgique puis par les ports chypriotes
et turques jusqu`à la destination finale l`Irak. D`autres
pistes mènent au Monténégro. Dans ce pays les enquêtes
conduites par la magistrature italienne sembleraient mettre en cause le
président Milo Djukanovic.
Selon l`Exécutif européen le schéma conduisant
au fabricant étasunien n`a rien d`un labyrinthe. Selon
une source il s`agirait plutôt d`un mécanisme
linéaire donnant lieu à un service de «nettoyage»
bien rôdé: «Si une organisation criminelle italienne
veut par exemple laver le produit de ses sales affaires en achetant des
cigarettes elle peut s`adresser directement à R. J. Reynolds
ou à un intermédiaire désigné par le groupe
étasunien.» Selon cette même source dans les sept
pages du dossier consacrées au marché italien le rôle
du référent pour les opérations ayant lieu dans la
Botte serait tenu par un intermédiaire à Lugano.
EFFETS
COLLATÉRAUX
«L`Exécutif européen est déterminé
à gagner la bataille contre le blanchiment de capitaux douteux
la contrebande de cigarettes et les délits transfrontaliers graves
qui y sont associés» affirmait récemment Michaele
Shreyer commissaire européen au Budget. A la différence
de la première plainte destinée à récupérer
l`argent du fisc cette action juridique pourrait en effet s`étendre
à d`autres «dommages» dérivant du trafic
d`armes et de la traite d`êtres humains. Son résultat
pourrait également permettre de couvrir les dépenses pour
contraster ces délits.
Mais il ne faut pas oublier les répercussions macroéconomiques
qui sont liées à l`activité de blanchiment d`argent
sale comme la dépréciation des monnaies - aujourd`hui
l`euro hier le deutsche mark ou la lire italienne. Enfin des sources
bruxelloises admettent que la multinationale R. J. Reynolds pourrait ne
pas être la seule à blanchir ses «blondes». Il
semble que d`autres firmes se prêtent également aux
«travaux de nettoyage» que l`UE entend arrêter.
Adaptation: Fabio Lo Verso.
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