SANDRA
VINCIGUERRA
LIBERTÉ
AUDIOVISUELLE Du 2 au 7 avril à l’Usine de Genève le
collectif Soyouz propose une rétrospective des films du réalisateur
militant René Vautier en présence de celui-ci et laisse carte blanche
à la TV associative parisienne Zalea.
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Après
la projection en novembre dernier de Afrique 50 dans le cadre confidentiel
de la Cave 12 à Genève l`association Soyouz récidive
à plus grande échelle et persiste à diffuser le
travail militant du cinéaste français René Vautier.
Pour cette quasi-rétrospective - du 2 au 7 avril au cinéma
Spoutnik à Genève - l`association a sélectionné
une dizaine de courts moyens et longs métrages réalisés
entre 1950 et 1990 une programmation particulièrement axée
sur les films traitant du colonialisme français. L`occasion
plutôt rare de découvrir les images nécessaires
d`un homme en colère.
Figure fondamentale du cinéma documentaire René Vautier
n`a eu cesse durant les cinquante dernières années
de dénoncer les exactions commises en Afrique au nom de la France.
Une démarche qui lui a valu d`être constamment censuré
voire emprisonné. De ces conditions de production inacceptables
est née la persistance de son travail.
DERNIER
RECOURS
En janvier 1973 René Vautier commence une grève de la
faim exigeant «la suppression de la possibilité pour
la commission de censure cinématographique de censurer des films
sans fournir de raisons; et l`interdiction pour cette commission
de demander coupes ou refus de visa pour des critères politiques».
Ce dernier recours apparaît comme l`aboutissement résolu
de convictions politiques qui se sont toujours manifestées dans
le cinéma de René Vautier. Une action qui aura permis
d`appliquer enfin une réglementation qu`on ne respectait
pas jusqu`ici. Mais comment un cinéaste français
en arrive-t-il à une grève de la faim? Au lendemain de
la Seconde Guerre mondiale le résistant Vautier s`était
pourtant vu décerner la croix d`honneur.
En 1946 René Vautier entre à l`Institut des hautes
études cinématographiques un camarade de guerre lui ayant
fait comprendre qu`il fallait «montrer de vraies images plutôt
que colporter de fausses histoires». A la sortie de l`école
la Ligue pour l`enseignement l`envoie en Afrique française
filmer la vie dans les villages africains. Il s`agissait de ramener
un mini-reportage pour les écoliers et lycéens. Mais les
attentes folkloriques des gentils colons ne résistent pas à
la réalité.
Sur place l`exploitation du Noir semble un privilège inaliénable
du Blanc. René Vautier ramène plusieurs heures d`un
matériel brûlant qui est immédiatement saisi par
la police. Et lui vaut treize inculpations et un an de prison. Ironiquement
la police s`est appuyée sur un décret de Pierre Laval
(accusé de collaboration et fusillé en 1945) pour saisir
les images incriminées. In extremis Vautier réussit à
sauver une bobine et monte dans des conditions extrêmes Afrique
50: 15 minutes de colère brute (lire ci-contre). Nous sommes
en 1951 et l`auteur de ce premier film anticolonialiste français
n`a que 21 ans!
Dès lors René Vautier a trouvé son métier
et n`en changera pas: son cinéma s`engage contre toute
forme de colonialisme et d`exploitation et contre la censure qu`ils
engendrent.
L`ALGÉRIE
AU CENTRE
Dans l`esprit de cette lutte le problème algérien
reste au centre de la réflexion de Vautier: Avoir 20 ans dans
les Aurès (1971) se présente comme une fiction mais s`appuie
sur des témoignages d`appelés de la guerre d`Algérie.
Le cinéaste essaie de comprendre comment on peut «mettre
des jeunes en situation de se conduire en criminels de guerre.»
La réponse à cette question est d`une clarté
terrifiante: une forme d`endoctrinement constant conduit de jeunes
gauchistes à cheveux longs a priori plus enclins à la
blague de bidasse qu`au tabassage systématique au viol
collectif et au meurtre. Si la colère d`Afrique 50 était
susceptible de soulager le spectateur Avoir 20 ans dans les Aurès
est le film d`un désespéré.
MÉMOIRE
INTERDITE
Parallèlement de 1960 à 1980 le cinéaste tourne
plus de soixante heures de témoignages de victimes de la torture
en Algérie. Plusieurs d`entre elles reconnaissent sur des
photos le dirigeant d`extrême-droite français Jean-Marie
Le Pen. Ce dernier saisit la justice et Vautier perd naturellement son
procès: la loi interdit de mentionner des faits couverts par
une loi d`amnistie.
Au même moment le local de Vautier est saccagé par un
commando (vraisemblablement du Front national) qui détruit allègrement
20 ans de travail et les 60 km de pellicule contenant les fameux témoignages.
La perte est irréparable pour la mémoire franco-algérienne.
Seules trois heures d`interviews seront sauvées du saccage.
Vautier en utilisera quelques bribes dans A propos de l`autre détail
(1988) La mise en scène en est extrêmement simple et les
témoignages très clairs: certaines des victimes reconnaissent
Le Pen sans hésitation.
On aurait cependant tort de croire que les films de René Vautier
sont uniquement affaire de cinéphiles historiens et spécialistes.
Car si les diffusions se multiplient aujourd`hui dans les cinémathèques
comme autant d`excuses implicites organisées par le réalisateur
lui-même et par ses amis militants elles ont eu lieu là
où elles étaient nécessaires: dans les universités
occupées lors de grèves de manifestations de festivals
de résistance. René Vautier le dit lui-même: il
s`agissait et il s`agit encore de «donner la parole
aux gens à la base pour qu`ils puissent communiquer entre
eux nécessité à laquelle la télévision
ne répond pas aujourd`hui.» L`association Soyouz
nous permet enfin d`honorer cette volonté à Genève.
Spoutnik (11 rue
de la Coulouvrenière Genève) du 2 au 7 avril en présence
de René Vautier les 2 3 et 4 avril. Ma 2 à 21h: Les trois
cousins et Marée noire colère rouge. Me 3 à 21h
et di 7à 19h: Destruction des archives A propos de l`autre
détail Vous avez dit Français? Je 4 à 21h et sa
6 à 22h: Avoir vingt ans dans les Aurès. Ve 5 à
21h et sa 6 à 20h L`Algérie en flamme Techniquement
si simple Mourir pour des images Afrique 50. Di 7 à 21h: La
folle de Toujane. Rens.: Tél: 022/328 09 26 ou www.spoutnik.info
Lire: Caméra
citoyenne mémoires de René Vautier éd. Apogée
1998.
A propos de l`autre détail est visible (dans de très
mauvaises conditions) sur
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