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«Doha c`est tout sauf le développement»

Paru le Mercredi 12 Décembre 2001
   BENITO PEREZ    

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Il y a un mois les pays membres de l`Organisation mondiale du commerce (OMC) adoptaient une déclaration commune1 ouvrant la voie à un nouveau cycle de libéralisation des échanges commerciaux. Le texte ne laisse planer aucun doute. Après le recul marqué par Seattle la communauté internationale a réaffirmé à Doha son credo libéral: pas de développement sans une ouverture maximale des frontières et une réduction du rôle des Etats - entendez: sans une privatisation accélérée des services publics.
Reste que depuis Seattle les pays en voie de développement commencent à marquer des points. Au Qatar ils sont parvenus à obtenir quelques accessits de poids notamment dans le domaine des médicaments essentiels.
Mais est-ce suffisant pour parler comme l`ont fait certains du lancement d`un «round du développement»?
Observateur accrédité à cette quatrième Conférence ministérielle de l`OMC Raoul Marc Jennar en doute fortement même s`il porte un regard nuancé sur les événements de Doha. Très critique sur le caractère «colonialiste» et inique de la politique imposée par les pays industrialisés au sein de l`OMC M. Jennar voit toutefois dans la nouvelle résistance citoyenne et dans l`opposition croissante de certains pays du Sud des raisons d`espérer.
Chercheur responsable du dossier OMC pour Oxfam Solidarité - une ONG belge de développement présente en Afrique en Amérique latine et en Asie - et pour l`URFIG2 Raoul Marc Jennar analyse pour nous la portée de la réunion qatarie et les futurs défis à relever pour les mouvements sociaux et les pays du Sud.

Le Courrier: L`accord de Doha a suscité les commentaires les plus divers même parmi les secteurs critiques envers le libre-échange. Que faut-il en retenir selon vous?
Raoul Marc Jennar: Le programme de Doha est un compromis. Grâce à la résistance des pays en développement (PVD) il ne met pas en route le cycle «ambitieux» de négociations voulu par les firmes multinationales et les gouvernements des pays riches qui les relaient à l`OMC. Il a fallu un véritable forcing de pays comme l`Inde pour que des négociations sur l`investissement la concurrence les marchés publics et la facilitation des échanges ne commencent pas automatiquement dans deux ans. Néanmoins des matières sont ouvertes à de nouveaux degrés de libéralisation si la négociation programmée évolue dans ce sens et si la résistance ne s`intensifie pas.

On a parlé à propos du nouveau round d`«Agenda du développement». Est-ce fondé? Après Doha quel bilan peut-on faire pour les pays Sud?
- Les politiques ont l`habitude d`utiliser des formules qui disent le contraire de ce qu`ils font. Quand le directeur général de l`OMC décrit le programme de Doha comme un «agenda du développement» il insulte la vérité. Les principales attentes des PVD n`ont pas été écoutées (évaluation et révision des accords existants réforme de l`OMC dispositions spécifiques pour les petits paysans qui constituent l`immense majorité de la population mondiale ouverture réelle des marchés des pays riches). De plus des matières qu`ils refusaient de voir inscrites dans l`agenda des négociations ont été imposées par les pays industrialisés comme par exemple l`accès au marché des produits non agricoles c`est-à-dire la réduction des tarifs des matières premières et des produits industrialisés alors qu`il est manifeste que cette réduction pénalise les PVD. Comme le déclarait un observateur indien Doha c`est «tout sauf le développement».

Quel impact aura cette Conférence sur la renégociation de l`accord de l`OMC sur les services (AGCS)?
- Doha confirme le cours pris par la négociation de l`ACGS à Genève fixe des échéances qui accélèrent le processus et surtout ajoute un élément: les biens et services en matière d`environnement (eau déchets énergie etc.) vont faire l`objet de négociations en vue de leur privatisation. L`eau y est définie comme un bien. Jusqu`où va-t-on aller pour permettre à des privés de posséder ce qui appartient à tous? Plus que jamais s`affirme la volonté de confier ce qui relève de l`intérêt général à des intérêts privés. Avec la complicité de ceux qui en ont la garde la puissance publique - garante des droits fondamentaux (alimentation santé environnement de qualité éducation sécurité) - va être dépossédée de ses prérogatives et de ses moyens.

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