BENITO PEREZ
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Il
y a un mois les pays membres de l`Organisation mondiale du commerce
(OMC) adoptaient une déclaration commune1 ouvrant la voie à
un nouveau cycle de libéralisation des échanges commerciaux.
Le texte ne laisse planer aucun doute. Après le recul marqué
par Seattle la communauté internationale a réaffirmé
à Doha son credo libéral: pas de développement
sans une ouverture maximale des frontières et une réduction
du rôle des Etats - entendez: sans une privatisation accélérée
des services publics.
Reste que depuis Seattle les pays en voie de développement
commencent à marquer des points. Au Qatar ils sont parvenus
à obtenir quelques accessits de poids notamment dans le domaine
des médicaments essentiels.
Mais est-ce suffisant pour parler comme l`ont fait certains du
lancement d`un «round du développement»?
Observateur accrédité à cette quatrième
Conférence ministérielle de l`OMC Raoul Marc Jennar
en doute fortement même s`il porte un regard nuancé
sur les événements de Doha. Très critique sur le
caractère «colonialiste» et inique de la politique
imposée par les pays industrialisés au sein de l`OMC
M. Jennar voit toutefois dans la nouvelle résistance citoyenne
et dans l`opposition croissante de certains pays du Sud des raisons
d`espérer.
Chercheur responsable du dossier OMC pour Oxfam Solidarité -
une ONG belge de développement présente en Afrique en
Amérique latine et en Asie - et pour l`URFIG2 Raoul
Marc Jennar analyse pour nous la portée de la réunion
qatarie et les futurs défis à relever pour les mouvements
sociaux et les pays du Sud.
Le Courrier:
L`accord de Doha a suscité les commentaires les plus divers
même parmi les secteurs critiques envers le libre-échange.
Que faut-il en retenir selon vous?
Raoul Marc Jennar: Le programme de Doha est un compromis. Grâce
à la résistance des pays en développement (PVD)
il ne met pas en route le cycle «ambitieux» de négociations
voulu par les firmes multinationales et les gouvernements des pays riches
qui les relaient à l`OMC. Il a fallu un véritable
forcing de pays comme l`Inde pour que des négociations sur
l`investissement la concurrence les marchés publics et
la facilitation des échanges ne commencent pas automatiquement
dans deux ans. Néanmoins des matières sont ouvertes à
de nouveaux degrés de libéralisation si la négociation
programmée évolue dans ce sens et si la résistance
ne s`intensifie pas.
On a parlé
à propos du nouveau round d`«Agenda du développement».
Est-ce fondé? Après Doha quel bilan peut-on faire pour
les pays Sud?
- Les politiques ont l`habitude d`utiliser des formules
qui disent le contraire de ce qu`ils font. Quand le directeur général
de l`OMC décrit le programme de Doha comme un «agenda
du développement» il insulte la vérité.
Les principales attentes des PVD n`ont pas été écoutées
(évaluation et révision des accords existants réforme
de l`OMC dispositions spécifiques pour les petits paysans
qui constituent l`immense majorité de la population mondiale
ouverture réelle des marchés des pays riches). De plus
des matières qu`ils refusaient de voir inscrites dans l`agenda
des négociations ont été imposées par les
pays industrialisés comme par exemple l`accès
au marché des produits non agricoles c`est-à-dire
la réduction des tarifs des matières premières
et des produits industrialisés alors qu`il est manifeste
que cette réduction pénalise les PVD. Comme le déclarait
un observateur indien Doha c`est «tout sauf le développement».
Quel impact aura
cette Conférence sur la renégociation de l`accord
de l`OMC sur les services (AGCS)?
- Doha confirme le cours pris par la négociation de l`ACGS
à Genève fixe des échéances qui accélèrent
le processus et surtout ajoute un élément: les biens et
services en matière d`environnement (eau déchets
énergie etc.) vont faire l`objet de négociations
en vue de leur privatisation. L`eau y est définie comme
un bien. Jusqu`où va-t-on aller pour permettre à
des privés de posséder ce qui appartient à tous?
Plus que jamais s`affirme la volonté de confier ce qui relève
de l`intérêt général à des intérêts
privés. Avec la complicité de ceux qui en ont la garde
la puissance publique - garante des droits fondamentaux (alimentation
santé environnement de qualité éducation sécurité)
- va être dépossédée de ses prérogatives
et de ses moyens.
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