NOEMI
POGET
ANTIMILITARISME
Le discours du Groupe pour une Suisse sans armée
a bientôt vingt ans mais il reste d`actualité comme
en témoigne la votation de dimanche prochain.
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Abolir
l`armée et créer un service civil volontaire pour
la paix. Dimanche 2 décembre le peuple suisse se prononcera
sur ces deux initiatives déposées par le Groupe pour une
Suisse sans armée (GSsA) principal mouvement pacifiste et antimilitariste
actif en Suisse. Il y a douze ans le GSsA secouait pour la première
fois le pays avec une proposition similaire. L`initiative «Pour
une Suisse sans armée et une politique globale de paix»
aboutissait après avoir récolté 111 300 signatures.
Le Groupe pour une Suisse sans armée naît en 1982. Fondé
en Suisse alémanique autour de Bâle et Zurich le mouvement
regroupe une centaine de personnes. L`idée de lancer une
initiative réclamant une Suisse sans armée est déjà
bien présente dans les esprits et en 1983 un groupe ad hoc
est constitué afin de la réaliser. Les militants se recrutent
sur les ruines de deux courants importants des années quatre-vingt.
Les uns ont fait partie de la grande mobilisation pacifiste européenne
contre les euromissiles tandis que les autres sont issus des mouvements
de jeunes surtout suisses alémaniques de contre-culture. D`autres
encore dont l`un des membres fondateurs Andreas Gross ont débuté
dans les jeunesses socialistes avant de rejoindre le GSsA. Enfin il
y a ceux qui viennent des milieux anarchistes et pacifistes.
CONTRE VENTS ET
MARÉES
Durant deux à trois ans le groupe travaille sans relâche
à un projet de suppression de l`armée. Mais au sein
de la gauche suisse l`idée est loin d`être approuvée
par tout le monde. Pour beaucoup elle semble totalement contre-productive.
Malgré cela en 1985 la récolte de signatures est lancée.
Plusieurs centaines de militants s`activent dans toute la Suisse.
En 1986 le nombre de paraphes nécessaires est atteint. L`initiative
aboutit! Une majorité de la population perçoit cet événement
comme une provocation. Puis vient le deuxième choc lors des
votations du 26 novembre 1989: plus d`un million de citoyens suisses
soit 35 6% de votants accordent leur suffrage à l`initiative.
Mieux Genève et le Jura l`acceptent. Pour le GSsA c`est
une victoire qui permet d`ouvrir un espace de discussion démocratique
là où auparavant il y avait un tabou. Le résultat
du vote met en évidence le fait que contrairement aux idées
reçues les institutions militaires ne font pas partie des éléments
constitutifs de l`identité suisse. De plus à la
suite de ces événements des groupes locaux se constituent
peu à peu partout en Suisse notamment à Genève
et au Tessin.
SERVICE CIVIL ET
F/A-18
Constatant que plus des deux tiers des conscrits ont voté contre
l`armée le GSsA décide d`obtenir l`introduction
du service civil. A cet effet il appelle en 1990 au refus du service
militaire. Le message est entendu puisqu`en 1992 la Suisse instaure
le service civil.
Sans prendre le temps de se reposer les membres du Groupe pour une
Suisse sans armée se lancent dans la préparation d`une
nouvelle initiative. Le Conseil des Etats vient en effet de décider
d`acheter 34 avions militaires F/A-18 au prix de 3 5 milliards
de francs. La récolte des paraphes contre ces engins se passe
de façon quasi frénétique. «Lorsque les gens
voyaient un stand ils descendaient du tram et faisaient la queue pour
signer. En un mois nous avons récolté un demi-million
de signatures» raconte Tobia Schnebli membre du GSsA depuis
1988.
En 1993 le peuple est une fois de plus appelé à trancher.
Cette fois le Groupe pour une Suisse sans armée perd la partie.
Mais de peu. En effet ce sont quelque 42 9% de la population qui ont
refusé les F/A-18. Cette défaite touche les militants
dont l`investissement diminue. Et pour certains ces votations
marquent un tournant important.
PARTIR OU RESTER
Quatre des membres historiques du GSsA dont Andreas Gross menacent
de quitter le mouvement en cas de lancement d`une nouvelle initiative
exigeant la suppression de l`armée. Ils estiment que cela
serait contre-productif d`autant plus que l`armée
est déjà en voie d`être réformée.
Par ailleurs il leur semble impossible d`effectuer le même
coup d`éclat qu`en 1989. Ainsi lorsqu`en 1997-98
la décision est prise de tenter à nouveau d`obtenir
l`abolition de l`armée en Suisse quatre des fondateurs
quittent le GSsA. Avec pour conséquence un certain désinvestissement
des membres suisses alémaniques liés au Parti socialiste.
La défaite contre les F/A-18 les a en effet amenés à
penser que ce n`est pas en tant que membre du Groupe pour une Suisse
sans armée qu`ils auraient une influence directe sur la
politique militaire du pays. Pour les autres c`est l`effet
inverse qui se produit. Après les votations de 1993 ils sont
plus que jamais convaincus que leur rôle est de continuer à
poser des questions radicales de fond.
Aujourd`hui en particulier avec le projet d`Armée
XXI le GSsA estime important de continuer à proposer d`autres
perspectives qui vont plus loin qu`une simple diminution des frais
militaires. «Avec les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis
l`intérêt porté à la question s`est
accru car les enjeux sont davantage perceptibles. Mais il n`est
pas dit que cela joue en faveur de la démarche du GSsA»
commente Tobia Schnebli à quelques jours du vote sur les deux
derniers projets du Groupe pour une Suisse sans armée.
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