Mingus, le jazzman rebelle
«Quand tu nais, deux choix s’imposent à toi: vivre et subir ou vivre et te battre. J’ai choisi de me battre.» Parole de Charlie Mingus (1922-1979). Le fameux contrebassiste de jazz est au centre de Mingus Mood, premier roman de William Memlouk, journaliste expert en musique et littérature. Inspiré du parcours fulgurant du jazzman, le récit mêle détails biographiques et inventés pour brosser le portrait captivant de celui qui fut un des musiciens majeurs du XXe siècle.
Au début était une rupture. Une fuite. En 1957, Mingus quitte New York pour la ville mexicaine de Tijuana. A l’origine de ce départ, une femme qu’il aime, qui le hante, et le poids d’une Amérique blanche dont l’injustice le blesse. Le jazzman se doute-t-il que sa colère et sa passion s’incarneront là-bas dans son plus bel album, Tijuana Moods? En tout cas, il déborde d’énergie et Memlouk met en scène un Mingus enflammé, l’air ravagé à tout bout de champ par un incendie, une espèce de fièvre qui infléchit jusqu’à sa façon de jouer: «Il avait repris la musique, martelant des rythmes étranges, tirant sur les cordes de la contrebasse comme s’il s’agissait d’une catapulte qu’il bandait pour décocher des projectiles.» Dans cet univers métissé de réalité et de fiction, on découvre ainsi un protagoniste hors normes soucieux de rejeter les conventions et qui se heurte à l’hostilité, sinon à l’incompréhension, de plus d’un. On retiendra ce moment fort, lorsque l’Afro-Américain Mingus bat en duel un Blanc lors d’un concours musical.
Lyrique, envoûtant, haletant, le roman explore le temps. 1957, 1979, puis les années 1980, la narration étant endossée après la mort de Mingus par une figure fictive, un vieil ami qui se remémore sa vie aux côtés du musicien. Son récit, qui tient du road movie autant que de la confidence, se déploie pas à pas dans un bar de New Orleans où le rescapé de ce temps épique est interviewé par une journaliste. Pareil procédé narratif permet ce va-et-vient et ce dévoilement plein de surprises d’une trajectoire syncopée. Jusqu’à la pire fin qui pouvait frapper Mingus, le rebelle qui ne tenait pas en place: la mort des suites d’une paralysie progressive, la maladie de Lou-Gehrig, qui l’emportera à Cuernavaca (Mexique) le 5 janvier 1979.




