Mercredi, 22 mai 2013

Marketing moral

JEUDI 08 MARS 2012

Financer l’avortement n’est pas une affaire privée, contrairement à ce qu’aimerait faire croire le comité d’initiative contre le remboursement de l’IVG en Suisse. L’avortement fait constamment le lit des inquisiteurs moraux et politiques, alors que le droit de le pratiquer devrait répondre à un impératif de santé publique. Interdire sa gratuité revient à priver des milliers de femmes d’accéder à une prise en charge médicale et signe le retour des aiguilles à tricoter. C’est faire l’impasse sur le principe de solidarité du système de santé. Parmi les raisons de célébrer la journée des femmes d’aujourd’hui, il y a donc celle-ci: marteler jusqu’à plus soif que l’interruption volontaire de grossesse est un droit fondamental de disposer de son corps, sans arrêt menacé d’instrumentalisation par les partis conservateurs de nos démocraties.

La question du remboursement de l’avortement est partout sur leurs lèvres. Pas plus tard que lundi soir, la candidate frontiste à la présidentielle française Marine Le Pen accouchait dans la douleur sur le plateau de TF1 de son projet de «dérembourser» l’IVG, si un choix budgétaire devait s’imposer. Aux Etats-Unis, le «bombardier des conservateurs» Rick Santorum, parmi d’autres, a fait des valeurs fondamentalistes chrétiennes son étiquette de campagne, droit à la vie en tête.

La Suisse n’échappe pas à ce marketing macabre. Une équipe d’hommes et de femmes politiques proches des milieux religieux a investi le parlement avec leurs 110 000 signatures visant à rayer l’IVG du catalogue des prestations prises en charge par l’assurance de base. Un droit primaire pourtant obtenu grâce à des années de lutte féministe et entériné par le peuple.

Sans complexe, les ultras invoquent l’urgence de diminuer les coûts de la santé, profitant de l’austérité budgétaire ambiante. Alors qu’une grossesse coûte à la collectivité bien plus cher que l’avortement. L’argument est d’une hypocrisie crasse.

Dans ces joutes morales, sous couvert de pragmatisme, les associations pro-vie ont à loisir de développer leurs activités de propagande. A la limite, c’est leur raison d’être. Mais lorsque deux assureurs suisses font le jeu de ce prosélytisme moyenâgeux et promettent des réductions de primes en échange du renoncement à un droit garanti par la loi, la Confédération a de quoi se vernir de honte. L’avortement se retrouve dans une guerre de tranchée qui n’a rien à voir avec la santé publique mais tout avec le mercantilisme.

Cent deux journées des femmes n’ont pas non plus suffi à calmer les ardeurs paternalistes de celles et ceux dénonçant aujourd’hui les «avortements de confort». «Elles n’avaient qu’à pas se faire culbuter», se retiennent-ils tout juste de crier. Il n’y a jamais de plaisir à interrompre une grossesse. «L’avortement est un échec, quand il n’est pas un drame», disait Simone Veil. Une vérité que les hommes aussi connaissent, dans le silence. Même si l’initiative a peu de chance de passer en votation populaire, ces compagnons progressistes gagneraient en audace s’ils s’impliquaient davantage dans un combat qui les concerne aussi.

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