Lutte des classes à la neige
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FRANCE • «POSSESSIONS» D’ERIC GUIRADO
Possessions, qui n’a rien à voir avec le chef-d’œuvre homonyme d’Andrzej Zulawski, s’inspire d’une histoire vraie – l’«affaire Flactif» – survenue en 2003 dans la station du Grand Bornand, en Haute-Savoie. Le couple Caron et sa fillette quittent le Nord de la France pour commencer une nouvelle vie dans un village de montagne. Le chalet loué étant encore en travaux, ils sont logés «provisoirement» par leurs sympathiques propriétaires, les Castang, dans une résidence de grand standing, puis dans un hôtel de luxe, enfin dans un appartement... Les voilà petit à petit dépossédés de leur rêve, qui tourne à l’aigre et se terminera dans un bain de sang...
Pour donner corps aux protagonistes de ce fait divers, le réalisateur Eric Guirado (Le Fils de l’épicier) a réuni une distribution idéale. Le Belge Jérémie Renier, acteur qu’on découvre caméléon avec l’accent du Nord et 18 kilos en plus – sans parler de sa prestation dans Cloclo (lire critique) –, compose un garagiste bravache flanqué d’une compagne empotée mais vindicative sous les traits et le regard insondable de Julie Depardieu. En face, Alexandra Lamy est parfaite en bourgeoise pimpante et cordiale, tandis que Lucien Jean-Baptiste interprète tout en nuances un promoteur margoulin et méprisant sous ses airs avenants.
Le film s’intéressant avant tout au cheminement psychologique du couple Caron (de la convoitise à la haine), le portrait qu’il en fait s’avère dès lors lourd de sens – au risque de glisser vers la caricature. Même danger dans la mise en scène, qui souligne sans cesse la «fracture sociale» entre les deux familles jusqu’à montrer en parallèle les Noël et Nouvel An de chacune.
A travers cette démonstration appuyée apparaît paradoxalement un problème de point de vue. Si Possessions semble épouser et «comprendre» celui des Caron, dont on partage le ressentiment et les frustrations, ceux-ci n’en sont pas moins regardés de haut, comme des prolos naïfs que des sentiments «primaires» conduisent à un geste qui ne l’est pas moins. A l’inverse, jamais vraiment antipathiques, les Castang échappent à la moindre raillerie chabrolienne – alors que le thème du film évoque celui de La Cérémonie. Se voulant «impartial», dit-il, le cinéaste en vient même par moments à adopter la vision de la petite fille: seule innocente de cette affaire, alors que les enfants pourris-gâtés des Castang trahissent l’arrogance latente de leurs parents?
Retranché dans une approche psychosociologique qui délègue à la bande-son le soin d’instaurer un minimum de tension dramatique, Eric Guirado se borne finalement à prendre acte des écarts potentiellement explosifs entre riches et pauvres – analyse largement développée à l’époque dans les médias – sans parvenir à donner la dimension d’une tragédie à cette critique attendue d’un bonheur illusoire basé sur la possession.





