Lundi, 20 mai 2013

Les latinos font bloc pour sauver le Maloca

MERCREDI 14 MARS 2012

LIEU DE RENCONTRE • Le restaurant ne verra pas son bail de location renouvelé. 

«Je ne souhaite pas que ce restaurant meure parce que cet endroit est plus qu’un restaurant pour la communauté latino-américaine de Genève.» Fidèle client et tenancier de la librairie hispanophone Albatros, Rodrigo Diaz en a gros sur le cœur: le restaurant le Maloca, situé actuellement à la route St-Julien 9 bis à Carouge, va bientôt fermer ses portes. La raison? Le propriétaire de l’immeuble souhaite raser en grande partie les lieux pour faire place à un complexe ultramoderne de bureaux. Levé de boucliers de la part de la communauté qui n’entend pas en rester là. 
 
Le différend entre le propriétaire et les locataires ne date pas d’hier. Le promoteur immobilier Christophe Caveng avait déjà manifesté son intention de se séparer de ses locataires en 2007. Portée devant les tribunaux, l’affaire avait alors abouti à une prolongation de bail de cinq ans. A l’approche de l’échéance de ce dernier (mai 2012), les gérants du Maloca ont tenté de faire recours en vue d’obtenir une seconde prolongation. En vain, puisque seul un sursis d’un mois supplémentaire leur a été accordé. L’expulsion est donc programmée pour juin prochain.
 
L’histoire avait pourtant bien commencé pour Juan Jauregui, le gérant du Maloca. «Il y a de cela quinze ans, on est partis de rien. Tout le monde me disait que j’étais fou d’ouvrir un restaurant péruvien dans un coin aussi excentré.» Le bâtiment étant presque inhabitable, de nombreux travaux de rénovation avaient alors été consentis par le gérant, qui estime les dépenses à 90 000 francs. Et puis vint le succès. Par delà les clivages nationaux et politiques, la communauté latino-américaine de Genève a progressivement adopté cet endroit. «Nous considérons le Maloca comme un centre culturel», explique Rodrigo Diaz. Des expositions et des concerts y sont régulièrement organisés. «L’occasion pour nous de se réunir entourés de nos familles.» Véritable lieu d’échange et de rencontre pour la communauté latino-américaine, le Maloca renaîtra-t-il de ses cendres? Un comité de soutien organise aujourd’hui à 19h une réunion au Maloca pour envisager de quoi sera fait son futur. Une pétition réclamant le maintien des lieux circule également.
 
C’est que la colère des tenanciers semble bien compréhensible. «Le propriétaire nous avait promis de nous reloger juste à côté, à la route du Tunnel. Même le loyer avait déjà été fixé», explique Juan Jauregui. Autre son de cloche du côté de Christophe Careng, qui affirme ne «rien avoir promis du tout», même s’il reconnaît qu’une entente aurait pu être trouvée si le tenancier n’avait pas décidé de faire recours devant les tribunaux. Une information que Juan Jauregui dément en affirmant que «le procès avait déjà été clos lorsque les pourparlers ont commencé avec le propriétaire». Reste que le projet de relocalisation du Maloca ne donnera rien. Les locaux de la route du Tunnel ont finalement été loués le mois dernier à une tierce personne. A la question de savoir si cette expulsion représente pour lui un problème éthique, Christophe Caveng répond que «la loi est la loi». L’immeuble actuel devrait être quasiment rasé pour faire place à des bureaux. Fin des travaux prévue en décembre 2013. I 
 
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