Dimanche, 26 mai 2013

Les Indignés de Tel-Aviv

VENDREDI 19 AOûT 2011

AU PIED DU MUR

Samedi 6 août dernier, un demi-million de personnes manifestaient dans les rues des grandes villes d’Israël, dont plus de 300000 à Tel-Aviv. Leurs slogans: «Justice sociale!», «Contre les privatisations –révolution!» et «Bibi [Netanyahou] démission!». Depuis la gigantesque manifestation au lendemain des massacres de Sabra et Chatila, en 1982, Israël n’avait pas connu une telle mobilisation.
La manifestation du 6 août a été le point d’orgue d’un grand mouvement social lancé autour de la question du logement –par des campements de protestation dans les avenues et les parcs des villes israéliennes– et qui s’est rapidement mué en une remise en cause globale de la politique économique et sociale du gouvernement Netanyahou. Il faut dire que, comparée au Premier ministre actuel et à sa politique brutale de démantèlement de l’Etat social et de privatisations, Margaret Thatcher fait figure de Mère Teresa…
Si le mouvement a commencé avec le cri des jeunes couples des classes moyennes, depuis la manifestation du samedi soir, les couches populaires qui étaient restées en marge des mobilisations y prennent toute leur place: «C’est la douleur et la souffrance qui, finalement, m’ont convaincue de rejoindre le campement», nous dit Eti, une mère célibataire de 34 ans. «Mon fils et moi avons aussi droit à une vie normale, et celle-ci commence par un toit décent. Je ne quitterai pas le campement avant de l’avoir obtenu.»
Au début, le gouvernement a fait la sourde oreille et tenté –sans succès– de diviser le mouvement en dénonçant des «manipulateurs gauchistes». Sévèrement critiqué par des membres de son propre parti, Benjamin Netanyahou vient d’opérer un virage à 180 degrés en annonçant un changement global de politique. Seul Ehoud Barak, perché dans son loft des luxueuses tours Akirov de Tel-Aviv, reste silencieux. Face aux critiques des médias, il se contente de déclarer: «Netanyahou n’est pas moins riche que moi» (sic).
A part quelques réformes destinées à calmer le jeu, le gouvernement Netanyahou-Barak est incapable de satisfaire la demande de justice sociale qui s’exprime dans la rue. Il peut en revanche recourir à argument dont l’efficacité a, malheureusement, souvent été démontrée: la sécurité d’Israël. En réponse à une question sur le rééquilibrage éventuel du budget au détriment des colossales dépenses militaires, Ehoud Barak a répondu: «Nous ne sommes pas la Suisse», et insisté lourdement sur le danger que représente la République islamique d’Iran. Les nouvelles tensions à la frontière libanaise nous confirment que certains dirigeants israéliens n’hésiteront pas à utiliser cette carte pour désamorcer la mobilisation sociale.
Pour les dirigeants israéliens, le Printemps arabe ne représente pas une formidable ouverture démocratique pour l’ensemble de la région, mais une déstabilisation qui menace les intérêts de l’allié étasunien et la sécurité d’Israël. De fait, ce Printemps risque bien de déboucher sur un automne orageux. C’est du moins le rêve de celui qui, du haut de son luxueux loft, voudrait en finir avec un mouvement populaire qui semble d’avantage l’inquiéter que les roquettes du Hezbollah sur les villes de Galilée.
 

 

* Militant anticolonialiste israélien, fondateur du Centre d’Information Alternative (Jérusalem/Bethléem).

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