Lundi, 20 mai 2013

Les communes montent au front

JEUDI 22 DéCEMBRE 2011

AMENAGEMENT • La majorité des communes genevoises s’oppose au Plan directeur cantonal qui prévoit 50 000 nouveaux logements en 2030. Jusqu’à réclamer son retrait.

Quatre communes, dont la Ville de Genève, doivent encore se prononcer, mais le signal est déjà clair. Dans leur grande majorité, les municipalités du canton ont préavisé négativement le Plan directeur cantonal 2030 (Pdc), dont la période de consultation échoit début janvier. Seules une dizaine de communes sur 45 ont dit oui, alors que trente s’y opposent. De nombreux magistrats réclament même le retrait pur et simple du projet, notamment les 13 membres écologistes d’exécutifs communaux, qui ont lancé hier un appel commun dans ce sens.
«Les lacunes du plan directeur sont telles qu’il doit être revu en profondeur», souligne Yvan Rochat, conseiller administratif à Vernier et président des Verts genevois. D’un bout à l’autre du canton, la fronde dépasse pourtant les clivages politiques. Maire libéral-radical de Veyrier, Thomas Barth a été parmi les premiers à ouvrir les feux contre un projet porté par le conseiller d’Etat Mark Muller, du même parti que lui. «Il faut relancer une concertation prenant en compte les vraies aspirations de la population, qui ne souhaite pas voir son canton défiguré.»

Quelle croissance?
Les reproches diffèrent en fonction de réalités locales mais se rejoignent sur des aspects de fond. L’objectif de créer 50 000 logements d’ici 2030 – pour absorber 100 000 nouveaux habitants – est jugé excessif par les communes, qui craignent une surdensification du territoire, de gros problèmes de mobilité et un impact financier insurmontable en matière d’infrastructures (routes, crèches, écoles...).
A la Pallanterie, où la création de 3200 logements (7000 habitants) et de 3000 emplois est prévue, à cheval sur les communes de Meinier, de Collonge-Bellerive et de Corsier, la grogne est à son comble. «C’est trop! fulmine Marc Michela, maire de Meinier. Nous voulons un développement maîtrisé, cohérent, avec du lien social.» Plutôt que créer une «nouvelle ville», il défend le déclassement d’un bout de zone agricole afin de construire 700 logements dans la continuité du village.
A Chancy, à l’autre extrémité du canton, c’est la mobilité qui  fait craindre le pire. Epargnée par l’urbanisation, la commune se trouve sur un important axe de transit entre la France voisine et le secteur de Bernex, voué à une forte densification. «Aucun réseau de transports public n’est prévu et nous sommes déjà étouffé par le trafic pendulaire, critique Xavier Beuchat, adjoint au maire. Le problème ne peut que s’accentuer.»

Les villes en tête de ligne
Au cœur de la fronde, les villes du canton font preuve d’une étonnante unanimité. Vernier, Meyrin, Lancy, Carouge, Onex, Versoix ou Chêne-Bougeries ont rejeté le plan directeur en bloc. «Les projets de quartiers en œuvre à Lancy promettent déjà l’arrivée de 8000 à 12 000 habitants d’ici dix ans, rappelle François Baertschi, conseiller administratif. Avant d’aller plus loin et de déclasser la zone villa, laissez-nous concrétiser ces efforts!»
A Vernier ou sur le plateau de Chêne-Bougeries, les potentiels d’habitations prévus sont jugés «irréalistes». «Le Pdc prévoit de densifier un périmètre de 500 mètres autour des axes de transports, ce qui revient à urbaniser 93% du territoire communal!», s’égosille Jean-Michel Karr, maire de Chêne-Bougeries. De son côté, Meyrin évoque un problème de circulation, alors que routes et tram sont déjà saturés. «La densification prévue dans et aux abords de la commune accentuera encore cette pression, et rien n’est planifié pour absorber l’accroissement de la mobilité», mentionne une résolution adoptée à l’unanimité du Conseil municipal.
Enfin, Versoix pointe un autre problème souvent évoqué. La ville réclame la mise en œuvre d’un «dispositif de financement des infrastructures liées aux développement d’habitations qui devrait être assumé par l’Etat, voire par le biais d’une fiscalité intercommunale».

Bernex, le bon élève
Au milieu du concert de mécontentements, Bernex constitue un magnifique contre-exemple. A l’unanimité moins une abstention, la commune a dit oui au plan directeur qui prévoit 5000 logements et 10000 habitants supplémentaires sur son territoire. En choisissant d’être partenaire du Canton plutôt que de s’opposer, elle espère influencer ses décisions. Naïveté? «Nous sommes prêts à assumer notre part du boulot, et même davantage, mais à condition que les autres communes ne restent pas les mains dans les poches», prévient le maire, Serge Dal Busco.
Et de rappeler à quel point les Genevois sont «excédés» de ne pas trouver de logement, sauf à faire partie d’une «caste de privilégiés». Bernex conditionne toutefois son soutien. La commune ne veut pas du Bureau des autos et attend que le Canton résolve le problème des odeurs de la décharge du Nant-de-Châtillon. Sans compter l’équation financière, alors que les investissements liés au développement sont évalués à 500 millions, pointe Serge Dal Busco. «L’Etat en est conscient et doit trouver des solutions. Car à Genève, contrairement à la France, une commune qui crée du logement s’appauvrit.» I

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